Comment l'Organisation internationale de la francophonie tente de peser sur les questions internationales

Le 17e Sommet de la Francophonie se tient ces jeudi et vendredi à Erevan, en Arménie. Mais que vient donc faire la francophonie en Arménie ? Bob Kabamba, professeur de sciences politiques à l’ULG, apporte son éclairage : "L’origine de l'Organisation internationale de la Francophonie commence avec les relations entre la France et les anciens pays colonisés par la France. Ce sont des relations assez tendues et de plus en plus de pays commencent à se plaindre d'une espèce de pérennité des relations coloniales. On essaie donc de sortir un peu de ce carcan et de l’élargir à d’autres pays".

L'objectif, c'est de "montrer qu’on n’est pas dans une espèce de relation néocoloniale entre la France et les anciens pays colonisés par la France", explique Bob Kabamba.

Des Etats membres absurdes? 

Ainsi, l'Organisation s'ouvre à d'autres pays comme le Qatar ou l'Egypte. L'Argentine et le Mexique sont observateurs et même l'Arabie saoudite veut y entrer. Pourtant, l'Algérie, un des pays les plus francophones au monde avec 10 millions de locuteurs ne fait pas partie de la francophonie. Pour Bob Kabamba, a veut dire qu’on est tout simplement en train d’évoluer. On essaie de faire évoluer cette structure en une espèce de club qui va avoir comme objectif de pouvoir peser sur les relations internationales et sur quelques questions - comme le droits des femmes, de l'Homme, de la liberté et la diversité culturelle."

Pourtant, se demande le professeur à l'ULG, "comment voulez-vous avoir, par exemple sur la question des droits des femmes, un consensus lorsque vous avez un pays comme l’Arabie saoudite qui est candidat pour devenir membre de la francophonie ?"

Selon Bob Kabamba, le leadership de la France au sein de l'Organisation "pérennise d’une certaine façon les relations de la France avec les anciens pays colonisés". La preuve, dit-il, est l'élection de Michaëlle Jean, secrétaire générale de l'OIF ces dernières années. "Son élection a été dictée par la France parce que la candidature africaine ne plaisait tout simplement pas à François Hollande, et donc on a pu se rabattre sur la candidature canadienne", explique le professeur de sciences politiques.

Chez les anglophones, c'est très différent

En comparaison, du côté des locuteurs anglophones, c’est assez différent. Au sein du Commonwealth, le Royaume-Uni n’est en effet pas le seul pays qui compte dans cette organisation. "Dans les rapports de force qu’il y a au sein du Commonwealth, vous avez des pays comme l’Inde, comme le Pakistan, le Canada, l’Afrique du Sud... des puissances qui pèsent sur la scène internationale. Ils parlent donc avec l’Angleterre."

Par ailleurs, ajoute Bob Kabamba, "l’Angleterre a toujours eu une politique différente de la France vis-à-vis des pays colonisés. Elle a 'laissé' ses colonies s’auto-gérer alors que la France a géré directement ses colonies. L’Algérie n’est d'ailleurs pas membre tout simplement parce qu'elle n’a pas envie d’entrer sous influence française, alors qu’elle s’est battue pendant des années pour pouvoir en sortir".

L’écrivain congolais Alain Mabanckou, qui a remporté le prix Renaudot, a déclaré qu'il percevait la francophonie comme "la continuation de la politique étrangère de la France, coupable des accointances avec les dirigeants des républiques bananières qui décapitent les rêves de la jeunesse africaine". Bob Kabamba dit lui-même "souscrire vraiment à cette déclaration".

Et les Belges là-dedans ? "On essaie d’avoir un espace où on peut essayer de peser sur toute une série de questions qui concernent les relations internationales, que ce soit la diversité culturelle, les droits des femmes, la langue française. Même si elle intervient d’une manière tout à fait périphérique", explique le professeur à l'ULG. Qui ajoute : "La Belgique est quand même le troisième pays contributeur de cette organisation, donc elle essaie de trouver sa place. Mais la France occupe vraiment de manière assez prépondérante cette place de leadership au sein de cet organisme".

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