Colonisation du Congo : quelle responsabilité morale pour la royauté ?

La mort de Georges Floyd a suscité de vives émotions ces dernières semaines, allant de manifestations contre le racisme à travers le monde, jusqu'au déboulonnement de statues du roi Léopold II dans notre pays. Notre ancien souverain suscite aujourd’hui, plus que jamais la polémique. Le Congo était sa propriété personnelle avant de devenir, une colonie nationale 1908 à 1960. Les rois des Belges qui ont succédé à Leopold II ont-ils une responsabilité à propos de ce passé colonial?


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Qu’ils soient belges ou congolais, les historiens sont pour la plupart unanimes sur un point : le pillage des ressources naturelles et les atrocités infligées à la population congolaise ont été l’une des pires périodes vécues par le continent africain. Ils sont aussi d’accord sur la nécessité d’une contextualisation des faits historiques, et des mentalités de l’époque.

Avant les exactions infligées par les états occidentaux, la violence et la traite des êtres humains étaient monnaie courante entre les africains eux-mêmes, et aussi dictées par les arabes.  L’état indépendant du Congo, propriété de Léopold II, a été le théâtre d’horreurs. Face à cette réalité historique, une question s’impose : la lignée royale s’est-t-elle inscrite dans ses pas ?

Entre indignation et émerveillement

Albert Ier, alors prince à l’époque, s’est notamment rendu au Congo en 1909. "Dans ses carnets de voyage, on peut lire son indignation sur la manière dont on traite la population congolaise. Mais il est aussi émerveillé par le développement économique qui se déroule au Congo", explique Patricia Van Schylenbergh, historienne à l’Africa Museum.

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Message écrit par le prince Albert après sa visite au Congo en 1909 © RTBF

En 1908, le Congo belge devient officiellement une colonie nationale. Le gouvernement gère désormais l'exploitation des ressources naturelles du pays. Albert 1er, Léopold III, et Baudouin avaient tout de même une certaine influence liée à l'héritage de Léopold II. "Les rois étaient mitigés entre deux types de valeurs : celles qu’ils voulaient voir importées au Congo comme les progrès de la médecine, de la science ou encore les progrès sociaux. D’un autre côté, l’exploitation économique était nécessaire pour garantir 'soit disant', le bien être de la population ", raconte l’historienne. 

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© Tous droits réservés

"La couronne a cautionné le système colonial jusqu’au bout"

Pour la plupart des historiens, ces rois ont été heurtés par les conditions de travail et ils se sont aussi investis pour améliorer la vie de la population. Mais garder les ouvriers en bonne santé permet aussi de les faire travailler plus longtemps, et d'effectuer des tâches plus difficiles comme l'extraction de minerais, par exemple.

Elikia M’Bokolo, historien à l’université de Kinshasa, explique que "Lorsque les fameuses 'grandes compagnies' ont été créées en 1906, la couronne était impliquée dans le travail forcé. Il le restera jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. La couronne y gagnait et elle n’a rien fait pour changer les choses. Elle a donc cautionné le système colonial jusqu’au bout".

"Des excuses nécessaires"

Les historiens et des spécialistes en sciences politiques évoquent la responsabilité morale des rois qui ont succédé à Léopold II. Autant d'éléments qui ont provoqué le débat actuel sur de possibles excuses du roi Philipe. Pour Bob Kabamba, professeur de sciences politiques à l’université de Liège, "ces excuses sont nécessaires mais elles doivent se faire tant du côté belge que du côté congolais. Ce sont ces deux dynamiques qui pourront aboutir aux excuses du roi Philippe", conclut-il.


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Aujourd'hui, le débat sur les excuses royales fait couler beaucoup d'encre et il est aussi complexe que l'histoire du Congo et de notre passé colonial.

Sujet du journal télévisé du 14 juin

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