Conflit en Syrie : faut-il craindre le retour des djihadistes en Belgique ?

L’offensive turque contre les milices kurdes en Turquie ne fait pas que susciter de l’indignation en Europe. Elle provoque également une inquiétude : les djihadistes belges emprisonnés dans les camps de la région peuvent-ils profiter de la situation chaotique pour s’échapper ? Et si oui, vont-ils rentrer au pays, et représenter une menace ? Mercredi, on apprenait que deux hommes se sont enfuis d’une prison, ainsi que trois femmes et six enfants ont quitté le camp d’Aïn Issa, et sont désormais dans la nature.


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Dès lors, on pourrait imaginer que ces personnes radicalisées profitent de leur liberté pour retourner en Belgique et y commettre des attentats. Une menace tempérée par Paul Van Tigchelt, le directeur de l’OCAM (l’organe de coordination pour l’analyse de la menace). "Toutes ces personnes ne présentent pas le même degré de dangerosité : certains ont abjuré leur idéologie, d’autres en revanche sont toujours des terroristes 'hard-core'."

"Peu probable" qu’un FTF rejoigne l’Europe sans être repéré

D’autant plus que de nombreuses personnes parties pour la Syrie sont déjà rentrées, comme l’expliquait le procureur Frédéric Van Leeuw sur l’antenne de La Première ce lundi. "Il y en a déjà plus d’une centaine qui sont revenus, et tous ne posent pas des problèmes", rappelait-il, estimant qu’il ne fallait pas "se laisser mener par la peur."


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Concrètement, si les combattants djihadistes voulaient revenir en Belgique, ils devraient passer par la Turquie, qui constitue déjà un barrage important. En France, le président Emmanuel Macron l’a rappelé : "Si certains voulaient rejoindre la France, ils n’ont d’autre choix que de passer par la Turquie où nous avons un protocole qui conduit les autorités turques à signaler ces personnes qui sont à chaque fois prises en charge à leur arrivée sur le sol français, emprisonnées et judiciarisées." En Belgique, la situation est plus ou moins la même, selon Paul Van Tigchelt, qui estime "peu probable" qu’un FTF (foreign terrorist fighter, un combattant terroriste étranger) puisse rejoindre l’Europe clandestinement sans être reconnu.

La radicalisation en Europe, le vrai risque

Le risque subsiste, mais il n’est pas suffisant, juge l’OCAM, pour remonter le niveau de la menace, passé de 3 à 2 en janvier 2018. "Nous l’avons fait à un moment ou la plupart de combattants terroristes étrangers se trouvaient encore libres, quelque part dans la nature en Syrie et en Irak. Ce n’est donc pas parce que deux personnes se seraient évadées maintenant qu’il faut sombrer dans la panique", avance Paul Van Tigchelt.


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Un appel au calme relayé par le ministre fédéral de la Justice, Koen Geens (CD & V). Invité de Terzake sur la VRT mercredi, il estimait qu’il ne pouvait pas dire que la Belgique avait la situation "sous contrôle" mais que les grandes puissances de la région n’avaient aucun intérêt à laisser les combattants s’échapper. "Il est clair que la situation est grave, mais nous avons le devoir de ne pas paniquer", a-t-il affirmé.

Paul Van Tigchelt rappelait d’ailleurs que le danger principal de l’heure actuelle n’est pas spécialement l’envoi de commandos depuis la Syrie, comme pour les attentats de Paris et de Bruxelles, mais la radicalisation de personnes en Europe. D’autant plus que les djihadistes qui s’échappent des camps n’ont pas forcément dans l’optique de retourner dans leur pays d’origine. Certains pourraient décider de repartir au combat, en Syrie ou en Irak ou sur d’autres terrains de guerre. Dans ce cas, il serait alors de la responsabilité de la coalition internationale de les arrêter.

Sujet du JT 19h30 de ce 16 octobre:

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