Colonisation belge : "Il est important de relire notre histoire, à l'abri de l'instrumentalisation", note Louis Michel

Le Parlement a décidé la mise en place d’une commission "Vérité et Réconciliation" pour ouvrir le débat sur l’histoire de la colonisation belge au Congo. "On aurait dû le faire avant", pointe Louis Michel, ancien ministre et ancien commissaire européen, qui avait d’ailleurs présidé en 2001 la délégation belge lors de la Conférence mondiale des Nations-Unies contre le racisme, à Durban. Pour Louis Michel, le débat doit être ouvert mais il doit l’être dans "l’apaisement " et ne pas en faire "une question passionnelle".

Mettre le débat sur la table

Depuis la mort de George Floyd à Minneapolis, aux Etats-Unis et dans le monde, des manifestations ont éclaté contre le racisme et les violences policières. En Belgique, des statues de Leopold II et des symboles représentant la colonisation au Congo ont été déboulonnées. La question du racisme et de la colonisation est sur la table, au point que le Parlement a décidé de mettre sur pied une commission "Vérité et Réconciliation".

"Une bonne chose", selon Louis Michel. Il estime d’ailleurs que "c’est un débat qu’on aurait dû avoir il y a longtemps, ça vient un peu tard. Lorsque, sous le gouvernement de Guy Verhofstadt, nous nous sommes excusés auprès de la famille de Lumumba, on voulait indiquer que notre rôle colonial, notre rôle de colonisateur n’avait pas que des aspects civilisationnels".

Une question de "responsabilité politique", estime l’ancien chef de la diplomatie belge. Selon lui, "il est important que l’on relise notre histoire comme elle doit être lue, mais aussi dans l’apaisement, à l’abri de l’instrumentalisation politique et politicienne de toutes ces questions".


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Mais pour que ce débat puisse réellement aboutir, il faut qu’il soit fait dans "l’apaisement", il doit être "remis en contexte" pour permettre une "critique historique qui impose aussi de remettre les questions et les questionnements dans son temps et dans son contexte". Louis Michel "regrette cette sorte d’élan passionnel avec des risques d’instrumentalisation".

Pour lui, le meilleur moyen d’avoir un débat apaisé est de s’en remettre aux faits. "Il faut analyser les faits. Et les faits vont faire apparaître qu’il y a eu des exactions, qu’il y a eues des choses intolérables, des choses abominables. La colonisation n’est pas la belle histoire romancée que d’aucuns voudraient".

Mais pour Louis Michel, seuls les faits et l’analyse critique historique permettront d’éviter une "instrumentalisation" ou des acteurs se "saisissent de la question pour en faire une question idéologique".

Le lien avec la question du racisme

La question de la colonisation est "clairement" liée à celle du racisme aujourd’hui, estime l’ancien commissaire européen. "Le racisme est amplifié par la colonisation et instrumentalisé par la colonisation. Ce ne sont pas les Rwandais qui ont inventé le signe d’identité ethnique sur les pièces d’identité rwandaises. C’est un travail qui a été fait en Belgique", argue Louis Michel.

"Il faut remettre tout ça à plat et tirer des conclusions et replaçant les choses dans leur contexte."

Un blocage politique ?

Pourquoi avoir attendu aussi longtemps avant de mettre ce débat sur la table ? Pour Louis Michel, c’est une question politique et ce n’est pas nouveau. "Je me suis rendu compte que l’ordre établit n’aimait pas ouvrir ces dossiers", indique-t-il. Il considère, en effet, que "des corps constitués et certains partis politiques qui mesuraient bien la responsabilité qu’ils avaient", notamment le "pilier catholique", n’étaient pas très favorables à l’ouverture des débats sur ces questions.

"C’est donc une bonne chose que le Parlement le fasse, on pourra alors lire l’histoire coloniale", indique l’ancien ministre.

Reconnaître puis s’excuser ?

La question des excuses pour la période coloniale et les exactions commises à ce moment est également centrale. Le roi Philippe, qui pour l’heure, garde le silence est d’ailleurs pressé de présenter des excuses. La princesse Esmerlda, depuis Londres, a indiqué que des excuses du roi et du gouvernement seraient une bonne chose.

De son côté Louis Michel ne "plaide ni pour, ni contre" les excuses du roi. "Je pense qu’il faut laisser au roi sa capacité d’analyse", dit-il.

En revanche, selon lui, "le politique, lui, est responsable devant l’histoire de tout ce qu’il fait maintenant et ici mais aussi de tout ce qui a été fait avant lui par nos institutions politiques. C’est pour cela qu’au Parlement j’avais présenté mes excuses par rapport au crime d’Etat contre Patrice Lumumba".

Dans ce contexte, le Congo célébrera les 60 ans de son indépendance le 30 juin prochain.

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