Clonage d'animaux domestiques: une copie peu conforme

En 2017, le désespoir d'une star américaine braquait les projecteurs sur une technique scientifique relativement confidentielle. La chanteuse, actrice et réalisatrice Barbra Streisand est dévastée. La star américaine, heureuse propriétaire d'un Coton de Tuléar en fin de vie, ne peut se résoudre à vivre sans lui. Quand Streisand découvre l'existence d'un laboratoire américain, spécialisé dans la copie d'animaux, elle reprend espoir et suit les instructions à la lettre. Des cellules de la bouche et de l'estomac de son chien devront être prélevées avant qu'il ne meure. Quelques mois ont passé, la chanteuse a récupéré deux chiens clonés, copies presque conforme de son animal tant aimé. Barbra Streisand aura déboursé entre 100.000 et 200.000 dollars avant de récupérer les chiots nouveaux-nés.

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Une portée de chiens clonés dans un laboratoire de Corée du sud © EVN

Un business aux accents sud-coréens

L'histoire personnelle de Barbra Streisand met donc en lumière une technique médicale de plus en plus utilisée : le clonage des animaux domestiques. Les États-Unis, mais aussi et surtout la Corée du Sud ont transformé cette prouesse scientifique en véritable business.

En Corée du Sud, où un foyer sur trois possède un animal de compagnie, le clonage de chiens est loin d'être sujet de moquerie, encore moins un tabou. Là-bas, un centre de recherche en biotechnologie s'est même spécialisé dans ce type d'activités. Sooam Biotech, créé en 2006, emploie 60 personnes, dont la plupart sont des scientifiques. Dans les dédales de laboratoires, des sas, où sont entreposés les trésors de la compagnie sud-coréenne.

"C'est ici que nous conservons l'ADN des animaux décédés", explique Jae Woong Wang, chercheur auprès de Sooam Biotech, après des études biologie cellulaire au Canada. "Admettons que votre animal décède et que vous ne voulez pas d'un autre chien cloné immédiatement. Vous souhaitez avoir sa copie dans 10, voire 20 ans. Peu importe, nous serons en mesure de vous le livrer."

Pour arriver à dupliquer les animaux, le processus est aussi complexe que parfaitement routinier. A partir d'un échantillon, les cellules prélevées sur un chien décédé transitent par le laboratoire où elles sont cultivées. D'une chienne-donneuse est récupérée une cellule-œuf (ovocyte), dont le noyau, qui contient tout le matériel génétique propre au chien, est retiré. L'ADN de l'animal à cloner est ensuite placé dans cette coquille vide. La cellule est alors soumise à des chocs électriques qui enclenchent sa division.

Dernière étape : l'embryon est transféré dans l'utérus d'une chienne porteuse. Fin de l'opération, pas des complications. Car dans le clonage, "beaucoup de déchets", comme le déplorent, dans leur propre jargon, les scientifiques. Les taux de réussite restent très faibles tant les complications liées à la gestation ou même à la naissance restent nombreuses. En se gardant de donner des chiffres sur le nombre d'opérations ratées ou de décès, Sooam Biotech préfère mettre ses succès en avant. Depuis 2015, l'entreprise a fourni plus de 700 chiots clonés à des particuliers.

Stars internationales, riches industriels ou membres de familles royales, ils dépensent donc des milliers d'euros pour faire revenir à la vie une copie de leur animal tant aimé. Avec, parfois, de mauvaises surprises. Même le célèbre laboratoire sud-coréen le reconnaît, un clone n'est souvent qu'une copie peu conforme.

Dans la nurserie des chiots, une portée de chihuahuas attire l'attention. Des dizaines de chiens clonés qui, malgré leur relative petite taille, dépassent très largement celle de l'original : le géniteur ne dépassait pas... 10 centimètres. Bref, une très mauvaise surprise pour le propriétaire qui croyait, en le clonant, pouvoir à nouveau admirer un portrait craché de son chihuahua préféré.

Impossible de prévoir à l'avance ces différences de taille. "Nous nous limitons à copier le patrimoine génétique", admet Jae Woong Wang, le chercheur de Sooam Biotech. "Nous n'avons aucune prise sur la taille, les particularités physiques du chien. Encore moins le caractère, la personnalité. La copie est loin d'être exacte à 100%. Parfois, ce n'est pas toujours le même chien."

Succès et infortunes du clonage

La faculté vétérinaire de l'Université de Liège. C'est là que nous trouvons les réponses à nos interrogations sur le clonage et ses limites. Certes, les perspectives que ses déclinaisons ont pu faire miroiter ont mobilisé les équipes par le passé.

Fabien Ectors, l'actuel chef de service de l'Unité d'embryologie, avait même consacré une thèse sur le clonage de l'espèce bovine, à la fin des années 80. Voici d'ailleurs, en archives, une expérience menée en 1998. L'ULg était parvenue à cloner deux génisses nées dans une ferme aux Pays-Bas.

Mais depuis cinq ans, toutes recherches autour du clonage pur et simple ont définitivement été arrêtées à Liège. "Si vous avez l'espoir de cloner votre chien, parce que vous désirez retrouver le même animal, passez votre chemin...", explique le scientifique.

"Son double ne sera pas parfaitement identique. Tout simplement parce que la copie ne sera pas élevée dans les mêmes conditions que celui qui a donné son génome." Il est effectivement scientifiquement avéré que l'environnement fœtal, postnatal ou même l'alimentation modifiaient le programme génétique.

Reste le clonage à destination de l'élevage. Et on se rend compte que, lui aussi, a pris un coup de vieux. "Un des rêves ultimes était de multiplier les bovins d'élite", explique Fabien Ectors. "Le rêve de pousser à l'extrême un processus de sélection génétique. Se dire, voilà, nous avons des individus extrêmement performants et on veut les exploiter au maximum."

Mais dans ce créneau-là, l’insémination artificielle procure souvent de meilleurs résultats. Alors que la technique du clonage engendre un coût qui, dans le système d'élevage, n'est pas tenable. Bref, un dispositif très onéreux et des taux de réussites faibles qui n'empêchent pas des sociétés américaines de continuer à cloner des animaux à forte valeur génétique. Comme les vaches, qui donnent beaucoup de lait. Ou des ovins ou des porcins à haut potentiel. Les Chinois, eux aussi, se targuent d'avoir ouvert la plus grande usine de clonage au monde avec, pour objectif, des résultats sur la sécurité alimentaire.

Mais aujourd'hui, selon les chercheurs liégeois que nous avons rencontrés, l'essentiel est ailleurs. Lorsque le clonage se met au service de la modification génétique. Objectif : créer des animaux génétiquement modifiés. Actuellement, l'unité dirigée par Fabien Ectors essaient de générer des porcs devenus résistants à des maladies qui ont une implication directe au niveau de la santé humaine. Un des gros challenges actuels est de pouvoir extraire des protéines médicaments directement du lait ou du blanc d’œuf.

Bref, voilà l'avenir du clonage. Un outil qui peut rester intéressant au nom de la modification génétique. Pas vraiment dans la reproduction d'animaux décédés. N'en déplaise à Barbra Streisand, qui souhaitait que son chien cloné ait "le même sérieux" que son animal décédé, le clonage ne fera pas de miracle.

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