Comment fêter Noël à distance ? Demandez aux transnationaux !

La règle a été rappelée lors du comité de concertation ce vendredi, les Belges ne pourront passer Noël qu’avec une personne, ou deux personnes pour les isolés. Dès lors, de nombreuses familles resteront séparées pour le réveillon. Et si elles cherchent tout de même un moyen de créer le contact avec leurs proches, il faut peut-être aller chercher du côté des familles transnationales, qui ont l'habitude de vivre Noël séparés.

"Les familles en migration et donc séparées sont de plus en plus en nombreuses. Ce sont les familles qu’on appelle 'transnationales', qui vivent dans plusieurs pays ou parfois plusieurs continents, analyse Jacinthe Mazzocchetti, professeure en sciences sociales et anthropologie à l’UCLouvain. Dans ces familles-là, depuis très longtemps, on invente de façons de rester en lien, notamment à travers le numérique. Ces voies numériques ne suffisent évidemment pas mais cela a été une grande révolution pour de très nombreuses familles à partir du moment où on y a accès : un bon wi-fi, pas trop cher et ne pas être pénalisé par la fracture numérique."

Le numérique permet donc depuis une dizaine d’années aux familles séparées de rester en contact, de s’échanger des nouvelles. C’est en réalité ce que les Belges ont commencé à faire depuis le mois de mars. Mais ce contact par vidéo ne suffit. "Il manque tout une série de dimensions à ce contact, et principalement le toucher. Voilà l’un des cinq sens qu’on ne parvient pas à mettre en place à distance. Par contre, beaucoup de familles parviennent à développer des contacts autour de l’odorat ou du goût pour être en lien. Cela peut être de cuisiner la même chose et partager le repas. Cela veut dire qu’on est en lien parce qu’on fait la même chose (cuisiner, ndlr), mais aussi parce qu’il y a toute la question du souvenir qui passe par le repas commun. Cela fait une bonne décennie que ce genre de techniques se démocratise avec l’accessibilité aux outils numériques."

Le repas comme Madeleine de Proust

Cuisiner un repas à distance est la technique trouvée par Abraham depuis le deuxième confinement. Ce Mexicain qui habite en Belgique depuis trois ans cherchait un autre moyen de créer le contact avec sa mère. "Dès que je suis arrivé en Belgique, on a utilisé les outils numériques, mais il y avait un manque pour moi. Lors des appels vidéo, soit je regarde les yeux de ma mère et on ne se regarde pas dans les yeux, soit je regarde le viseur mais alors je ne vois plus ses yeux à elle. Depuis quelques mois, on fait donc des recettes ensemble." Le repas cette fois-ci, seront des Buñuelos, des crêpes frites typiquement mexicaines sur lesquelles Abraham rajoute une glace dont la recette est secrètement gardée par sa famille. "Ma mère me guide, m’aide dans la préparation. Et puis quand ce sera fini, on n’aura même pas besoin de l’appel vidéo pour se reconnecter l’un à l’autre. Moi, j’aurai la saveur familiale en bouche et ça me rappellera le Mexique."

Le fait de cuisiner un même repas, ensemble, en étant à plusieurs dizaines (voire plusieurs milliers) de kilomètres est une activité qui rassemble quatre des cinq sens, mais ce n’est pas le nombre de sens actifs qui détermine la qualité du lien. "C’est difficile de dire ce qu’est un bon lien, précise Jacinthe Mazzocchetti. Cela va dépendre d’une personne à l’autre. Mais ce qui est bien, c’est de renourrir le lien qu’on a avec la personne éloignée. Il ne suffit pas de partager des nouvelles, il faut aussi vivre des choses communes ensemble pour alimenter la relation." En quelque sorte, quand Abraham et sa maman au Mexique ensemble, ils font une activité ensemble qui débouchera sur un nouveau souvenir commun qui alimentera leur relation.

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