Comment (re)trouver goût au bonheur après bientôt un an de crise sanitaire ? Les conseils d'Ilios Kotsou

Selon une enquête menée par l’Université de Gand (UGent) et la chaire NN (du nom de l’assureur), le moral des Belges est mis à rude épreuve. Le nombre de citoyens qui se déclarent vraiment heureux diminue de 10% et 30% se disent malheureux contre 22% avant la crise sanitaire.

Comment ne pas perdre pied alors que le déconfinement, même partiel, se fait attendre ? Ilios Kotsou, docteur en psychologie, spécialiste des émotions et du bien-être, était ce samedi l’invité du journal télévisé de 13h.

L’étude parue ce samedi fait notamment ce constat : les personnes qui contribuent au bonheur des autres se sentent plus heureuses. "Ce n’est pas une surprise, réagit Ilios Kotsou. C’est une des grandes conditions du bonheur, c’est ce qu’on fait pour les autres."

Il poursuit : "Ce qui est frappant dans cette enquête, c’est de voir la différence entre le premier confinement et ce qu’on fait maintenant. En situation de crise, en général, on est beaucoup plus altruiste."

Les jeunes payent le prix le plus fort dans cette crise

Notre cerveau a alors fait un choix pour augmenter sa tolérance à l’incertitude. "On a chanté au balcon, on a applaudi les soignants… dans l’idée que tous ensemble en faisant quelque chose on allait franchir la crise et trouver des lendemains meilleurs."

Et puis, après le relâchement, il y a eu la deuxième vague. "On se retrouve dans une deuxième incertitude où les lendemains ne sont pas très chantants, ajoute le psychologue. D’où cette deuxième stratégie qui consiste à tenter de faire baisser l’incertitude", ce qui, selon Ilios Kotsou, mène à "beaucoup de problèmes de santé mentale et de retrait".

Il cite alors les jeunes "qui payent le prix le plus fort dans cette crise". Pour ce spécialiste, "ce qui est encore plus dramatique quand on voit les difficultés mentales de tous ces jeunes, c’est que l’âge auquel ils sont – entre la fin de l’adolescence et le début de l’âge adulte – c’est un âge où le cerveau se construit encore. La plasticité du cerveau continue jusqu’à plus ou moins 25 ans et on grandit par les liens avec les autres et par les expériences".


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Mais comment vivre des expériences et des rencontres quand on est confiné chez soi, à suivre des cours à distance par écran interposé ? Sans oublier que "les jeunes sont stigmatisés, culpabilisés presque considérés comme des terroristes en puissance" qui n’attendent que de faire la fête et de briser les règles sanitaires.

Ilios Kotsou pointe trois grandes conditions pour qu’une population coopère aux mesures :

  • La sécurité : "on a besoin de savoir que les choses fonctionnent pour nous";
  • L’équité, la justice sociale : alors qu’actuellement, "ce sont les plus vulnérables qui souffrent le plus";
  • La confiance : "Nous ne pouvons pas fonctionner en tant que groupe si nous n’avons pas la confiance. Quand on est dans une situation où on cherche le bouc émissaire, la confiance dans les institutions baisse. Et on le voit aujourd’hui, on a de moins en moins confiance dans les politiques."

Bien "nourrir son cerveau"

Que faire dans ce contexte ? "Il n’y a pas de recette miracle", concède le psychologue qui donne cependant deux conseils visant à gérer nos émotions et nos actions :

  • "Nourrir notre cerveau de manière positive et ne pas rester juste dans son lit et sur les réseaux sociaux, ce qui va augmenter l’anxiété. On peut par exemple lire, ça parait banal, lire des choses inspirantes";
  • Se décentrer, en se disant "qu’est-ce que je peux faire pour les autres ?". Selon Ilios Kotsou, "en aidant les personnes en difficulté ça rejaillira sur nous".

Il invite à "prendre soin des relations sociales, même si on en a très peu, […] essayer de créer des liens sociaux de plus grande qualité. Parce que c’est ce capital social au niveau individuel et collectif qui va faire que nous, en tant que société, nous irons mieux".

Et Ilios Kotsou de conclure : "Le problème d’aujourd’hui c’est qu’il n’y a plus de sens et plus de récit. Si le seul récit proposé c’est 'lequel des deux virologues a raison' et la question des contaminations, où va-t-on ? Nos jeunes ont besoin de sens. Et donc quel est le monde qu’on leur propose ? On a besoin de philosophe, de psychologues – pas uniquement des technocrates, des virologues et des économistes – pour dessiner un monde d’après dans lequel nous auront tous envie de vire et auquel nous aurons envie de participer."

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