Comment aider les Sénégalais à préserver leur droit à l'alimentation?

Un exemple ? L’accaparement des terres

Depuis quelques années, l’Union européenne recommande aux pays membres d’inclure 10% d’agrocarburants dans leurs besoins en énergie. Résultat : les multinationales se ruent sur les territoires et réserves foncières des pays du sud, pour y cultiver du jatropha et autres bio-carburants, sur des terres fertiles, utilisées par les paysans pour leurs cultures vivrières. Tout se passe avec la complicité des élus locaux, parfois sous la pression des plus hautes autorités du pays.

Une usine de production de phosphates s’est récemment installé à proximité des villages de Gade Ngomene et Mboro. Cette société sénégalaise à capitaux indiens a réquisitionné des hectares de terres cultivables. Non seulement les paysans ont perdu leur patrimoine, saisi par l’État sénégalais, mais en plus ils souffrent d’une grave pollution qui affecte la santé des humains, mais aussi du bétail et de la flore.

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Des hectares de terre cultivable sont accaparés © S. Crombin (RTBF)

Le CNCD se mobilise auprès des ONG sénégalaises, pour faire pression sur les élus locaux, afin qu’ils cessent de vendre les terres à prix bradé.

Autre exemple ? le poisson... inéquitable

La demande de poisson n’a jamais été aussi forte en Europe. Mais les pays européens, confrontés à la surpêche en mer du Nord, ont délocalisé leur flotte vers les mers du sud. Ces tankers frigorifiques ratissent l’océan, et les poissons dits "nobles" partent vers Anvers, le Havre ou Marseille. Résultat, les ressources halieutiques se raréfient, et les pêcheurs sénégalais sont obligés d’aller de plus en plus loin des côtes pour trouver du poisson. Certains ont abandonné le métier, ou se sont lancés dans le business de l’émigration clandestine. Depuis 2006, certains louent leurs pirogues colorées à des passeurs, pour des voyages risqués vers les Canaries Mais cette filière d’immigration s’est tarie depuis le lancement de l’opération Frontex, qui vise à "sécuriser" les frontières de l’Europe.

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Les pêcheurs sénégalais sont obligés d'aller de plus en plus loin © S. Crombin (RTBF)

Les sirènes de l’Eldorado européens ne cessent de chanter aux oreilles des jeunes Africains. Parfois même, leurs mères les encouragent à partir, pour envoyer de l’argent au pays. Mais la crise en Europe a frappé. La forteresse Europe devient de plus en plus hermétique.

Certains choisissent de rentrer au pays, et de braver l’humiliation de l’échec de leur tentative. Mais il faut trouver de quoi vivre, et faire vivre la famille. En Afrique, on estime que ce sont les femmes qui sont les meilleurs vectrices de développement. Elles sont en charge de 60 à 80% des aliments dans la plupart des pays en développement.

Au Sénégal, les femmes se mobilisent dans des projets de développement. Le CNCD soutient quatre organisations paysannes, qui encadrent à leur tour des associations de femmes. Ces femmes de pêcheurs ou d’agriculteurs ont fait connaitre leurs besoins spécifiques. Et de ces demandes sont nés des micro projets, parfois modestes, mais qui ont bouleversé la vie de ces communautés.

Sauver la Mangrove 

Dans le delta du Sine Saloum, au bord de la mer, les femmes se sont lancées dans la préservation des mangroves, ces forêts de palétuviers typiques des lagunes maritimes.

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Les femmes cultivent un potager bio © S. Crombin (RTBF)

A Kakotch, un petit village du centre du pays, les femmes cultivent un périmètre maraîcher bio qui leur permet non seulement de nourrir sainement leur famille, mais de gagner de l'argent en vendant leurs légumes au marché. Elles ont reçu une formation en agriculture biologique, et leur jardin est si florissant que des femmes des villages voisins leur demandent de les former à leur tour à l’agriculture biologique.

Au nord du Sénégal, le désert avance. Pendant les périodes de sécheresse, il arrive que la famine menace. Dans le village de M-Bamb, plusieurs femmes ont reçu des formations en gestion et en comptabilité... Elles se sont cotisées pour fonder "une banque de céréales", afin contrecarrer les périodes de disette.

C’est une case en dur, avec une porte fermée a double tour par un énorme cadenas. Fatou, 45 ans et 7 enfants, garde la clé, au nom de la collectivité. Elle explique que pendant la période de soudure, avant que les récoltes ne soient mûres, il y avait des périodes de disette. Les réserves de mil étaient épuisées, et les paysans étaient tentés de vendre leur récolte sur pied, et à bas prix, pour nourrir leur famille.

F. Wallemacq et S. Crombin

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