Confinement, télétravail et jeunes enfants : l'équation impossible ? La Ligue des familles réclame des indemnités

Confinement, télétravail et jeunes enfants : l'équation impossible ? La Ligue des familles réclame des indemnités
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Confinement, télétravail et jeunes enfants : l'équation impossible ? La Ligue des familles réclame des indemnités - © Oliver Rossi - Getty Images

Concilier épidémie de coronavirus, confinement et jeunes enfants. Possible ?

Prenez trois familles :

  • Charlotte et David, parents : juriste et chef de projet dans l’import-export. Désormais tous les deux en télétravail. Schaerbeek. Un enfant, Emma, 17 mois.
  • Marie et Olivier : ingénieure aéronautique et directeur financier d’une entreprise de construction. Désormais tous les deux en télétravail. Oupeye. Deux enfants : Augustin, 5 ans, et Clémentine, 16 mois.
  • Fabienne et Jean-Marc : professeur dans le secondaire et employé administratif dans une université. Désormais en télétravail tous les deux. Walhain. Deux enfants : Maxime, 15 ans, et Louise, 11 ans.

Depuis le confinement dû au coronavirus, leur quotidien à toutes est bouleversé. "Le week-end, ça va, mais j’appréhende la semaine de télétravail avec Emma. C’est horrible quand elle pleure parce qu’on ne s’occupe pas assez d’elle", déplore Charlotte, jeune trentenaire. "Ma charge de travail n’a pas diminué depuis que je suis à la maison, bien au contraire", enchaîne-t-elle.


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Alors qui pour s’occuper des enfants ? La même question se pose dans tous les foyers. Si au début certains l’ont pris avec humour, saluant l’addition télétravail et garde d’enfants comme une "nouvelle discipline olympique", aujourd’hui, début de la deuxième semaine de confinement, le retour à la réalité est difficile.

Chez Marie et Olivier, on a divisé la journée en deux : "Je me lève tôt le matin, je travaille un maximum. Et l'après-midi, nous inversons les rôles", détaille la jeune mère de famille. 

"On tâtonne", admet Fabienne, mère de deux enfants dont un ado. "La première règle, c’est qu’on se lève et on déjeune aux mêmes heures que quand on va réellement à l’école et au travail. Le problème, c’est qu’il faut que Maxime et Louise trouvent une certaine autonomie… mais nous devons souvent les entourer et les accompagner. C’est tout ce temps en moins que nous consacrons à notre travail."

Le télétravail est incompatible avec la charge d’enfants

Alors comment concilier ces deux aspects ? Charlotte, la maman d’Emma, a consulté le site de l’ONEM ce matin : "Que va-t-il se passer pour Emma, si elle se rend compte que cinq jours par semaine, ses parents ne s’occupent pas bien d’elle ? Je réfléchis à prendre un congé parental. Le problème, c’est que cela s’accompagnera inévitablement d’une perte de revenus. Il faut voir si l’on peut se le permettre.

Et en attendant ? "On se débrouille comme on peut. David se lève tôt le matin, commence à travailler directement, de manière à étaler le travail sur plusieurs plages horaires. Tandis que je passe mes premiers coups de fil, mon compagnon s’occupe de la petite, et inversement."

Conséquence inévitable : le travail, parfois, se termine tard le soir.

Chez Fabienne, les enfants sont un peu plus grands, mais les difficultés restent identiques. "Je suis moi-même enseignante. Cela veut dire que je dois m’occuper de mes élèves, leur fournir leurs cours, leur venir en aide, et en plus de ça je dois le faire avec mes enfants. Mais dans toutes les branches ! Or, devenir éducateur, prof de math, instituteur primaire ou professeur de biologie, ça ne s’improvise pas. Et cela prend du temps."

Voilà qui, dans toutes les familles, touche fortement la productivité. "Même si nos employeurs en sont conscients et sont compréhensifs. Ils nous l’ont dit ou écrit. Mais la responsabilité reste la même", précise Charlotte.

En grande difficulté

"Certaines familles se retrouvent en grande difficulté", alerte Caroline Tirmarche, responsable du service d’études de la Ligue des familles. "Nous recevons tous les jours énormément de retours de parents qui nous disent que le télétravail est incompatible avec la charge d’enfants. Ces parents ne savent plus quoi faire."

Le risque : une double charge mentale, à domicile. "Cela vaut pour toutes les familles, mais cela se fait ressentir avec encore un peu plus d’acuité dans les familles fragilisées : papa ou maman solo, par exemple, ou encore les gardes alternées pour les parents séparés."

Et quid si la situation dure plusieurs semaines, voire plusieurs mois ? Le risque de burn-out "en série" est bien réel alerte la Ligue des familles qui se demande s’il est "vraiment nécessaire de faire ressentir à tous ces parents, cette culpabilité de ne jamais rien faire correctement, ce tiraillement entre conscience professionnelle et souci de ne pas laisser sa progéniture toute la journée devant la télé."

S’inspirer de l’exemple français ?

Pour répondre à l’urgence, la Ligue des familles demande donc des indemnités. "Nous avons envoyé un courrier au Conseil National de Sécurité (CNS) pour demander de prendre notre requête en compte".

L’idée ? Sans devoir poser des congés - parentaux, sans solde ou légaux qui pénaliseraient les parents - l’association propose la mise en place d’un système d’indemnisation inspiré de ce que la France a établi en urgence : tout salarié obligé de s’arrêter à cause du coronavirus pour garder son enfant pourra bénéficier, sous conditions, d’un arrêt de travail couvert par l’assurance maladie.

"Sans perdre de rentrées financières, ce serait une bouffée d’oxygène pour les familles puisque, dans le système français, les salaires sont maintenus à 100%, 90% pris en charge par l''assurance maladie, le reste par l’employeur", souligne Caroline Tirmarche, qui propose aussi un congé parental "mais qui ne serait pas évalué en mois comme ça l'est aujourd'hui, mais en semaine, voire en jour, et correctement rémunéré pour palier l'urgence."

La Ligue des familles n’a pas reçu de réponse du CNS à ce jour. Au niveau politique, Catherine Fonck, cheffe de groupe cdH à Chambre et membre de la commission Affaires sociales, n’est pas contre le principe même si elle précise qu’il faut être équitable : "Les réalités des familles sont plurielles, nombreuses, et, loin d’en faire une généralité, je crois qu’il faut prendre la situation de chaque famille en compte. Par exemple, si l’on permet des congés à certains, nous ne pourrons pas en garantir à d’autres. C’est le cas pour le personnel hospitalier évidemment, des personnes qui travaillent dans l’alimentation ou la grande distribution, dans la sécurité : tous des secteurs qui ne peuvent pas, ou difficilement, poser des congés en cette période de crise sanitaire."

Nous demandons une vraie politique d'accompagnement des familles

La Ligue des familles, via sa responsable d’études, en est bien consciente : "Ce système ne résoudra pas 100% des situations mais, même quand on pense au personnel soignant, libérer le conjoint pour qu’il puisse s’occuper des enfants peut constituer une solution pour la famille, donc on devrait ainsi pouvoir soutenir de nombreuses familles", conclut Caroline Tirmarche.

Reste à savoir ce que le gouvernement fédéral, disposant de pouvoirs spéciaux, est prêt à mettre en place. Catherine Fonck prévient : "La situation est extrêmement difficile puisque le gouvernement peut dorénavant se passer du Parlement pour adopter des textes. Le seul endroit où nous pouvons faire remonter ces préoccupations est le Conseil des ministres du samedi matin, élargi aux présidents de partis. Nous devons voir aussi comment le Parlement peut encore être associé, notamment en posant des questions aux ministres. C'est de cette manière que nous pourrons faire pression sur le gouvernement et mettre les problèmes rencontrés par les familles à l'agenda."

Selon des dernières informations, des mesures sont "en préparation" chez la ministre fédérale de l’Emploi, Nathalie Muylle, que nous n'avons pas encore pu joindre. 

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