Comment convaincre les hésitants à se faire vacciner ? L’obligation et les récompenses pourraient être contre-productives, selon Olivier Klein (ULB)

La vaccination bat son plein en Belgique : la semaine dernière, elle était en tête du classement européen. Pourtant, malgré un taux de vaccination plutôt satisfaisant, il reste encore la question de la stratégie de communication à adopter afin de convaincre les plus hésitants. Olivier Klein, professeur de psychologie à l’ULB et directeur du Centre de recherche en psychologie sociale et interculturelle, nous apporte quelques réponses.

"Tous les incitants sous forme de récompense peuvent avoir un effet, mais d’après les études que j’ai pu voir, il est souvent assez limité. Certaines études montrent qu’il faut parfois des incitants très importants pour convaincre les hésitants, qui sont donc tout à fait inapplicables, comme plusieurs centaines d’euros ou des choses comme ça. Et surtout, ça peut avoir un effet boomerang ou même négatif. Ce qu’on a vu dans toutes les études, c’est que la motivation à se faire vacciner vient du fait qu’elle a un sens pour la personne en question ou pour la collectivité. Et donc, en donnant des récompenses, on communique finalement que si vous devez vous faire vacciner, c’est pour avoir une pizza ou je ne sais quoi, mais ce n’est pas parce que ça a un sens ou parce que c’est important pour vous. Donc, je pense que ça peut avoir un effet contraire à ce qui est attendu et ça peut aussi avoir des effets pervers sur le long terme, parce que les gens qui ont été spontanément se faire vacciner et qui voient que d’autres reçoivent des récompenses peuvent avoir un sentiment d’injustice.", affirme le professeur.


►► A lire aussi : "L’endroit le plus sûr au monde"? Le Vermont, champion de la vaccination aux Etats-Unis


Miser sur la communication et l’accessibilité

Si la récompense n’est pas nécessairement la voie à suivre, le professeur pointe également l’importance de rendre la vaccination accessible. Il s’agit d’ailleurs d’une stratégie déjà mise en place : le Sporting de Charleroi a ouvert ses portes dans un centre de vaccination tout comme le Standard de Liège. Aussi, certains bus circulent expressément dans les villes, comme c’est le cas à Bruxelles.

Selon Olivier Klein, il s’agit d’un "élément qui semble très important""Une des raisons pour lesquelles les gens ne se font pas vacciner, c’est ce qu’on appelle la complaisance. Ils se disent que ce n’est pas tellement grave pour eux, que ce n’est pas tellement dangereux pour eux. Et donc, pour ces personnes-là, il faut rapprocher la vaccination, il faut rendre ça plus facile, le plus simple possible, et que la vaccination soit là où les gens vont spontanément : dans des supermarchés ou dans des centres commerciaux, comme cela a été fait. Pourquoi pas, si ça peut se faire dans les meilleures conditions du point de vue médical et sanitaire.", argumente-t-il.


►►► À lire aussi : le point en chiffres et graphiques sur la campagne de vaccination contre le Covid-19 en Belgique


A cela s’ajoute également la question de la communication. En ce sens, il faut prendre en compte tous les facteurs possibles qui permettent de faire passer le message. En l’occurrence, explique le professeur, il n’existe malheureusement pas de "message magique qui permettrait de convaincre les hésitants." En revanche, "la personne qui vous dit de vous faire vacciner ou qui vous incite et vous convainc de vous faire vacciner est à la limite plus importante que le contenu du message lui-même".

"On connaît la confiance qu’ont en moyenne les gens vis-à-vis des professions de la santé, vis-à-vis des pharmaciens — c’est ce qu’on voit dans nos études — et aussi éventuellement vis-à-vis des proches qui, eux, ont été se faire vacciner. D’ailleurs, ce qu’on a constaté dans nos études, c’est que les gens qui, il y a quelques mois, refusaient radicalement de se faire vacciner, on a trouvé que 60% de ces gens-là sont aujourd’hui vaccinés, quelques mois plus tard". Selon Olivier Klein, il s’agit d’un véritable "effet d’entraînement", du moins en partie.

"On voit qu’autour de soi, il y a toute une série de gens qui se font vacciner, et finalement, notre groupe de référence, les figures qui sont importantes pour nous dans notre collectivité sont des agents très importants. Et c’est une des raisons pour laquelle il me semble très important que les gens qui se sont fait vacciner et qui sont heureux de s’être fait vacciner le communiquent à leur entourage. C’est comme ça qu’on peut espérer, je pense, convaincre en partie les hésitants."


►►► À lire aussi : Combien de vaccinés contre le Covid-19 dans votre commune ? Suivez la situation au jour le jour (cartes interactives)


 

Laisser aux gens "un sentiment de liberté"

Or, à ce niveau, la communication politique joue un rôle important, d’autant plus dans un contexte où les variants se répandent et où il faut augmenter la couverture vaccinale. A ce sujet, plusieurs tendances se dégagent : de ceux qui prônent la vaccination jusqu’à ceux qui voudraient la rendre obligatoire. Encore une fois, pas de recette universelle pour assurer une communication efficace et convaincante, mais Olivier Klein conseille tout de même d’éviter la culpabilisation, le ton moralisateur et l’obligation.

"Essayer de mettre des contraintes de l’extérieur et dire " vous devez vous faire vacciner " — il y a eu toute une discussion sur l’obligation vaccinale — à mon avis, ça a des effets plutôt pervers. À la limite, je crois qu’il est mieux de laisser aux gens un sentiment de liberté. Les hésitants disent souvent : " laissez-moi le temps de prendre ma décision ". Je pense que les forcer à se décider tout de suite avec un discours très contraignant, ce que souvent les gens déjà vaccinés veulent qu’on fasse, est à mon avis contre-productif."


►►► À lire aussi : Que se passera-t-il après la fermeture annoncée des centres de vaccination ?


En revanche, pour le spécialiste, l’idéal est de "créer un environnement dans lequel, petit à petit, les gens sont convaincus ou sont amenés, parce que c’est facile, à se faire vacciner. Et on voit que jusqu’ici, la politique qui a été menée a plutôt été couronnée de succès. On a quand même des taux de vaccination très élevés".

A l’heure où les variants font de plus en plus peur, il faut donc "rendre la vaccination de plus en plus facile" et "peut-être aussi encourager les gens déjà vaccinés à communiquer et faire ça de façon très proactive."

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK