Comment peut-on mesurer le bonheur?

François Maniquet, économiste à l'UCLouvain, a mené une vaste étude sur le bien-être des Belges. Selon cette étude, quand on demande aux gens quel est le moment le plus pénible de la journée, ils citent le trajet domicile-travail. La mobilité est donc vraiment un problème qui est très fort aujourd'hui dans le ressenti des Belges : "Il y a aussi, j'imagine, le fait que c'est un moment de la journée qu'ils ne peuvent pas vraiment utiliser. Ils s'ennuient, c'est un moment pénible" explique François Maniquet, interrogé sur La Première.

Comment définit-on le bonheur ? Quels critères permettent d'objectiver ce concept ? "Ce qui est très important, c'est de faire la distinction entre bonheur et bien-être. Une des questions que l'on se pose, notamment pour la politique sociale, c'est : est-ce que c'est la même chose ? Est-ce que la politique sociale doit viser à augmenter le bonheur des gens ou bien est-ce qu'elle doit viser autre chose ? Le bonheur, c'est quelque chose qu'on mesure somme toute depuis quelques années assez facilement, assez simplement. On demande aux gens: sur une échelle de 0 à 10, où vous placez-vous ? Le Belge se place en moyenne à 7,5. Dans les comparaisons internationales, on est assez haut. Mais la question qui se pose alors, c'est : au moment de définir le bien-être — et quand on parle du bien-être, on parle des objectifs de la politique sociale — qui a le moins de bien-être et qui a le plus 'droit' à l'aide sociale ? Est-ce que ce sont ceux qui déclarent un niveau de bonheur le plus bas ? Et c'est là que nous estimons que non. Nous posons des questions et nous argumentons pour dire qu'il faut bien distinguer les deux. Le bonheur n'est qu'une mesure très imparfaite du bien-être".

"Ne pas être né en Belgique est un facteur de risque"

"Quand on regarde le groupe de personnes ayant les plus bas revenus, mais qui sont aussi les moins bien lotis en termes de santé et qui sont aussi les moins bien lotis en termes de logement, et qu'on leur demande leur niveau de bonheur, on observe que 10% d'entre eux, sur l'échelle dont je parlait, disaient 9 ou 10, alors que quand on interroge les gens qui sont dans la plus haute fraction de la population, à la fois en termes de revenus, en termes de santé et en termes de logement, on se rend compte que 70% d'entre eux disent 8, 7, 6, 5, etc. Nous avons donc 10% des personnes qui sont objectivement, selon tous les critères, les moins bien nanties et qui pourtant annoncent un niveau de bonheur supérieur à 70% des gens qui sont, selon toute objectivité, les mieux nantis" poursuit l'économiste.

Il "pense surtout que le bonheur dépend de tellement d'autres choses que des conditions matérielles de la vie. Cela dépend de ce que deviennent les enfants ou de ce que deviennent les parents pour les personnes plus jeunes. Il y a donc tellement d'autres dimensions dans le bonheur. Avoir un meilleur revenu, une meilleure santé et un meilleur logement est bien sûr bon, ça augmente le bonheur, mais ça l'augmente de manière tellement marginale par rapport aux autres aspects de la vie que ça signifie que le bonheur n'est pas la seule chose qui doit intéresser les décideurs publics".

Dans le groupe qui cumule les insatisfactions dans les trois critères — revenu, logement et santé — "on observe qu'il y a un peu plus de femmes que d'hommes. On observe qu'il y a un peu plus de retraités que de personnes en âge actif. On observe aussi qu'avoir un faible niveau d'éducation est malheureusement quelque chose qui est très lié au risque de se trouver parmi les moins bien nantis. On observe aussi que ne pas être né en Belgique est aussi un facteur de risque dans cette dimension-là" selon lui.

"L'argent fait un peu le bonheur, la santé fait un peu le bonheur, avoir un bon job fait un peu le bonheur, mais il y a beaucoup d'autres choses qui font beaucoup de bonheur" conclut-il.

L'enquête est publiée dans un livre intitulé "En faut-il peu pour être heureux ?" (Editions Anthémis).

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