Comment gérer les sans-abri en cette période de grand froid?

Comment gérer les sans-abri en cette période de grand froid?
Comment gérer les sans-abri en cette période de grand froid? - © FREDERICK FLORIN - AFP

La nuit de lundi à mardi a encore été très froide. Même à Bruxelles, les températures sont descendues jusqu'à -6 degrés. Une période très difficile pour les sans-abri. Une situation que suit de près Christophe Thielens, le porte-parole du Samu social de Bruxelles. Il était l'invité du Plus de Matin Première ce mardi matin.

Interrogé par Mehdi Khelfat pour savoir si la nuit dernière s'était bien passée, Christophe Thielens s'est dit "globalement satisfait". "On a pu répondre à toutes les demandes d’hébergement. Ça signifie que concrètement nous avons accueilli 994 personnes dans les centres qui sont directement gérés par le Samu social. Je rappelle qu’il y a aussi un centre géré par la Croix-Rouge en parallèle. 994 personnes accueillies, aucune personne laissée sur le carreau, donc nous avons rempli notre contrat par rapport à ça dans le cadre du mandat du Plan Hiver".

"C’est vrai qu’il reste des irréductibles"

A la question de savoir comment ces gens sont pris en charge  et comment on essaie de les convaincre, il répond : "La grande majorité des personnes sans-abri demandent spontanément à être aidées, mais c’est vrai qu’il reste des irréductibles auprès desquels il faut se rendre. C’est pour ça que le Samu social dispose d’équipes mobiles d’aide qui se portent chaque journée, chaque soir et chaque nuit à la rencontre des personnes sans-abri qui n’appellent pas à l’aide. Et, on a souvent constaté que ce sont justement ceux qui n’appellent pas à l’aide qui sont le plus dans le besoin. Donc c’est un travail qui demande de la patience, qui demande qu’on puisse adapter notre communication aux personnes et à leur situation et notre approche repose évidemment sur un rapport de confiance avec les gens que nous aidons".

"Nous ne pouvons pas contraindre les gens à nous suivre"

Quant à la décision de certains bourgmestres de procéder à des arrestations administratives pour les sans-abris qui refuseraient de se faire héberger malgré cette vague de froid, il répète qu'il n'a pas envie de la commenter. 

"Je pense que ce sont des gens qui sont responsables de leur territoire, de la zone qu’ils administrent et je pense que clairement, si maintenant il venait à mourir un sans-abri, ils seraient peut-être critiqués sur leur manque de réactivité. Cette décision leur appartient et il ne m’appartient pas de la commenter. Mais nous, en tant qu’opérateurs humanitaires, nous ne pouvons évidemment pas contraindre les gens à nous suivre dans nos centres. De toute façon, ce serait stérile. À partir du moment où une personne rentre dans notre centre, il faut aussi qu’elle y reste. Nous n’avons pas l’autorité de les maintenir dans le centre, nos centres ne sont pas des prisons bien entendu. Comme je le disais, notre relation d’aide repose sur la confiance, donc on essaie vraiment d’encourager très vivement les personnes à nous suivre, d’autant plus si on constate qu’elles se mettent en danger. Et pour les cas les plus extrêmes, il est vrai qu’il nous est déjà arrivé de signaler des personnes à la police parce qu’elles ne prenaient pas les mesures qu’il fallait pour se protéger. Quand je dis qu’elles ne prenaient pas les mesures qu’il fallait pour se protéger, c’est qu’elles n’étaient souvent pas conscientes du froid qui régnait".

L'intervention de la police dans les cas extrêmes

Malgré tout, le porte-parole du Samu social de Bruxelles reconnaît qu'il existe des situations extrêmes où ceux qui se retrouvent dans la rue ne mesurent pas la gravité de rester dehors par ces températures glaciales. C'est le cas des gens qui sont "sous l’influence soit de l’alcool soit de médicaments parfois ou d’autres substances ou qui sont dans une situation psychologique ou psychiatrique telle qu’ils n’ont plus la perception du froid ou des mesures à prendre pour s’en protéger. Dans ces cas-là, dans certains cas extrêmes, il nous est arrivé de pouvoir signaler la situation de la personne à la police, tout en prévenant la personne que si elle ne venait pas avec nous, on serait contraint de signaler sa situation à la police".

Des centres d'accueil pour la journée aussi

"Le Plan Hiver de nuit est géré par le Samu social au niveau de la Région et par la Croix-Rouge au niveau Fédéral. Un dispositif d’accueil de nuit est donc déjà prévu, mais il y a aussi, et on le sait moins, un Plan Hiver de jour, où il y a des associations qui sont également mandatées par la Région bruxelloise pour élargir leur capacité d’intervention et d’accueil en journée", rappelle Christophe Thielens. "Il y a aussi le dispositif 'HIVER 86.400', qui est un consortium de dix associations qui offrent un accueil de jour et qui sont ouvertes tous les jours en Région bruxelloise et nos services orientent les personnes que nous accueillons la nuit vers ces centres qui peuvent les accueillir en journée autour parfois d’un repas, autour de soins, autour de consignes et autour d’une permanence qui les soutient psychosocialement également".

Comment gérer cette précarité au quotidien ?

A la question de savoir comment le travail social arrive à gérer cette précarité au quotidien, il répond : "Dans tout métier, je pense qu’il est important de faire la part des choses. Évidemment, je pense qu’au départ, quand on commence à travailler avec les sans-abris, c’est quelque chose qu’on vit très fort. Je ne vais pas dire que c’est une vocation, mais je pense en tout cas que les personnes qui sont arrivées au Samu social au départ avaient cette motivation humanitaire pour travailler avec les personnes sans-abri et n’étaient évidemment pas indifférentes à la cause. Bien sûr on est confronté à des situations extrêmes et il faut apprendre à faire la part des choses, sinon on ne peut pas durer dans ce travail. Et je pense que c’est le cas pour d’autres métiers, notamment les secouristes, les pompiers, les infirmiers et les services d’urgence en général".

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