Comment a évolué la composition en sucres et graisses des produits alimentaires en Belgique?

Comment a évolué la composition en sucres et graisses des produits alimentaires en Belgique ?
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Comment a évolué la composition en sucres et graisses des produits alimentaires en Belgique ? - © Tous droits réservés

En 2015, une étude de de sciensano (à l'époque Institut fédéral de Santé Publique) sur les habitudes alimentaires des Belges livre ses résultats, plutôt inquiétants : 29% de la population belge (entre 3 et 64 ans) a un problème de surpoids, 16% sont obèses. La principale cause identifiée est un déséquilibre entre l'absorption de calories, qui donnent l'énergie nécessaire au corps pour fonctionner, et la consommation de ces calories via l'activité physique.

En 2016, Fevia (la Fédération de l'Industrie alimentaire belge), Comeos (Fédération du commerce et des services en Belgique), le SPF Santé Publique et sa ministre de tutelle, Maggie De Block ont décidé de s'attaquer à une des raisons de ce déséquilibre : la composition nutritionnelle des aliments proposés dans nos magasins. Ils ont ainsi signé la Convention Alimentation Équilibrée, et le secteur s'est engagé à atteindre pour 2017 des objectifs chiffrés de réduction des sucres (glucose, fructose, saccharose) et des acides gras insaturés (présents surtout dans les huiles végétales). Les aliments concernés sont les sodas, les chocolats, les produits de biscuiterie, les produits laitiers, les boissons végétales (lait d'amande, de riz, etc.) et les céréales pour le petit-déjeuner.

Cette année, les différents acteurs présentent les résultats des efforts du secteur en la matière, sur base de chiffres récoltés par Comeos et de l'Euromonitor International Passport Nutrition de 2017. Avec un avertissement important : "Avec les données actuellement disponibles, il est en effet impossible de déterminer précisément la différence de composition nutritionnelle ou de valeur énergétique entre les années 2012 et 2017" précise le rapport de Comeos, publié en 2018.

Autrement dit, cela signifie qu'une partie de la gamme de produits actuels a été étudiée, et qu'il a été tenu compte "d’une part, des habitudes de consommation du consommateur et, d’autre part, de la part de marché des entreprises participantes proposant les produits de marque propre, car nous ne savons pas exactement ce que le consommateur a acheté et consommé" précise Nathalie De Greve, Head Product Policy & Sustainability chez Comeos. Ces résultats peuvent donc donner une idée de l'évolution de la qualité nutritionnelle des aliments étudiés, mais ne peuvent être considérés comme des chiffres représentant la situation globale en Belgique.

Cependant, si ces chiffres ne peuvent être extrapolés tel quels, ils mènent à une conclusion plutôt encourageante : "Par l’autorégulation, le secteur du commerce a contribué à une composition nutritionnelle plus équilibrée par rapport à 2012, tant au
niveau de l’offre globale de produits de marque propre qu’au niveau de la composition moyenne pondérée."
En d'autres mots, l'offre globale des marques propose des gammes de produits plus sains, et de manière générale, la composition de tous les produits d'une marque est plus équilibrée.

Pourtant, si les teneurs en sucres et en acides gras insaturés ont effectivement diminué dans l'étude, la valeur énergétique médiane* d'une majorité des catégories a elle, augmenté, parfois de manière spectaculaire : +10% pour les produits laitiers. Des chiffres qui peuvent s'expliquer par la présence de produits de substitutions aux sucres et acides gras, afin de conserver la saveur et la texture des aliments. Typiquement, le sucre des céréales a été remplacé par de l'amidon, qui est en fait composé d'un ensemble de molécules de sucres simples, et a donc globalement la même valeur énergétique.

*la médiane coupe l'ensemble des valeurs en deux groupes égaux (50%-50%), c'est donc un chiffre qui n'est pas influencé par des valeurs extrêmes (trop élevées ou trop basses par rapport aux autres valeurs), contrairement à la moyenne.

Des résultats à mettre en parallèle avec les chiffres de l'Euromonitor International Passport Nutrition, qui montrent qu'en 2016, les produits emballés (céréales, biscuits, chocolats, pâtes, etc) et les sodas contribuent à une réduction de l'apport caloriques quotidien du Belge de 28kcal. A noter que les produits emballés concernent une gamme plus large que les aliments étudiés dans le rapport 2018 de Comeos. 28kcal, qu'est-ce que cela représente ? Selon l'étude de sciensano sur les habitudes alimentaires des belges, nous consommons en moyenne 2128 kcal par jour, les personnes en surpoids ou obèses respectivement 2178kcal et 2231kcal. Un changement de 28kcal ne va donc pas régler les problèmes de surpoids, "mais c'est un pas dans la bonne direction" conclut Euromonitor.

Une calorie n'est pas une autre

L'enseignement à tirer de tous ces chiffres est donc que c'est un ensemble de facteurs, et parmi eux la composition nutritionnelle des aliments, qui a contribué à légèrement diminuer l'apport calorique journalier moyen du Belge. Si des efforts en termes d'ingrédients, de taille des portions, de diversité dans la gamme sont consentis par le secteur, c'est aussi le comportement du consommateur et les différentes campagnes de sensibilisation qui sont responsables de cette évolution.

Un consommateur qui doit aussi être conscient qu'une diminution, voire une disparition de certaines substances dans les produits transformés implique souvent leur substitution par d'autres substances, plus ou moins calorifiques et adaptés à un régime sain. Également, dans cette course à la diminution des calories, il est important de souligner que c'est une unité qui mesure l'apport énergétique d'une substance, donc que toutes les calories ne se valent pas, car le corps humain métabolise différemment ces substances : par exemple, les molécules de fructose (fortement utilisées dans les sodas) seront beaucoup plus facilement transformées en graisse que les molécules de glucose. L'amidon des pâtes est un sucre lent car il met un certain temps à être dégradé par l'organisme, et donc l'énergie contenue dans ses molécules de diffusera sur un temps plus long.

Tout n'est pas dans la valeur de l'apport énergétique donc, mais aussi dans sa qualité et sa diversité.

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