Comment la forêt wallonne peut-elle survivre au changement climatique ?

Quelles essences planter qui puissent supporter le changement climatique tout en confortant la biodiversité ?
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Quelles essences planter qui puissent supporter le changement climatique tout en confortant la biodiversité ? - © Carl Defoy - RTBF

La forêt wallonne souffre. Les fréquents épisodes de sécheresse ou les ravageurs, comme le scolyte, menacent sa survie. Que faire pour lui donner un avenir ? Tous les spécialistes s’interrogent. Or, il faut poser un choix tout de suite : 15 millions d’arbres doivent être plantés incessamment.

En 35 ans de carrière, Philippe Nivelle, agent du Département de la Nature et des Forêt, a constaté le dépérissement progressif de plusieurs essences dont les plus emblématiques comme le chêne pédonculé, le hêtre, le frêne, l’érable. Ce n’est pas fini, dit-il : on a seulement vu au milieu des années’80 que les chênes mouraient à cause de la sécheresse vécue 10 ans plus tôt, en 1976. Or, on vient de connaître plusieurs étés secs d’affilée…

Qui survivra ?

Quelles essences peuvent-elles traverser le changement climatique ? Pour les pouvoirs publics, c’est clair : on ne peut pas mettre ses œufs dans un seul panier ; il faut mélanger davantage les espèces, éviter les dizaines d’hectares peuplés d’une seule essence. La ministre de la Forêt, Céline Tellier, est prête à subventionner ceux qui le feront. Ce jeudi, le projet a été finalisé. Dès le 30 avril, on pourra introduire les dossiers sur un site web consacré à cette opération.

Chaque arbre à sa place

La filière bois wallonne est plus nuancée. Pour François De Meersman, Secrétaire Général de la Confédération Belge du Bois, d’accord pour diversifier davantage les essences. Mais, rappelle-t-il, tous les types d’arbres ne supportent pas tous les climats et tous les sols.
Beaucoup d’exploitants, surtout en Ardenne, continuent de plaider pour garder une place de choix à l’épicéa. Il n’a d’ailleurs souffert du scolyte, disent-ils, que sur les sites de Gaume et de Famenne auxquels il n’est pas adapté. Par ailleurs, la demande pour ce bois continue d’augmenter.

Rester rentable

La diversification est une piste. Mais les exploitants expliquent aussi que les coûts risquent d’exploser s’il faut slalomer entre les arbres pour aller chercher ceux qu’il faut abattre. D’autres envisagent alors des solutions mixtes : par exemple, une bordure de feuillus, en lisère de forêt, et, au maximum, 2 ou 3 hectares de résineux derrière cette première ligne.

Bois = emploi ET biodiversité

8.000 entreprises et 18.000 emplois sont liés à la production de bois en Wallonie. Il est donc vital d’assurer l’approvisionnement de la filière. D’autant que c’est la valeur économique du bois qui permet l’entretien des forêts.  Mais on ne peut pas pour autant négliger les autres missions des arbres, importantes également : fixer le CO², abriter la biodiversité, délasser le promeneur...

Les pistes

Alors, que planter quand la donne climatique s’invite à la discussion ? Plusieurs stratégies sont envisagées : laisser faire la nature, se concentrer sur les espèces jusqu’ici négligées, aller chercher des souches dans les pays plus chauds et plus secs ou encore introduire des espèces exotiques.
Mais aucune solution n’est certaine. Rien ne dit que la forêt s’adaptera, que peut-on faire d’espèces secondaires, quelle est la résistance aux gelées des espèces méditerranéennes, les espèces exotiques ne risquent-elles pas de générer d’autres problèmes ?  

Gérer l’incertitude

Actuellement, une application, le Fichier Ecologique des Essences, donne une bonne indication des espèces les mieux adaptées à chaque endroit. Mais les arbres qu’on plante aujourd’hui seront récoltés dans 40, 50 ou 80 ans. Comment savoir, à si longue échéance, si les conseils d’aujourd’hui auront été opportuns ? C’est le difficile questionnement auquel les acteurs de la forêt sont désormais confrontés.

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