Condamné pour terrorisme, il est déchu de sa nationalité belge: "On va le renvoyer dans un pays qui n'est pas le sien"

Enis Sulejmani, 21 ans, est déchu de sa nationalité belge. Ce Belgo-Serbe a été condamné ce mercredi matin à 10 ans de prison, en tant que dirigeant d'un groupe terroriste. Vu la gravité des faits dont il est reconnu coupable, le tribunal estime qu'il ne peut plus être belge.

Le jugement du tribunal de première instance du Hainaut apporte la justification suivante : "La circonstance que le prévenu envisageait de commettre des attentats sur le sol national, que des actes préparatoires étaient déjà entamés (...) constitue une attaque violente contre un pilier fondamental de l'Etat et un tel rejet de ses valeurs que la citoyenneté belge ne peut lui être maintenue."

C'est la première fois qu'une déchéance de nationalité est ordonnée par un tribunal et jointe directement à la peine de prison. La justice met ici en application une nouvelle loi votée en 2015 pour renforcer la lutte contre le terrorisme.

Toute sa vie et sa famille sont ici

Aurélie di Trapani, l'avocate d'Enis Sulejmani trouve cette décision pour le moins sévère. "Je trouve que c'est très grave parce que M. Sulejmani est arrivé en Belgique à l'âge de 4 ans, explique-t-elle au micro de la RTBF. Il a grandi en Belgique. Il y a fait sa scolarité primaire et secondaire. Il a commencé à faire ses recherches d'emploi avec le Forem. Toute sa vie et sa famille sont ici. Ses parents ont fui un pays en guerre et sont venus ici pour être dans un territoire de paix. On va le renvoyer dans un pays qui n'est pas le sien."

Le jeune homme, habitant près de Verviers, a été arrêté en juin 2016. Il est alors soupçonné d'être sur le point de commettre un attentat. Avec un complice, il recherchait des armes sur le "dark web". Il cherchait aussi à monter une cellule terroriste en recrutant en France notamment.

Enis Sulejmani recevait des ordres directement depuis la Syrie. C'est Tarik Jadaoun, un djihadiste belge condamné à mort en Irak, qui lui donnait des instructions via l'application Telegram. Il était question d'assassiner un imam, d'attaquer une discothèque ou une foule pendant l'Euro 2016.

Parcours de déradicalisation

Détenu à l'isolement depuis 2 ans, Enis Soulejmani aurait changé. Il a entamé un parcours de déradicalisation. Il rencontre une conseillère personnelle deux fois par mois. Le détenu a entrepris "une remise en question, des débats", assure son avocate. Selon elle, il met en place "un projet individualisé pour pouvoir, le jour où il pourra sortir de prison, être vraiment au plus clair avec lui-même".

Mais, à sa sortie de prison, Enis Soulejmani devra être expulsé vers la Serbie. Aucune circonstance atténuante ne lui a été reconnue à part son jeune âge. Son avocate peut encore introduire un appel.

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