Gaza: diplomatie à la peine, plus de 580 morts et 100 000 Palestiniens déplacés

Gaza: plus de 100 000 Palestiniens déplacés à Gaza
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Gaza: plus de 100 000 Palestiniens déplacés à Gaza - © MAHMUD HAMS - BELGAIMAGE

Plus de 100 000 Palestiniens ont été déplacés depuis le début de l'offensive israélienne contre la bande de Gaza le 8 juillet, a annoncé lundi l'ONU. Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a promis dans la nuit de lundi à mardi 47 millions de dollars d'aide humanitaire aux civils de la bande de Gaza. Le gouvernement israélien reste cependant sur la même ligne. Sept Palestiniens ont été tués à Gaza dans de nouveaux raids aériens israéliens ce mardi matin. Le Premier ministre belge Elio Di Rupo a condamné mardi l'"usage totalement disproportionné" de la force par Israël. Amnesty international parle de "possibles crimes de guerre".

Le bilan mortel continue de grimper, avec au moins 55 Palestiniens tués lundi dont 16 enfants, environ 70 corps retrouvés sous les décombres et sept soldats israéliens tombés au front.

"Le nombre de personnes cherchant refuge auprès de l'Agence de l'ONU pour l'aide aux réfugiés palestiniens (UNRWA) a passé la barre des 100 000 personnes", a indiqué l'ONU dans un communiqué.

"C'est un tournant pour l'UNRWA, puisque le nombre de personnes cherchant refuge auprès de notre organisation est deux fois supérieur à celui du dernier conflit en 2009", a ajouté le porte-parole de l'UNRWA Christopher Gunness, en annonçant l'ouverture de 69 abris supplémentaires dans l'enclave palestinienne.

Plus de 580 Palestiniens ont été tués et plus de 3350 blessés en 14 jours d'offensive israélienne sur la bande de Gaza, la plus meurtrière depuis l'opération "Plomb Durci" en 2009, ont indiqué lundi les services de secours palestiniens. L'agence de l'ONU en charge des réfugiés palestiniens a appelé "les deux parties en conflit à respecter le droit international, le personnel humanitaire et l'inviolabilité des biens et des propriétés des Nations Unies".

"Possibles crimes de guerre"

Dans la soirée de lundi, un bombardement sur une tour de Gaza qui s'est partiellement effondrée, a tué 11 personnes dont 5 enfants. Parmi les victimes de lundi figurent également une famille de neuf personnes, dont 7 enfants, tous tués dans une frappe près de Rafah, et une autre famille de huit personnes dont 4 enfants tués dans la ville de Gaza, selon le porte-parole des services de secours, Achraf al-Qodra. Quatre personnes sont mortes dans une frappe qui a touché l'hôpital des Martyrs d'Al-Aqsa à Deir el-Balah, dans le centre de l'enclave palestinienne, qui a également fait 70 blessés. Six personnes ont par ailleurs été tuées dans la soirée par des tirs d'artillerie à Rafah (sud) et Deir el-Balah.

Amnesty International avait estimé que la poursuite des bombardements sur des habitations civiles et un hôpital "s'ajoutaient à de possibles crimes de guerre qui doivent urgemment faire l'objet d'une enquête internationale indépendante".

Un Palestinien tué par un Israélien en Cisjordanie

Un Israélien a tué par balle un Palestinien qui lançait des pierres sur son véhicule au nord de Jérusalem en Cisjordanie, a annoncé lundi soir à l'AFP une source de la sécurité palestinienne. L'incident s'est produit entre Ar-Ram et le point de contrôle de Hizma. Le corps du Palestinien, Mahmud Shawamreh, un jeune homme de 21 ans, a été transporté en Israël. La police et l'armée israélienne se sont refusées à tout commentaire dans l'immédiat. La tension est forte en Cisjordanie depuis l'enlèvement et le meurtre en juin de trois adolescents israéliens, attribués par Israël au mouvement islamiste Hamas, suivis de l'assassinat d'un jeune Palestinien brûlé vif à Jérusalem.

Population civile de Gaza au premier rang des victimes

Malgré le bilan dramatique, le gouvernement de Benjamin Netanyahu restait déterminé à poursuivre ses opérations militaires aériennes et terrestres à Gaza contrôlée par les islamistes du Hamas pour faire cesser les tirs de roquettes dont une centaine ont encore touché son territoire.

Tout au long de la journée de lundi, l'enclave palestinienne a été soumise à des dizaines de raids aériens qui ont touché notamment un immeuble résidentiel faisant 11 morts dont cinq enfants, et des bombardements de chars qui ont visé une nouvelle fois un hôpital tuant quatre personnes, selon des sources palestiniennes.

Les dégâts matériels sont aussi importants. Cinq mosquées, dont deux à Rafah, ont été complètement détruites. Israël dit avoir touché 70 cibles durant la nuit de lundi.

Le soldat israélien dont le Hamas a revendiqué le rapt est mort

Côté israélien, 25 soldats ont péri depuis le début de l'assaut terrestre, le bilan le plus lourd pour l'armée depuis sa guerre de 2006 contre le Hezbollah libanais. Deux civils sont morts suite à la chute de roquettes. Lundi, sept soldats israéliens ont été tués au cours de combats avec le Hamas palestinien, portant à 25 le nombre de militaires tués depuis le début de l'offensive terrestre, selon l'armée.

Parmi eux, le sergent Oron Shaul, dont l'enlèvement avait été revendiqué par le Hamas à Gaza. Il est donc mort selon Israël, qui précise ne pas avoir encore identifié ses restes.

Selon la presse israélienne, le corps de ce septième soldat ou une partie de sa dépouille a pu être pris par les combattants du Hamas, qui avait annoncé il y a deux jours avoir capturé un militaire israélien, donnant son identité, Oron Shaul, et son numéro de matricule (les soldats israéliens portent des plaques autour du cou et dans une botte pour permettre leur identification).

Les Brigades al-Qassam, branche militaire du Hamas, avaient quant à elles affirmé que cette attaque avait été conduite en représailles au "massacre de Chajaya", une banlieue à l'est de la ville de Gaza, où plus de 70 Palestiniens ont été tués dans des très violents bombardements israéliens dimanche.

La branche armée du Hamas avait déjà revendiqué samedi une infiltration via un tunnel en Israël, près de la partie centrale de la bande de Gaza, qui avait tué deux soldats israéliens. Une atmosphère de deuil régnait lundi en Israël où avait lieu les funérailles de certains des 13 soldats morts entre samedi et dimanche.

John Kerry et Ban Ki-Moon pour un cessez le feu

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry est arrivé lundi soir au Caire pour œuvrer en faveur d'un cessez-le-feu dans l'enclave palestinienne. Il a promis dans la nuit de lundi à mardi 47 millions de dollars d'aide humanitaire à destination des Gazaouis.

John Kerry a aussitôt rencontré Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations Unies également venu plaider pour une trêve au Caire, voisin d'Israël et de la bande de Gaza et traditionnel médiateur dans les conflits entre l'Etat hébreu et le Hamas palestinien.

Après deux semaines d'une offensive aérienne, et désormais terrestre, de l'armée israélienne, John Kerry doit également rencontrer des dirigeants égyptiens, dont le président Abdel Fattah al-Sissi mardi. Il doit rester au Caire au moins jusqu'à mercredi matin et pourrait se rendre ailleurs au Moyen-Orient, ont précisé des responsables qui accompagnaient le secrétaire d'Etat américain. "L'objectif est d'obtenir un cessez-le-feu le plus rapidement possible. Cela ne signifie pas que ce sera rapide, et surtout pas que ce sera facile", a indiqué l'un d'eux sous le couvert de l'anonymat.

John Kerry a à plusieurs reprises fait porter la responsabilité du déclenchement du conflit au Hamas et à ses tirs de roquettes sur le sol israélien mais, avec le président Barack Obama, il a récemment multiplié les alarmes sur le bilan des victimes civiles qui ne cesse d'enfler.

Diplomatiquement compliqué

Les responsables américains ont estimé que pour ce conflit, le cinquième entre le Hamas et Israël en moins d'une décennie, la tâche serait plus compliquée en raison de changements régionaux. Lors du dernier affrontement, en 2012, l’Égypte était dirigée par l'islamiste Mohamed Morsi, grand allié du Hamas, qui avait pesé de tout son poids pour faire accepter la trêve au mouvement palestinien. C'est aujourd'hui l'ex-chef de l'armée Sissi, qui a destitué Mohamed Morsi il y a un an, qui dirige le plus peuplé des pays arabes et, sous son autorité, le Hamas a été interdit en Égypte.

Ainsi, lorsque Le Caire a proposé un cessez-le-feu, Israël a aussitôt accepté mais le Hamas a refusé l'offre en l'état, furieux de ne pas avoir été consulté en amont et conditionnant son accord à une trêve à une levée du blocus israélien imposé depuis 2006 contre la bande de Gaza, l'ouverture de la frontière avec l’Égypte et la libération de dizaines de détenus.

Le chef de la Ligue arabe Nabil al-Arabi a pressé dans la nuit de lundi à mardi le Hamas d'accepter cette proposition. "Tout doit se faire de façon simultanée: la fin de l'agression (israélienne) et la fin du siège" de Gaza, avait indiqué plus tôt à l'AFP un haut responsable du Hamas sous le couvert de l'anonymat. Le ministre égyptien des Affaires étrangères Sameh Choukri a redit lundi soir que l'Egypte n'entendait pas modifier son initiative.

Washington mène également des contacts avec le Qatar, rival régional de l’Égypte qui reproche au petit émirat gazier son soutien aux islamistes, notamment au Hamas.

Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a, lui, plaidé mardi pour un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, en affirmant que "rien ne peut justifier la poursuite des massacres". "En Israël et à Gaza,la situation est très très dure", a-t-il déclaré à son arrivée à une réunion des ministres européens des Affaires étrangères à Bruxelles.

Le Premier ministre Elio Di Rupo a condamné mardi l'"usage totalement disproportionné" de la force par les troupes israéliennes dans la bande de Gaza et notamment les frappes militaires israéliennes sur le quartier de Shejaiyah à Gaza, tout en reconnaissant les "légitimes besoins de sécurité d'Israël".

Le président palestinien Mahmoud Abbas et le chef du Hamas Khaled Mechaal avaient, eux, conjointement appelé à la fin de "l'agression israélienne" contre la bande de Gaza et la levée du blocus, lors d'une rencontre lundi à Doha.

Avant de rencontrer John Kerry, Ban Ki Moon avait appelé "toutes les parties à faire cesser les violences sans conditions et à revenir au dialogue". Avant l'Egypte, Ban Ki Moon s'est rendu au Qatar puis au Koweït qui assure les présidences tournantes de la Ligue arabe et du Conseil de coopération du Golfe. Peine perdue.

"Pas le moment" de parler trêve

Néanmoins, le ministre israélien chargé des Services de renseignement Youval Steinitz a estimé que les "combats risquent de durer", alors que son collègue aux Communications Gilad Erdan jugeait que ce n'était "pas le moment de parler d'un cessez-le-feu". Pour Israël, l'objectif est de briser la capacité du Hamas à atteindre Israël avec ses roquettes et combattants, en tentant cette fois-ci de détruire les tunnels construits par le mouvement à cette fin.

Vivement critiqué en raison du grand nombre de civils morts dans les bombardements, Israël n'a eu cesse de dire que les groupes armés palestiniens se positionnaient autour et dans des bâtiments civils comme des hôpitaux.

Qualifiant de "massacre" l'opération israélienne, la Turquie a déclaré trois jours de deuil en hommage aux victimes palestiniennes. A Nazareth, la plus grande ville arabe israélienne, 3000 personnes ont manifesté en dénonçant "le génocide à Gaza" et des heurts ont éclaté avec la police qui a arrêté 16 manifestants.

Les journaux israéliens continuaient en revanche de soutenir le gouvernement. "Il s'agit de combats pour tuer ou être tué", écrit le Yedioth Ahronoth.

RTBF, avec agences

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