Un jeune meurt dans sa tente, oublié de tous. A qui la faute?

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Image issue de la page Facebook - R.I.P Jordy Brouillard - © Facebook

Le débat fait rage en Flandre après la mort d'un jeune de 19 ans, seul dans une tente. Visiblement privé de nourriture et d'eau, Jordy est décédé en raison des fortes chaleurs et de son isolement. Son corps sans vie a été retrouvé par des passants le week-end dernier.

Installé dans les buissons d'un parc de loisirs près de Gand, le jeune homme -qui souffrait de troubles mentaux- était resté dans une institution spécialisée pour les jeunes pendant 15 ans, sans réel soutien familial. Un centre où il aurait pu rester mais qu'il a décidé de quitter à sa majorité pour prendre son indépendance, comme tous les jeunes de son âge et dans ses conditions sont en droit de le faire.

Syndrome d'Asperger

Mais les circonstances du décès soulèvent de nombreuses questions. Comment a-t-il pu être laissé seul, livré à lui-même ? Comment est-il possible qu'un jeune homme meure seul dans une tente en 2016, en Belgique ? Jordy était-il en mesure de s'assumer seul ?

Saskia Van Nieuwenhove, journaliste à la "Gazet van Antwerpen" et ancienne pensionnaire d'institutions pour jeunes, a enquêté sur le décès de Jordy. "Jordy n'était pas en mesure de s'assumer seul, il avait beaucoup de capacités mais n'était surement pas en mesure d'être indépendant". Le jeune souffrait du syndrome d'Asperger et d'autres troubles qui ne lui permettaient pas de se débrouiller seul, selon la journaliste.

Après son départ de l'institution "Ter Muren", des signaux indiquaient que cela n'allait pas, mais au point de mourir seul dans une tente de faim et de soif, à quelques pas d'une grande ville, le cas interpelle.

"Il recevait son budget mais dépensait tout, tout de suite. Comme il était gentil, cela le rendait fragile et l'exposait à des personnes qui voulaient abuser de lui", raconte Saskia Van Nieuwenhove.

Débat social jusqu'au parlement flamand

Quelles sont les conditions d'encadrement des jeunes placés dans des services d'aide à la jeunesse ? Comment se fait-il qu'un jeune homme fragile ne fasse pas l'objet d'un accompagnement digne de ce nom ? Des questions qui remontent jusqu'au parlement flamand.

En effet, la députée sp.a, Freya Van den Bossche, a demandé cette semaine à la commission "Bien-être" du parlement flamand d'interpeller le ministre Jo Vanderzeun sur le maintien de l'aide aux jeunes fragilisés.

Le député N-VA, Lorin Parijs, s'est également questionné sur l'opportunité de laisser des jeunes fragilisés voler de leurs propres ailes dès leur majorité. Le CD&V veut, lui aussi, débattre rapidement de ces questions et aboutir à un statut qui protégerait davantage les jeunes précarisés et envisage une sorte d'"aide forcée".

Le ministre flamand du "Bien-être" a réagi au micro de nos collègues de la VRT: "C'est absolument indispensable et nécessaire que des jeunes soient accompagnés plus longtemps, après leurs 18 ans. Il faut pouvoir suivre ces jeunes jusqu'à ce qu'ils aient 25 ans et c'est déjà le cas pour plus d'un millier de jeunes". 

Mais comment forcer des jeunes de plus de 18 ans à continuer d'être encadré ? Faut-il parfois les contraindre à se faire aider alors qu'ils ne pensent qu'à voler de leurs propres ailes après de longues années dans un centre ? Un sujet sensible pour Jo Vanderzeun (CD&V): "Il faut être très prudent, c'est un débat délicat. Pour nous l'essentiel, c'est que l'on puisse aider des jeunes qui traversent des périodes difficiles". En Flandre, 30 000 jeunes vivent dans des centres d'aide à la jeunesse.

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