Des blagues sur Facebook au groupe secret: comment Schild & Vrienden s'est développé et a réussi à se structurer

La VRT a révélé les dérives du groupe de jeunes d'extrême droite Schild & Vrienden : racisme, sexisme, antisémitisme, islamophobie sont au programme de ses jeunes membres.

Sur La Première, le journaliste Alain Gerlache explique que "cela fait partie d'une tradition des mouvements flamands d'ultra droite : le VMO (ce groupement qui organisait notamment des camps d'entraînement militaires dans les Ardennes dans les années 80), Voorpost, le TAK, etc. Cela fait aussi partie de cette montée des mouvements identitaires en Europe. Ce qui change et qui justement, correspond à cette nouvelle génération, c'est la manière dont le groupe s'est constitué. Ce n'est pas comme un parti qui dit 'on va communiquer sur Facebook'. Il émane des réseaux sociaux : ça commence par un groupe public qui échange des 'mèmes', ces petites photos ou vidéos avec des incrustations théoriquement amusantes. Et puis ça devient un groupe fermé quand ça devient trop sérieux et quand ça se structure. Et enfin ça aboutit dans des réseaux plus confidentiels comme Discord (qui est un réseau utilisé par les gamers). Donc on voit que ça part vraiment des réseaux sociaux, ça se structure comme ça et c'est à partir de cela que ça devient vraiment un mouvement finalement extrêmement bien organisé avec une double face. Une face droite conservatrice qui lui donne accès aux médias, et puis alors il y a la face cachée, raciste, sexiste, antisémite qui développe le culte du corps et qui s'initie aux armes. On pourrait dire que ce sont un peu les SA (Sections d'Assaut) 2.0".

Prendre le pouvoir

François Gemenne, professeur à l'ULG et à Sciences Po Paris estime que "ce qui est très inquiétant, c'est qu'il y a cette idée que le but de ces réseaux c'est vraiment de prendre le pouvoir quand on regarde ce qu'ils écrivent. L'idée c'est de placer leurs gens à des postes clés. Dries Van Langenhove a réussi à se faire élire au conseil d'administration de l'Université de Gand en tant que représentant des étudiants et donc l'idée c'est de transformer la société en pratiquant une logique d'emprise et en plaçant un peu ses pions à tous les étages de la société. Et je dirais qu'ils sont aussi quelque part galvanisés par les succès électoraux. Tous les groupes cités par Alain Gerlache étaient un peu en marge de la société. Et ils savaient bien quelque part qu’ils ne prendraient jamais véritablement le pouvoir. Ici, il faut le dire, c'est un groupe qui est galvanisé par le succès électoral de la N-VA et qui se dit 'si nous jouons notre jeu finement, nous allons prendre le pouvoir et nous allons infiltrer ces partis'. Et la N-VA est bien entendu plus perméable qu'un autre parti à cela".

"Ambiguïté" de la N-VA

Alain Gerlache estime "que le problème c'est la porosité. La porosité qui fait que ces gens passent de l'un à l'autre. La porosité des idées et là il faut évidemment que la N-VA sorte de l'ambiguïté. Theo Francken dit 'je condamne, ce n'est pas ma Flandre', mais au début de son mandat de secrétaire d'État, il célèbre un collaborateur qui est un ancien du VMO et qui est exactement sur la même ligne idéologique. Il dit 'ce ne sont pas mes valeurs', mais il y a quelques jours, il s'en prenait à 'ces hommes qui expriment leur part de féminité', ce qui le met exactement dans le même camp que Schild & Vrienden qui célèbre le corps de l'homme blanc d'une manière qui rappelle la propagande nazie".

Pour François Gemenne "il est clair que Theo Francken représente pour eux l'objectif à atteindre. Si un type comme Theo Francken qui partage un certain nombre de leurs idées notamment masculinisme, notamment racismes, arrive à une position de ministre, ils se disent 'Nous pouvons y arriver, nous pouvons prendre le pouvoir'".

"Mais en même temps le fait qu'ils existent montre bien qu'ils ne sont pas totalement satisfaits de l'offre des partis actuels. Le comble de l'ambiguïté c'est Bart De Wever qui dit 'on va nettoyer la N-VA' et qui réutilise volontairement ou inconsciemment le même mot qui avait été utilisé par Theo Francken en parlant du parc Maximilien" complète Alain Gerlache.

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