Combiner le télétravail et des vacances, un rêve ?

- "Vous reprendrez le même cocktail sans alcool qu’hier"?

- "Volontiers. Mais après le travail. Je dois encore lire et envoyer plusieurs mails".

Dans cette région portugaise, une employée d’une société de service belge remercie un membre, obligeant, du personnel d’un hôtel "all inclusive".

Un apéro sur la terrasse ? Plus tard, le temps n’est pas encore à la détente.

Cette employé, est-elle en vacances ou au boulot ?

Les deux, sans que ce séjour d’une semaine ne grève son solde de jours de congés !

Maillot et PC portable

Après d’autres voyagistes, tel le Club Med avec son "work hub", TUI propose la "workation". Par parenthèse : vous n’auriez tout de même pas imaginé une autre formule qu’en Anglais, marketing oblige ?

Les voici donc en Algarve pour quelques jours, valise partagée entre polos d’été, maillots et PC portable, plus quelques dossiers. Sept Belges et Néerlandais participent en ce moment à ce projet-pilote de l’agence internationale de voyage.

Sur place, tout l’équipement nécessaire au travail : une bonne liaison wifi, des prises de courant, une salle commune (le coworking), un espace de travail suffisamment large et aéré pour respecter les mesures sanitaires.

Sur place encore : tout ce qu’un vacancier peut attendre d’un séjour "all inclusive".

"Ici, en Algarve, je n’ai aucune contrainte domestique, pas de ménage, pas de repas à préparer. Et ce soir, poursuit Ingrid Renders, une amie et moi prenons le bateau pour dîner sur une petite île."

L’essai semblant concluant. Ces propositions de combiner vacances et télétravail vont probablement fleurir dans les catalogues.

Travailler au soleil automnal du Portugal, des Baléares, de la Crête (codes de couleur à vérifier avant la réservation !) sans perdre un jour de congé annuel, le rêve ?

Questions : qui payerait ce voyage ?

Un doux climat de vacances n’altérerait-il pas la qualité du travail ? Des patrons accepteraient-ils ou encourageraient-ils cette formule ? Quelles en seraient les obligations légales, les conséquences en matière d’assurance ?

Tout vérifier

Qui payerait ? La réponse spontanée serait l’employé (e). Mais un dirigeant pourrait offrir ce séjour en guise de prime, de bonus…

La qualité, l’efficacité du travail ?

"Ne croyez pas que cet environnement particulier m’éloigne de mes obligations", souligne Ingrid Renders. "Au contraire : je ne voudrais pas qu’en Belgique, au siège de ma société, on se dise que je me la coule douce. Pour que chacun y trouve son compte, il faut avant tout aimer son boulot."

Avant d’appliquer une telle formule, patron et employé (e) auront précisé la mission, les objectifs de la semaine. Ils auront vérifié les conditions générales sur place, y compris celles du sommeil, obligatoirement réparateur.

La chambre ne doit pas être située au-dessus d’un bar par exemple…

Légalement ? Des prestations professionnelles de ce type entrent dans le champ d’application de la sécurité sociale et de la fiscalité locales.

"Mais pas pour un séjour aussi court", précise Valérie t’Serstevens, experte juridique au secrétariat social SD Worx.

Le législateur a introduit une dérogation aux principes relatifs aux prestations de travail.

Quelques pays imposent cependant une déclaration préalable avant toute mission de ce type sur son territoire.

Les assurances ?

Un accident sur place, dans le cadre d’une activité récréative (piscine, ballade à vélo le soir…) sera couvert si, précise Valérie t’Serstevens, "tout est organisé. Que le patron ait donné son accord pour un tel séjour et idéalement que l’assurance ait été informée du lieu de travail."

Informer ses dirigeants

Voilà donc une forme de plus du télétravail, lequel, selon le législateur belge, peut être exécuté ailleurs qu’à son domicile.

"Nous ne voyons aucun inconvénient que l’un de nos salariés télétravaille de sa seconde résidence belge", indique Ulrike Pommée, au nom de Belfius, banque dont les employés du siège central ont toujours le choix entre le travail à domicile ou au bureau. Au plus fort de la crise sanitaire, neuf sur dix restaient chez eux.

Et à l’étranger ? "Une proposition de combiner vacances et travail n’est pas à l’ordre du jour. Mais à titre exceptionnel, un employé qui serait en vacances en Provence pourrait prolonger son séjour par du télétravail."

Aux conditions impératives d’un feu vert de la hiérarchie et de bénéficier sur place de très bonnes conditions de travail.

 

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