Comment mourir dans la dignité ? Quatre questions pour comprendre l'euthanasie en Belgique

Cette semaine, l’euthanasie a été au cœur de l’actualité. D’abord avec Marieke Vervoort. Cette championne paralympique de 40 ans s’en est allée comme elle l’avait souhaité. Souffrant d’une maladie dégénérative des muscles, la Brabançonne avait arrêté ses traitements se laissant euthanasier comme elle l’avait décidé depuis des années.

Par ailleurs,  la direction du CHR de Namur a mis fin au contrat d'un de ses médecins pour les soins palliatifs. Ce médecin, pourtant soutenu par des collègues et sa direction et estimant que toutes les conditions prévues par la loi belge étaient remplies, avait euthanasié son patient contre l’avis de sa fille. Une enquête a été ouverte pour assassinat.

L’euthanasie est encore l’objet de nombreux débats et tabous. Elle a été dépénalisée en Belgique le 28 mai 2002. Elle est ainsi perçue comme une possibilité à mourir dans la dignité. Ce qui n’empêche que pour un médecin généraliste, cette intervention est tout sauf anodine. Je pense qu’il faut être entouré : la charge émotionnelle est très importante.confie Anne Poupaert, médecin généraliste dans la région d’Ellezelles.

Quelles sont les conditions ?

Trois conditions principales doivent être nécessairement remplies sous l’entière approbation de deux médecins :

  • Le patient doit pouvoir exprimer sa volonté de manière consciente.

  • Il doit se trouver dans une situation médicale sans issue.

  • Il doit être dans une souffrance physique et/ou psychique insurmontable.

La loi précise par ailleurs que le patient ne doit pas être confronté à une quelconque pression extérieure. Bref, sa demande doit être volontaire, réfléchie et répétée. Et cette demande doit être écrite de la main du patient. Si la personne n’est pas en mesure de l’écrire, cette demande peut être écrite par une autre personne qui n’a aucun intérêt matériel et ce, en présence d’un médecin.

Par ailleurs, le patient peut faire une demande anticipée d’euthanasie dans les cas où il ne serait plus capable de s’exprimer consciemment (dans les cas d’un coma par exemple).

Les proches peuvent-ils s’opposer à l’euthanasie ?

Le médecin est parfois confronté à des situations difficiles où des proches s’opposent violemment à la mort du patient. “Mais on ne peut pas s’opposer à la volonté du patient. Il a le dernier mot et décide de son libre arbitre. D’où l’importance de bien expliquer cette démarche à l’entourage.”

De même, le médecin est tout à fait libre d’accepter ou de refuser une euthanasie, mais il doit en informer rapidement son patient pour qu’il puisse se tourner vers un autre médecin.

Depuis une dizaine d’années, Anne Poupaert, elle, a décidé de pratiquer l’euthanasie. C’est une patiente qui l’a poussée à se former. "Cette patiente – atteinte d’un cancer en phase terminale – était très décidée : sa demande était ferme. Je me suis donc dit que je devais répondre à sa volonté et savoir comment je pouvais l’aider au mieux."

Existe-t-il une formation spéciale pour les médecins ?

Le forum EOL "End of Life") regroupe des médecins francophones et néerlandophones qui informent et forment les médecins à l’euthanasie. "Les médecins suivent ces formations dans les différentes villes de Belgique soit pour devenir des référents pour leurs confrères soit par intérêt personnel. Des formations – peut-être plus brèves que celles d’EOL - sont également présentes dans les écoles de médecine."

Par ailleurs, l’entraide est importante au sein de la communauté médicale. "Il m’est arrivé plusieurs fois de venir en aide à des confrères pour qui c’était une première. Le médecin est ainsi rassuré et se forme dans la pratique."

Où et quand se déroule une euthanasie ?

Le patient reste maître du processus. "Il décide du moment, du jour, de l’heure." Et contrairement à ce qu’on peut croire, l’euthanasie peut se pratiquer à domicile. "La plupart préfèrent mourir chez eux - entourés de leurs proches. D’autres patients, eux, sont plus rassurés par l’environnement d’un hôpital avec le personnel médical."

Dans tous les cas, la relation de confiance entre le patient et le médecin reste centrale : c’est ensemble qu’ils réaliseront ce processus de fin de vie.

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