Consécration pour François Englert, Prix Nobel belge de physique 2013

François Englert, Prix Nobel belge de physique 2013, en conférence de presse après sa consécration
3 images
François Englert, Prix Nobel belge de physique 2013, en conférence de presse après sa consécration - © RTBF

Le Belge François Englert, codécouvreur du Boson de Higgs, connaît la renommée internationale. A bientôt 81 ans, il vient d’obtenir, de concert avec le britannique Peter Higgs, le prix Nobel de physique, une récompense pour laquelle il était déjà nominé l’an dernier. Il devient le cinquième scientifique de l’ULB à obtenir un Prix Nobel, le quatrième dans le domaine des sciences. Qui est-il ? Quels travaux scientifiques ont jalonné son parcours ? Portrait.

"La théorie récompensée est une part centrale du Modèle standard de la physique des particules, qui décrit la manière dont le monde est construit", explique l'Académie royale des sciences de Suède qui décerne le, prestigieux prix.

En 2012, les Français et les Américains avaient eu l’honneur de voir Serge Haroche du Collège de France et l'Américain David Wineland de l'université du Colorado récompensés du même prix. Cette année, un Belge partage le prix. Professeur à l’ULB depuis 1967, François Englert vient de rejoindre la liste des chercheurs de l’université ixelloise à recevoir le Prix Nobel. Un aboutissement, une consécration pour cet ingénieur devenu physicien.

Dans la conférence de presse qu'il a tenue depuis l'ULB, François Englert a remercié l'ULB qui a hébergé ses travaux, sans oublier les autres universités belges, l'UCL et la KUL, avec les équipes desquelles il a également travaillé, de concert avec Robert Brout. Elio Di Rupo a lui félicité François Englert, en soulignant que les travaux autour du boson BEH suscitent actuellement un bouillonnement intellectuel majeur.

Travaux aux Etats-Unis

Dans une interview accordée au site ‘La Recherche’, Englert explique que c’est vers 1954 qu’il réalise une thèse de doctorat en mécanique statistique à l’ULB sous la direction du physicien français Pierre Aigrain. Celui-ci le recommande auprès d’un jeune chercheur américain, Robert Brout, à l'université Cornell. En 1959, Englert a 27 ans et s’envole donc vers l’Amérique où il restera deux ans. Robert Brout deviendra l’un de ses grands amis. Très attaché à la culture européenne, celui-ci résiliera sa nationalité américaine et viendra rejoindre François Englert en Belgique pour poursuivre des recherches sur la supraconductivité entamées en 1961. Tout en étant tous deux novices et très éloignés de la communauté des physiciens spécialisés dans ce type de recherche.

Leur formule de masse est écrite juste avant le voyage belgo-américain mais n’est pas publiée dans l’immédiat, à cause du doute qui planait sur la cohérence de la théorie. Parallèlement, Peter Higgs, un autre chercheur avec qui Englert partage le prix décerné ce mardi, travaille également sur l'origine de la masse des particules élémentaires. 

La naissance du "Boson de Higgs"

Au fil de leurs travaux, les deux chercheurs se penchent donc sur l’origine de la masse et en particulier sur l’existence d’une nouvelle particule : le "boson scalaire", le fameux "Boson de Higgs", qui permet d'expliquer comment tout ce qui nous entoure a une masse. 

La découverte du Boson de Higgs, pour laquelle Englert et Higgs sont primés ce mardi, constitue un avancement considérable dans notre compréhension de la structure de l’univers (auquel a participé l’U-Mons). Il n’est pas facile d’expliquer de manière accessible les enjeux liés à la recherche du boson (pour boson Brout-Englert-Higgs, du nom de ses trois théoriciens, plus couramment appelé boson de Higgs). A la base, il y a le vide, et dans ce vide, il y a un champ : le champ de Higgs. Certaines particules interagissent avec ce champ et d’autres pas. Celles qui le font possèdent une masse, les autres sont des particules dépourvues de masse.

Nous vous proposions déjà de mieux comprendre le Boson de Higgs à travers l'image d'un champ de neige dans cet article écrit en 2012.

Un prix à moitié posthume...

Ce prix Nobel est un bel hommage à Robert Brout, décédé en mai 2011. C’est avec son collègue que François Englert était devenu, en 1980, directeur de l’Unité de Physique Théorique à l’ULB. "On sentait un bouillonnement intellectuel entre les deux, raconte Danielle Jacobs Schindfessel, une ancienne étudiante  du duo de chercheurs. J'étais en cours avec Mr. Englert en 1964 quand il a découvert la théorie et que le premier papier scientifique à ce sujet est sorti. Cette théorie est le résultat d'une grande complicité avec Robert Brout. C'était des gens enthousiastes... mais la matière du Boson était très difficile à comprendre pour des étudiants de 2ème année."

En 1982, lorsque François Englert reçut le prix Francqui, le baron Van Der Meulen, président de la fondation Francqui, avait déclaré que le jury avait notamment pris en considération "sa contribution à la compréhension théorique du phénomène de brisure de symétrie en physique fondamentale, où avec R. Brout il a été le premier à montrer que les brisures spontanées de symétrie produisaient en théorie de jauge, des masses pour les particules de jauge."

Le jury a également salué l’originalité de son travail dans d'autres domaines comme la physique de l'état solide, la mécanique statistique, la théorie quantique des champs, la relativité générale et la cosmologie.

Onzième prix Nobel pour le royaume

Avec tous ces encouragements et une autorité scientifique reconnue, il était vraiment permis d’y croire, à ce Prix Nobel.

Une étape-clé dans l’univers de la science à qui le chiffre 13 a porté chance. En 2013, les découvreurs du Boson de Brout-Englert-Higgs (auquel la Belgique a contribué) remportent donc le prix Nobel. C’est la onzième fois depuis 1904 qu'un Belge figure parmi les lauréats.

Luigi Lattuca

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK