"Consentement", le livre qui balaye l'impunité de Gabriel Matzneff

Le titre du livre de Vanessa Springora interpelle, volontairement. Peut-on parler de consentement dans le cadre d'une relation entre une adolescente de quatorze ans et un homme qui en a cinquante ? Car c'était bien là l'habitude de l'écrivain célèbre Gabriel Matzneff: séduire des jeunes femmes, souvent âgées de moins de seize ans, non sans s'en vanter publiquement par après, que ce soit dans ses romans ou des émissions, comme lors de cet échange surréaliste sur le plateau de Bernard Pivot en 1990:

À l'époque, le discours désabusé de Matzneff ne suscite presque aucune indignation auprès des occupants du plateau. La seule à réagir, c'est Denise Bombardier, écrivaine elle aussi, qui s'insurge, déplorant qu'en France "La littérature serve d'alibi à ce genre de confidences", et s'inquiétant du futur de ces jeunes femmes qui ont connu une relation impliquant bien souvent un abus de pouvoir et une véritable destruction psychologique. 

Trente ans plus tard, c'est une autre femme, une des victimes de l'auteur, qui prend la parole: Vanessa Springora. Et qui confirme les craintes de Denise Bombardier, en relatant les dépressions et la déscolarisation qui suivirent sa relation avec Gabriel Matzneff. Vanessa avait quatorze ans quand l'écrivain l'a séduite, et est la seule à l'accuser ouvertement de pédophilie aujourd'hui à travers son livre qui retrace leur relation. "Comment admettre qu’on a été abusée quand on ne peut nier avoir été consentante ? Quand, en l’occurrence, on a ressenti du désir pour cet adulte qui s’est empressé d’en profiter ?" écrit celle qui vient de prendre la tête des éditions Julliard.

Époque permissive

Ce que dénonce également Vanessa Springora, c'est l'impunité des pédophiles qui régnait lorsque les faits se sont produits. Dans les années septante, la pédophilie a été tolérée en France par des intellectuels, sous couvert d'un héritage post-68, et du fameux slogan "Il est interdit d'interdire". À l'époque, des pétitions ont été signées, comme celle en 1977 qui défendait trois hommes poursuivis pour des agressions sexuelles sur des mineurs de 12 à 13 ans. Et cette mentalité a perduré dans les années quatre-vingt, période durant laquelle Vanessa Springora a fréquenté Gabriel Matzneff. 

Matzneff réagit

L’écrivain, âgé aujourd’hui de 83 ans, a tenu à réagir suite à l’annonce de la parution du livre. Dans une interview accordée au Parisien, il dénonce des attaques "injustes et excessives", et évoque "la beauté de l’amour" qu’il a vécu avec Vanessa Springora. 

Par ailleurs, Gabriel Matzneff est toujours chroniqueur au magazine Le Point et le directeur, Étienne Gernelle, a tenu à le défendre: "La liberté d’expression est importante. Je rappelle que Matzneff n’a pas été condamné". Et d'ajouter que "Les mêmes journaux qui, il y a trente ans, disaient que l’amour avec les enfants c’est bien, au nom d’une morale soixante-huitarde, voudraient virer ces mêmes gens". Étienne Gernelle signale également qu’il ne compte pas se séparer de Gabriel Matzneff. 

Bref, le livre n’a pas fini de faire des émules, alors qu’il n’est même pas encore sorti (la parution de "Consentement" est prévue pour le deux janvier 2020).

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