Colères, larmes, mensonges et oublis: les moments forts du procès des attentats contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher

Trois mois d'audiences aussi marquantes que chaotiques: voici les moments saillants du procès des attentats jihadistes de janvier 2015, notamment contre la rédaction de Charlie Hebdo, en France, dont le verdict est attendu ce mercredi.

L'effroi sur grand écran 

Ce 7 septembre, au quatrième jour du procès, un silence pesant s'installe. La violence crue du massacre dans la rédaction de l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, explose sur grand écran. 

Des plots jaunes numérotés mènent d'une mare de sang à une autre, dans les pas des enquêteurs arrivés sur la scène de crime, le 7 janvier 2015. Au milieu de feuilles et cartons gisent les corps des dix victimes exécutées par les frères Saïd et Chérif Kouachi.

L'assistance se glace de nouveau deux semaines plus tard, quand sont montrées les victimes juives de l'Hyper Cacher, étendues dans des allées jonchées de produits tombés des rayons, abattues par Amedy Coulibaly. "Un tueur totalement dénué d'empathie", selon un policier antiterroriste. 

La culpabilité des survivants

Sous la menace d'une kalachnikov, la dessinatrice Coco a composé le code d'entrée de Charlie Hebdo. La chroniqueuse Sigolène Vinson a été épargnée parce que femme, et elle regrette d'avoir trouvé le "regard doux" à Chérif Kouachi. La caissière de l'Hyper Cacher, Zarie Sibony, a refusé que Coulibaly achève son collègue agonisant, Yohan Cohen. 

Ces trois survivantes ont mis des mots sur l'indicible, des paroles baignées de larmes.

"J'avais accepté de mourir à ce moment-là", raconte Coco, quand Sigolène Vinson décrit le "silence de plomb" après le massacre, replongeant, avec tout le poids de la culpabilité, dans "l'horreur" des carnages.

Les caricatures et les rires

Après les témoignages bouleversants des parties civiles, des rires essuient brièvement les larmes. 

Des caricatures de Charb défilent sur l'écran de la cour d'assises. Etrillant les fanatismes, le capitalisme et certains dirigeants politiques, elles arrachent parfois un sourire à des accusés. 

Dans le box, certains sont même hilares quand vient le dessin d'une femme en burqa les fesses à l'air entonnant "Chacun fait, fait, fait, c'qui lui plaît, plaît, plaît".

 

"Collision" de l'actualité

Le procès s'était ouvert le 2 septembre par la republication par Charlie Hebdo des caricatures de Mahomet qui en avaient fait la cible des djihadistes. Dans un contexte de menaces renouvelées, l'actualité vient rattraper l'audience.

Le 25 septembre, les téléphones vibrent à l'annonce d'une attaque au hachoir près des anciens locaux de l'hebdomadaire, qui fera deux blessés. 

Le 16 octobre, c'est la décapitation de l'enseignant Samuel Paty qui sème l'effroi. Il est "mort du seul fait d'avoir transmis à ses élèves ce que représentait la liberté de pensée et d'expression", salue le président de la cour, Régis de Jorna. 

L'embarras de Benyettou, le silence de Cherif

"J'ai une part de responsabilité": entendu comme témoin le 3 octobre, l'ex-mentor des frères Kouachi, Farid Benyettou, figure de proue de la filière jihadiste dite "des Buttes-Chaumont" dans les années 2000, présente ses excuses aux familles des victimes.

"J'aimerais revenir en arrière, réparer les choses... Sachez que je suis vraiment désolé".

Entendu par visioconférence depuis sa prison, l'autre mentor présumé des Kouachi, Peter Cherif, oppose un silence provocateur aux questions de la cour. Ce vétéran du jihad, mis en examen dans un volet disjoint de l'enquête, est présenté comme un possible commanditaire de la tuerie de Charlie Hebdo.

Le mystère Claude Hermant

Huit armes retrouvées en possession d'Amedy Coulibaly sont passées entre les mains de Claude Hermant, figure de la mouvance identitaire lilloise et ex-indicateur des douanes et des gendarmes. Mais il n'est pas dans le box des accusés.

Face à la cour, convoqué comme simple témoin, il écarte toute responsabilité: "Il devrait peut-être y avoir d'autres coupables dans ce box mais ce n'est pas moi".

Les colères d'Ali Riza Polat 

"Bras droit" présumé d'Amedy Coulibaly, Ali Riza Polat a multiplié devant la cour les coups de sang, se perdant en invectives contre "les juges véreux", "les indics" et les "balances" à qui il attribue son renvoi aux assises. 

"Quand je sortirai de prison, je ferai du banditisme, encore plus, je vais faire pire", a promis ce Franco-Turc de 35 ans, jugé pour "complicité" de crimes terroristes et encourant la perpétuité.

Ses insultes à ses coaccusés et ses colères lui ont valu des rappels à l'ordre et même une expulsion de l'audience. Il est aussi visé par une procédure après avoir menacé une policière entendue comme témoin, à laquelle il a lancé: "Tu vas le payer !"

Les mensonges et oublis des accusés 

"J'ai dit ça, moi ?" Devant la cour, les accusés multiplient les déclarations brouillonnes, contredisant souvent des propos tenus pendant l'enquête. 

"J'ai menti, mais pas pour cacher quelque chose, j'ai menti parce que j'avais peur", justifie Nezar Mickaël Pastor Alwatik. "J'ai fait l'idiot", se défend Mohamed Fares. "Moi et ma mémoire, c'est pas trop ça", fait valoir Saïd Makhlouf.

"Dans le volet armes, si on compte le nombre de versions des uns et des autres, c'est effarant", résume le président.

Le Covid-19 et l'interminable suspension

Le procès, avec ses 11 accusés présents, ses 200 parties civiles et sa centaine d'avocats, n'a pas échappé à l'épidémie de Covid-19. 

Brièvement interrompu fin septembre, il est suspendu pour de bon le 31 octobre, après trois cas parmi les accusés. La pause durera un mois en raison de "troubles digestifs" persistants chez Ali Riza Polat, positif au Covid. Une situation inédite pour un procès d'assises. 

Procès "symbolique"

"Charlie est devenu une idée", "un symbole", qui toujours vivra: la dernière plaidoirie des parties civiles, celle de l'avocat historique de Charlie Hebdo Richard Malka le 4 décembre, est un plaidoyer pour la liberté d'expression et "ce droit si merveilleux d'emmerder Dieu".

Après de lourdes réquisitions du parquet antiterroriste, la défense appelle à l'unisson à ne pas condamner "coûte que coûte" les vivants à la place des morts, car les "victimes attendent une justice exemplaire, pas sanguinaire". 

Sujet JT du 16/12/2020

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