Comprendre l'allocation universelle en 60 secondes

Comprendre l'allocation universelle en 60 secondes
Comprendre l'allocation universelle en 60 secondes - © Samuel Laloux/iRTBF

Revenu universel, allocation universelle, revenu pour tous, de multiples noms pour un seul et même concept de base: "Verser périodiquement et régulièrement une somme d’argent à chacun, sur base individuelle, sans conditions, contrepartie ou obligation de travail". Une idée simple à première vue mais dont la dont la mise en œuvre s’avère beaucoup plus complexe, et ce pour de multiples raisons. La principale, le montant de cette allocation.

Combien ? 

Car selon la somme allouée, les systèmes et les moyens à mettre en place varient fortement. Il y a donc presqu’autant d’arguments et de finalités qu’il existe de partisans de l’allocation universelle. C'est dans cette nébuleuse qu'en 1986, l'économiste belge Philippe Van Parijs a co-fondé l'organisation internationale "Basic Income Earth Network" (BIEN), porte-drapeau d'une version "moderne" de l'allocation qu'elle définit comme suit: "Le Revenu de Base est un revenu accordé à toutes et tous, tout au long de la vie; versé périodiquement à titre individuel; accordé sans conditions, sans prendre en compte l'existence d'autres revenus, ni contrepartie de l'exécution d'un travail ou de la disposition à en accepter un. Ce revenu de base vise à permettre à chacun et chacune de mener une vie digne et de participer à la vie en société sous toutes ses formes." Un définition articulée autour de la participation de l'individu à la société, indépendamment de la notion d'emploi et qui a connu ces dernières années un net regain d'intérêt. 

Dans les faits, deux grands courants demeurent: l’un centré sur l’Etat providence; l’autre plus libéral qui au contraire cherche à minimiser l’intervention de l’Etat.

Modèle étatiste: travail choisi et minimum vital 

Pour les "étatistes", le revenu fourni par l’Etat est censé être suffisant pour vivre. Le travail ne résulterait plus donc plus d’une obligation pour le citoyen mais bien d’un choix. Le revenu fourni étant une forme de redistribution du capital produit. Contraintes et dépendances vis-à-vis du patronat se retrouveraient donc évacuées avec pour effet un plus grand bien-être et une liberté professionnelle accrue. L’idée étant aussi celle de produire de la valeur au-delà de la notion même d’argent valorisant, par exemple, le bénévolat. Dans sa conception extrême, le modèle permettrait une société où seules les machines produiraient, les humains se redistribuant les richesses. C'est le modèle Marxiste inspiré des Grundrisse.   

Modèle libéral: assurances privées et évacuation de l'Etat 

À l'inverse, pour les partisans du courant "libéral", l’objectif principal est d’évacuer autant que possible l’intervention de l’Etat. Pour ce faire, les aides actuelles, de l’assurance maladie à la pension, seraient remplacées en bloc par une allocation unique. Libre à chacun ensuite de gérer ce revenu comme bon lui semble, éventuellement d'y adjoindre un travail afin de gagner plus. Le privé se verrait par ailleurs confier les fonctions d'assurance et de couverture. Plus de chômage non plus, le travail devenant dans ce système libéralisé moins contraignant pour le patronat puisque les travailleurs ne devraient plus être sécurisés via le versement de cotisations patronales. La somme d'argent pouvant dès lors également faire office de capital de départ.  

Quid du financement

Reste à financer tout cela. Ici aussi, différents conceptions existent. Il y a ceux qui préconisent de supprimer toutes les autres aides spécifiques actuellement existantes, du chômage à la pension, en passant par les allocations familiales. Couplé à la disparition des structures actuelles gérant ces aides, à la taxation des transactions financières, et autres mesures similaires, cela permettrait de débloquer les fonds nécessaires au financement de la mesure. Quant à ceux qui pensent que certaines aides doivent subsister, comme la sécurité sociale sous peine de voir exploser le coût des soins de santé privés, ils doivent alors tenir compte du surcoût important que cela risquerait d'engendrer, au risque de rendre utopique le projet.  

Une idée qui a le vent en poupe

Mais quel que soit le courant, ces dernières années, l’érosion du marché du travail, le sous-emploi permanent, la crise économique, le spectre de la disparition des retraites ont fait resurgir l’idée d’une société qui ne serait plus articulée autour de l’acte professionnel comme source principale de subsistance. Et un peu partout en Europe, des partis se disent prêts à expérimenter un nouveau pacte social, dont l’une des premières étapes serait celle d’un revenu de base.

Une alternative viable ? 

C'est notamment le cas en Finlande. De plus en plus endetté, le gouvernement centriste actuel souhaiterait remplacer en 2017 son généreux système social par un revenu universel qui permettrait d'uniformiser les programmes actuels et ainsi réduire du même coup le coût administratif de ces prestations. Un test grandeur nature dans une région défavorisée du pays qui, s'il devait être concluant, serait généralisé à tout le pays.

En Espagne, c'est la gauche radicale, avec le parti Podemos, qui a inscrit le revenu de base dans son programme électoral. Tout comme le mouvement Cinque Stelle en Italie. Quant à la Suisse, tentée un temps par l'aventure, sa population a finalement rejeté début juin le projet d'un revenu de base universel lors d'une votation. 

Mais il n'y a pas que sur le vieux continent que l'idée séduit. Outre-Atlantique, si plusieurs jeunes entrepreneurs de la Silicon Valley reconnaissent soutenir le principe d'une allocation universelle, c'est au Québec que la réflexion est la plus avancée, sans toutefois avoir abouti. Une réflexion qui s'inspire de ce qui se fait déjà en Alaska depuis plusieurs années où une partie des bénéfices issus des revenus pétroliers est redistribué à ses habitants. Une somme versée annuellement, qui pour 2015 s'élevait à 2072 dollars, soit environ 1838,65 euros.

Et en Belgique ?

Si pour le ministre-Président de la Wallonie Paul Magnette, le temps de l’allocation universelle viendra remplacer celui actuel des allocations sociales, la plupart de ses camarades de parti ne l’entendent pas de cette oreille. Même son de cloche mitigé du côté du MR, CDH, spa.a et Open VLD où des groupes de réflexion ont vu le jour sous diverses formes afin de réfléchir à la question et de définir une position claire. 

Restent les verts. Si Groen! milite pour un revenu de base octroyé aux plus de 65 ans ainsi qu'au plus jeune, c'est ECOLO qui semble le plus avancé sur la question. Sous l'impulsion de Philippe Defeyt, les écologistes francophones étudient la question depuis plus de 30 ans. Une question celle de l'allocation universelle déjà présente dans le programme du parti lors de sa création.    

Début de semaine, l'économiste vert a d'ailleurs lancé une proposition chiffrée et budgétée. 600 euros par adulte, 300 par enfant de moins de 18 ans. À cela s'ajouteraient certaines prestations sociales, les plus efficientes, qui seraient maintenues. Le tout permettant aux personnes les moins protégées de bénéficier d'un "appel d'air" afin de retrouver autonomie et capacité d'initiative.

Un nouveau système qui coûterait une centaine de milliards à l'Etat. Une paille pour ses partisans, une poutre pour ses détracteurs.

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