Comment agir contre la disparition des distributeurs de billets de banque

A Havelange, la nouvelle a fait l’effet d’une douche froide. Alors que la commune comptait 3 agences bancaires, d’ici le mois d’avril, toutes fermeront leurs portes. Mais ces fermetures marquent aussi la disparition de tous les distributeurs automatiques de billets de la commune. Une situation qui suscite l’émoi. Les citoyens ne cachent pas leurs inquiétudes, pour les commerces de proximité, pour les personnes âgées qui ne sont pas toujours à la page en matière de paiements par informatique ou encore, parce qu’il faudra bientôt faire des kilomètres vers les communes voisines pour trouver un peu du liquide.

Même son de cloche chez la bourgmestre de la commune, Nathalie Demanet (MR) : "On vient de relancer le marché local. Il faut du liquide pour cela. Je ne sais pas comment nous allons faire, mais il faut une solution." La commune espère que cette solution viendra de Bpost : "Dans son contrat de gestion, Bpost a une obligation d’ouvrir un guichet de 6 heures du matin jusqu’à minuit." La bourgmestre entend donc mettre la pression sur l’entreprise.

Pour Ecolo, il faut utiliser les taxes comme levier

Havelange n’est pas un cas unique. En 5 ans, près de 1000 distributeurs d’argent ont disparu et à présent, le manque de distributeur se fait sentir dans 17 communes wallonnes. Ecolo souhaite remettre ce problème à l’ordre du jour et propose d’utiliser le levier fiscal pour inciter les banques à maintenir au moins un distributeur de billets par commune.

Aujourd’hui, pour chaque distributeur, les banques doivent payer une taxe d’environ 4000 euros (ce qui représente un gain total de 16 millions pour la Wallonie), le député wallon Ecolo Stéphane Hazée propose de mettre en place des exceptions : "La Wallonie a peut-être un incitant à amener avec une modulation ciblée de la taxe sur les automates. Le fait, à un moment donné, que cette taxe versée pour chaque automate et distributeur de billet soit réduite ou exonérée là où il n’y a plus aucun distributeur de billets". Pas question donc d’exonérer tout le monde, mais juste de faire une fleur aux banques qui acceptent de laisser un distributeur dans les communes où ils manquent.

Pour Ecolo, répondre à la fracture numérique pour que tous les citoyens, même en zone rurale, puissent utiliser les outils bancaires électroniques et en ligne ne suffit pas. L’argent liquide reste dans certains cas le seul moyen de paiement et fait encore partie du quotidien de beaucoup de monde.

Le ministre wallon du Budget pas vraiment convaincu

La question des distributeurs a été posée par Ecolo ce lundi au Parlement de Wallonie et le moins que l’on puisse dire, c’est que Jean-Luc Crucke (MR) ne semble pas convaincu. Pour le ministre wallon du Budget, la taxe sur les automates n’est pas un levier suffisant pour les banques qui évoquent aussi par exemple les frais lier à la sécurité, la maintenance qu’entraîne un distributeur. Pour Jean-Luc Crucke, le débat doit être plus large et surtout numérique : "On est dans un problème de société. On doit ouvrir le spectre et se dire que demain, même en ruralité, peut-être que le numérique pourra être la meilleure des réponses à tous […] Demain, on aura besoin de mieux et de plus de numérique. Le tout c’est de trouver l’échéance."

Pour le ministre du Budget, il y a aussi un travail de pédagogie à faire pour aider les personnes moins familières avec l’informatique. Cela dit il l’admet aussi, il n’est pas le seul compétent pour résoudre ce problème, que ce soit pour les questions de numérisation, de ruralité ou encore pour faire pression su Bpost pour avoir au moins un distributeur par commune, le fédéral devrait aussi intervenir.

Aujourd’hui, la Fédération du secteur financier, n’est en tout cas pas prête à faire machine arrière. Febelfin observe que le nombre de retraits diminue et que l’utilisation des moyens électroniques grimpe. La disparition des distributeurs engagée ne ferait donc que suivre ce mouvement. Pour le porte-parole de Febelfin, Rodolphe de Pierpont, retirer de l’argent avec sa carte à un distributeur ou payer par carte dans un commerce est assez similaire et donc potentiellement accessible à tous : "Aujourdh’ui, les solutions sur le marché permettent à tous, même les personnes âgées, de faire des paiements. Le plus gros blocage est surtout du côté des commerces qui ne proposent pas de solutions digitales. Le cash ne va pas disparaître mais on va vers une diminution progressive du cash. C’est donc important de permettre à chacun et chacune d’avoir accès à un moyen de paiement efficace, sûr et accessible. "

Dans toute l’Europe, les automates disparaissent peu à peu. Et les campagnes en font davantage les frais. La Belgique reste toutefois, derrière le Royaume Uni, celle qui dispose proportionnellement du plus de distributeurs au km.

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