Comme le personnel infirmier, les stagiaires sont en détresse physique et psychologique

Surcharge de travail, flexibilité de chaque instant, augmentation de la cadence et de la polyvalence, les blouses blanches sont à bout. Les infirmières et infirmiers dénoncent leurs conditions de travail, d’autant plus que la pénurie du personnel est plus qu’alarmante. Indirectement, cela se répercute sur les stagiaires qui n’en finissent plus d’enchaîner les stages. Stéphanie est en quatrième année. Elle a failli arrêter ses études, tant les stages sont éprouvants : " Je me suis retrouvée le deuxième jour avec une infirmière malade, et moi qui doit prendre onze patients en charge. On n’est pas là en plus dans le service. On est là à la place d’une infirmière ce qui fait qu’on a une surcharge de travail par rapport à ce qu’on est censé savoir faire. Malheureusement, j’ai été dans un service où j’ai subi de la maltraitance psychologique. On m’a hurlé dessus devant tous les autres partenaires de soins, les patients. La moitié a perdu confiance en moi. J’ai fini le stage en ayant l’impression d’être une incapable. Je suis fatiguée avant même d’arriver sur le terrain ! ".

Une détresse physique et psychologique

Bien évidemment, la situation n’est pas la même dans tous les services du royaume. Mais une enquête menée par Lénaïc Damman, un infirmier en chef, en dit long sur ce que ressentent les stagiaires dans certains services : " Dans notre enquête, ce que les étudiants disent le plus en stage, c’est ressentir des remarques qu’ils jugeront comme humiliantes. Certains sarcasmes venant des infirmières de terrain qui les encadrent dans leurs stages. Mais ce qui revient le plus souvent pour eux, c’est le sentiment d’être exclus, voire ignorés. L’autre chose qu’on a envie de mettre en avant, c’est que 90% des étudiants, qui ont répondu à notre questionnaire, ont au moins une fois imaginé arrêter leurs études ".

Les études en soins infirmiers sont passées de trois à quatre années, soit une année supplémentaire de stages intensifs. Soutenus par leur direction, des étudiants se réunissent pour réfléchir à des actions, histoire de faire entendre leur désarroi. Frédéric Van de Velde, étudiant infirmier en quatrième année et représentant du collectif ARCA nous l’exprime : " Cela s’articule autour de deux points bien précis. C’est déjà le nombre d’heures qu’on va prester sur notre formation, sachant qu’on travaille à temps plein durant nos stages. On n’a pas droit d’être malade, pas le droit d’avoir des récupérations lorsqu’on perd quelqu’un, ou lorsqu’on connaît une situation pénible en stage. Il s’ajoute parfois à cela la maltraitance envers les étudiants infirmiers, nos examens, nos travaux, notre vie sociale, et surtout la plupart des étudiants a un job étudiant. Et de devoir jongler avec tout ça, cela met vite les gens dans une détresse morale et physique importante."

Selon la FEF, les stagiaires ne sont pas assez protégés

Sans conteste, le mal est profond chez les étudiants infirmiers. Et une nouvelle enquête de la fédération des étudiants francophones nous livre un diagnostic. Chems Mabrouk, la présidente de la FEF nous explique que quelques soient les études, le statut de stagiaire n’est pas assez protégé : " Dans certaines filières, il y a vraiment un manque d’encadrement de ces stagiaires. Et donc, ils sont laissés seuls. Et cela se remarque particulièrement en pédagogie et en paramédical. Il faut tenir compte que ces étudiants ne sont pas rémunérés pour le travail qu’ils fournissent. Donc non seulement, on ne les paye pas mais en plus ils doivent débourser du matériel, des vêtements, du transport…, pour ces stages-là. La troisième chose qu’on remarque, c’est qu’il n’y a pas de cadre juridique propre pour ces stagiaires. Donc s’ils ont envie de rompre leurs contrats, s’ils ont des cas de harcèlements, il n’y a pas de protection. Or, les stages sont une partie importante du cursus. Et s’ils le ratent, c’est une année en plus. "

A l’aube de leur carrière professionnelle, les étudiants sont conscients de l’importance des stages mais ils estiment qu’on ne protège pas assez leurs droits.

 

 

 

 

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