Comment mettre fin à la "culture du doute" autour du viol ?

Comment lutter efficacement contre les violences sexuelles ? Et pourquoi cette phrase doit-elle aujourd’hui encore être martelée à l’heure où trois plaintes pour viol au Festival de Dour ont été déposées ces derniers jours ?

Irène Kaufer est membre de Garance, une asbl qui combat les violences basées sur le genre. Ce week-end, son article, " Viol, le seul responsable, c’est l’agresseur ", a été plusieurs centaines de fois sur les réseaux sociaux. Elle déplore cette "culture du doute" qui circule parfois au sein des forces de l’ordre. "Quand on sait qu’on estime, selon des études, qu’il y a seulement une victime sur dix qui va porter plainte, je crois que cultiver le doute n’est peut-être pas la meilleure façon d’accueillir une plaignante", explique-t-elle.

Non, c’est non

Pour elle, on remet systématiquement la responsabilité sur la femme avec des phrases comme "c’est de la provocation", "elle l’a cherché ", "c’est la femme qui a provoqué l’agresseur" alors que la femme n’est pourtant jamais responsable. "Pour nous, c’est très clair, la seule personne qui est responsable d’une agression est l’agresseur, ce n’est pas une femme", rajoute-t-elle. "C’est-à-dire que quels que soient les signes qu’elle ait donnés, si par exemple elle a souhaité une relation sexuelle, mais qu’à un certain moment elle n’en veut plus ou elle ne veut plus certaines pratiques, elle doit toujours pouvoir dire non. Simplement, quand elle ne consent pas, c’est non. Un non, c’est non !"

Dans sa carte blanche, Irène Kaufer reprend également des conseils livrés par la police après le dépôt des plaintes : ne rester qu’avec des personnes de son entourage, ne pas suivre d’inconnus dans une tente et se montrer prudent avec les consommations offertes. Elle estime pourtant que ce ne sont pas de bons conseils.

"D’une part, il y a le contenu des conseils eux-mêmes, c’est-à-dire que rester avec des personnes de son entourage, il faut quand même savoir que trois viols sur quatre se passent non pas avec un inconnu derrière un arbre le soir comme on l’imagine, mais dans l’entourage", précise-t-elle. "Rester avec son entourage n’est donc pas toujours vraiment un bon conseil. Et pour le reste, c’est le fait qu’on adresse une fois de plus les conseils aux femmes. On leur dit donc qu’elles doivent faire attention à ce qu’elles consomment, où elles se retrouvent, etc. Et il n’y a absolument rien qui est adressé aux hommes".

Si tous les hommes ne sont pas pour autant des agresseurs potentiels, des campagnes de prévention qui leur seraient destinées pourraient être efficaces selon Irène Kaufer. "Il y a évidemment tout ce qui est éducation, mais c’est quelque chose à long terme, et nous pensons à Garance que c’est vraiment quelque chose qu’il faut commencer très tôt. On travaille d’ailleurs maintenant avec des écoles parce qu’il faut expliquer très tôt aux enfants, à tous les enfants, qu’ils ont le droit de dire non, parce que beaucoup de femmes ne sont pas sûres qu’elles peuvent dire non. Mais les campagnes doivent effectivement aussi s’adresser aux agresseurs potentiels, et bien sûr pas tous les hommes, c’est très clair".

Accélérer les changements

Alors que de nombreux festivals ont déjà mis en place des campagnes de sensibilisation, Irène Kaufer insiste sur la nécessité de parler du problème autour de soi. "C’est important d’en parler autour de soi parce que le traumatisme qu’on garde, moins on en parle et plus c’est quelque chose qui risque d’avoir des conséquences qui peuvent vraiment être graves, et y compris des années après".

Depuis le début du mouvement MeToo, il y a eu des évolutions et des lignes qui ont petit à petit bougé mais Irène Kaufer considère que ces changements sont trop lents et propose quelques pistes pour accélérer la cadence de ces changements. "Je pense qu’il y a beaucoup de personnes qu’il faudrait former. C’est-à-dire qu’on a parlé des conseils et des recommandations qu’on peut donner aux femmes et aux hommes, mais il y a tous les professionnels qu’il faudrait former, c’est-à-dire tout le personnel médical, la police, et pas dans le sens de cultiver le doute mais plutôt de cultiver l’empathie", explique-t-elle.

"Ça ne veut pas dire qu’il faut croire tout ce qu’on dit, il faut bien sûr chercher la vérité, mais la première chose est d’accueillir une victime de viol, de savoir par exemple que si son récit n’est pas très cohérent, ce n’est pas parce qu’elle ment mais parce qu’elle a été traumatisée". Pour accueillir les victimes de violences sexuelles, des centres ont été créés dans trois hôpitaux en Belgique, à Gand, à Liège et à Bruxelles Saint-Pierre. De l’aide médicale mais aussi psychologique y est proposée, avec la possibilité pour la police de s’y déplacer si la personne concernée souhaite porter plainte.

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