CO2: le seuil symbolique de 400 ppm dépassé en permanence depuis 3 mois

La légère baisse actuelle est temporaire et due à la croissance des plantes en été dans l'hémisphère nord.
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La légère baisse actuelle est temporaire et due à la croissance des plantes en été dans l'hémisphère nord. - © SCRIPPS

Depuis avril 2014, le taux de CO2 dans l’atmosphère, deuxième principal gaz responsable de l'effet de serre après la vapeur d’eau, a atteint 400 ppm (parties par million). Et depuis 4 mois il n’est quasiment plus jamais descendu dessous. Pour le climatologue Xavier Fettweis, de l'ULg, ce n'est pas une raison pour relâcher les efforts de réduction des émissions, au contraire.

Pour exprimer les choses autrement, l’air que nous respirons est composé dorénavant d’environ 0,04% de CO2, pour 78% d’azote, 21% d’oxygène et le reste d’autres gaz. C’est une quantité infime pour nous, mais pourtant lourde de conséquences sur le climat mondial. Pour comparer, les mesures effectuées dans les glaces très anciennes (400.000 ans) des pôles permettent d’établir que la concentration de CO2 était de 200 ppm pendant les glaciations et de 280 ppm pendant les périodes de réchauffement naturel. Avant la révolution industrielle du XIXe siècle, le taux était toujours à 278 ppm. Avec une concentration de 400 ppm, on a atteint en avril dernier un seuil jamais atteint depuis que l’Homme est apparu sur terre. Et il ne s’agit pas d’une mesure ponctuelle due à un effet de pollution local : l’OMM (Organisation Météorologique Mondiale) a confirmé que les stations de mesure de tout le réseau de Veille de l'Atmosphère Globale de l’hémisphère nord avaient enregistré des valeurs supérieures à 400 ppm depuis le printemps dernier.

La courbe de Keeling

Pour comparer ces chiffres avec ceux du passé, et mieux réaliser l’ampleur du problème, on peut consulter en direct la "courbe de Keeling".

Elle est établie d’après la plus longue série de mesures de concentration du CO2 atmosphérique jamais établie. Les prélèvements d’air pour l’analyse du CO2 sont effectués au sommet du mont Mauna Loa (4169 m) sur l’île d’Hawaï.

Les mesures ont commencé en 1958 grâce à Charles D. Keeling qui faisait ses études de post-doctorat. À l’époque, il mesurait des taux de 315 ppm. Il a poursuivi ses travaux jusqu’à sa mort en 2005. Les mesures continuent encore aujourd’hui car son fils Ralph F. Keeling, docteur en physique appliquée, a repris le flambeau. Ensemble, ils ont réalisé l’un des plus grands enregistrements de données géophysiques jamais réalisés.

Keeling père a été le premier à mettre en évidence une sorte de "cycle respiratoire" saisonnier de l’atmosphère, au cours duquel le taux de CO2 baisse en période de croissance des plantes pendant l'été dans l’hémisphère nord et remonte lorsqu’elles sont en repos en hiver. Et c’est le taux de CO2 de toute la terre qui est influencé par ce cycle annuel car lors de l’hiver dans l’hémisphère nord, beaucoup plus végétalisé que le sud, le CO2 n’est pas absorbé dans la même proportion pendant l’été austral, car le couvert végétal de l’hémisphère sud est plus faible.

Les mesures des Keeling ont également confirmé, au-delà de cette variation saisonnière, la tendance générale à la hausse du taux de CO2 atmosphérique. Elles ont été remises dans un contexte plus vaste grâce aux mesures de CO2 effectués dans des carottes de glace prélevées au Pôle Sud et permettant de connaître la composition de l’atmosphère à plusieurs centaines de milliers d’années de distance dans le passé.

Historiquement, la courbe de Keeling a joué dès le début des années 1970 un rôle-clé dans la prise de conscience et dans le lancement de programmes de recherche sur l’influence du CO2 sur le climat.

On peut aujourd’hui suivre au jour le jour la courbe de Keeling sur le site de l’Institut Scripps d’Océanographie, un département de l’université de Californie à San Diego. Il doit son nom à la famille de mécènes qui a financé sa fondation en 1903.

Poursuivre les efforts, absolument

Xavier Fettweis, mathématicien et climatologue, est un chercheur de l’ULg spécialisé en modélisation du climat et en glaciologie. Pour lui, la situation est préoccupante mais pas désespérée : "Le CO2 augmente, c’est un fait, mais la température n’augmente pas dans la même proportion. Les deux sont liés, certes, mais pas de façon linéaire, c’est beaucoup plus compliqué que cela. Pour une même hausse de concentration de CO2, les modèles climatiques prévoient des hausses de température différentes." Il explique que si le CO2 continue à augmenter, c’est d’une part parce que nous ne faisons pas assez d’efforts de réduction, et d’autre part parce que le système atmosphérique présente une certaine inertie. "Le CO2 reste une centaine d’années dans l’atmosphère ; même si on arrêtait les émissions du jour au lendemain, sa concentration ne diminuerait pas avant longtemps. Mais il faut intensifier les efforts, de manière à maintenir le réchauffement à 2°C, ce qui ne serait pas trop lourd de conséquences. Il n’y a pas d’actions inutiles. On peut réellement influer sur la composition de l’atmosphère : pour le méthane, un gaz beaucoup plus actif que le CO2 en termes d’effet de serre, on a de bonnes nouvelles. Le taux est actuellement stabilisé. On a pu le constater assez rapidement car le temps de résidence du méthane est beaucoup moins long. C’est la même chose avec le SO2 (dioxyde de soufre), responsable entre autres des pluies acides dont la concentration est déjà en train de diminuer à cause d'une diminution sensible de nos émissions de soufre (engrais, industrie...) depuis les années 90. Mais pour le CO2 c'est plus lent et il ne faut plus attendre pour agir."

Les solutions ?

Selon Xavier Fettweis, "la solution la plus économique est de ne pas émettre de CO2 plutôt que de chercher à le recapturer par des procédés chimiques très chers, ou en faisant pousser du bois pour l'enterrer, comme on l’envisage aux États-Unis et ailleurs. Les énergies renouvelables sont la solution, quand les énergies fossiles seront devenues trop chères, elles s’imposeront logiquement."

Patrick Bartholomé

 

 

 

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