Compteurs intelligents en 2034: quelles conséquences pour les Wallons?

Le gouvernement wallon va imposer aux gestionnaires de réseau (GRD) comme ORES ou Resa d’équiper 80% des ménages en compteurs intelligents d'ici la fin 2034. Beaucoup de questions se posent pour le moment. On parle notamment du coût supplémentaire pour chaque Wallon et de la propriété des données. Mais concrètement, quels changements vont toucher les consommateurs wallons ?

Quels sont les avantages de ce compteur intelligent ?

Plusieurs avantages sont avancés. La prise de conscience de sa consommation, l'incitation à réduire sa consommation en heure de pointe, diminution des coûts, de nombreux services disponibles au consommateur, une meilleure gestion du réseau... Grégoire Wallenborn, chercheur à l'Institut de Gestion de l'Environnement et d'Aménagement du Territoire de l'ULB (IGEAT-ULB), va plus loin. "Si la législation permettait de partager l'énergie entre voisins, nous pourrions créer des échanges locaux plutôt que de passer par les GRD."

Et les inconvénients ou risques ?

Pas mal d'inconvénients et de risques sont également à déplorer. Les compteurs intelligents octroieraient via les GRD des facilités aux fournisseurs pour gérer leurs clients en difficultés de paiement. En effet, il n'aurait plus à se rendre au domicile du ménage en question.

Grégoire Wallenborn voit d'autres problèmes, plus concrets. "Si quelqu'un peut lire les données de votre compteur, il peut savoir si vous êtes présent, insomniaque ou que vous organisez une fête. Après cela, il a déjà été prouvé que le 'hacking' de ce système est possible, il y a déjà eu des attaques pour essayer de mettre le réseau par terre."

À qui ira la propriété des données ?

La confidentialité des données pose question, mais Jean-Luc Crucke, ministre wallon de l'Énergie, se voulait rassurant : "Le consommateur va rester propriétaire de ses données et devra donner son accord pour la lecture de celles-ci."

Des changements sont-ils nécessaires au niveau législatif ?

Les changements au niveau législatif sont inévitables pour le chercheur de l'IGEAT-ULB. "Les compteurs intelligents pourraient accroître les inégalités énergétiques si aucun changement de loi n'est prévu. Il faut d'ailleurs de nombreuses lois pour encadrer ces compteurs communicants."

Le ministre wallon de l'Énergie a tenu une nouvelle fois à avancer des précisions : "Nous avons prévu tout un encadrement autour des compteurs intelligents. Ce matin, nous avions la première lecture. D'ici quelques semaines, si tout se passe bien, nous pourrons créer le cadre et les restrictions".

Qui profitera de ces compteurs intelligents ?

Les grands gagnants seront tout d'abord les GRD, qui pourront bénéficier d'avantages qu'ils ne possédaient pas avant et éviteront certains coûts. Ensuite, au niveau économique, ces compteurs intelligents seront plus rentables pour les grands consommateurs comme les grandes sociétés du pays, même si les entreprises qui consomment beaucoup ont déjà un compteur quart-horaire. 

Grégoire Wallenborn voit d'autres bénéficiaires au sein de la population. "Les gagnants seront probablement des personnes intéressées par leur consommation, au courant des nouveautés et qui seront à l'aise avec cette technologie. Les perdants seront les plus fragilisés et précaires du pays, notamment en cas d'abus des fournisseurs d’énergie ou des  gestionnaires de réseau de distribution."

Pourquoi la Belgique a pris du retard sur les autres pays européens ?

Effectivement, de nombreux pays européens ont déjà mis en place leur système de "smart meter". Mais ce n'est pas pour autant que la Belgique est en retard. Grégoire Wallenborn explique : "La Belgique n'est pas réellement en retard. Il n'y a aucune course entre les États. La Belgique a déjà refusé d'installer ces compteurs par le passé car il n'y avait pas de réel avantage. Aujourd'hui, le lobbying reprend. Mais pourquoi ne pas attendre que les autres pays fassent des erreurs et anticiper ? L'Allemagne, par exemple, a été plus prudente que la plupart des pays européens en déployant la technologie auprès des gros consommateurs et des producteurs (via des panneaux photovoltaïques)."

Plusieurs pays européens avaient des raisons d'installer ces "smart meter" avant les autres. Le chercheur de l'IGEAT en pointe deux : "L'Italie, par exemple, est rapidement passée à ce système de compteurs pour lutter contre la fraude. En effet, cette technologie les a aidés à repérer les fraudes. En Suède, vous pouvez rapidement parcourir de longues distances. Cela facilite le travail des fournisseurs. Il y a donc une certaine pertinence que nous n'avions pas en Belgique".

Il existe encore de nombreuses questions, dont notamment le coût que cela va amener, mais le sujet est encore flou à ce niveau-là.

 

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