Climat: "Sortir de la gouvernance molle du monde"

Y aura-t-il un deuxième protocole de Kyoto pour la période 2013-2020 à l’issue de la conférence de Doha ? "Il faut l’espérer de toutes nos forces mais à ce stade on ne peut pas le dire" répond Philippe Henry depuis la capitale du Qatar. "A ce stade ci, c’est une dynamique très compliquée donc les négociations sont en cours un peu dans tous les sens entre les pays et les régions du monde et il est assez vraisemblable que cela se poursuive certainement dans la nuit et encore dans la journée de demain".

Plusieurs points de blocage subsistent, avec des lignes de fracture multiples. "Il y a en fait deux négociations en parallèle, c’est d’une part une négociation sur le protocole de Kyoto", très importante  pour les pays du sud relève Philippe Henry, car il en va de l’engagement d’une partie des pays industrialisés de diminuer leur émissions. "Et puis il y a l’autre négociation qui n’aboutira de toutes façons pas complètement cette année-ci puisqu’elle vise elle à avoir réellement un accord mondial complet et contraignant qui pourrait intervenir d’ici 2015. Mais c’est un accord tellement complexe à négocier qu’il faut qu’il y ait évidemment des morceaux de décision qui avancent chaque année". Mais Philippe Henry se réjouit surtout d’un déblocage intervenu entre européens sur la question du report des quotas d’émissions de gaz à effet de serre d’une "période Kyoto" à une autre. Il fallait effectivement rendre son efficacité à un marché qui ne fonctionnait plus en raison d’un trop grand nombre de quotas. "C’est vraiment de nature à relancer la dynamique" souligne le ministre wallon. "C’est une étape et nous allons voir maintenant comment les autres pays réagissent".

L'enjeu, la justice climatique

Pour le CNCD, engagé dans les objectifs de réduction des émissions au travers de la Coalition climat, viser 40% de réduction en 2020 dans l’état actuel des choses semble bien utopique. "Nous on se base sur les rapports du GIEC qui disent qu’il faut diminuer les EGS entre 25 et 40% (..). Jusqu’à maintenant les engagements européens sont plutôt positifs, c’est plutôt le bon élève sur la scène mondiale, mais évidemment il faut un accord à l’échelle internationale et y arriver !"

L’enjeu, pour le CNCD, c’est la justice climatique, en particulier vis-à-vis des pays qui sont à la fois les moins gros émetteurs de gaz à effet de serre tout en en étant les premières victimes. Des outils ont été créés, comme le fonds vert, pour financer les adaptations nécessaires aux changements climatiques. A terme, ce fonds vert devrait être doté de 100 milliards d’euros. "On se rend compte qu’il y a beaucoup de prêts et pas de dons ; il y a aussi beaucoup de substitution des budgets de coopération au développement donc ce ne sont pas des fonds additionnels pour la majorité des cas mais des fonds qui sont pris sur les budgets de l’aide au développement", regrette Arnaud Zacharie. On demande en somme aux pays concernés de choisir entre construire une digue ou construire une école… "Et là la Belgique est un mauvais élève puisque Yvers Leterme en 2009 à Copenhague s’était engagé à mobiliser 150 millions d’ici fin 2012. On y est et on se rend compte qu’il y a à peu près 90 millions sur la table… ". Et Arnaud Zacharie de regretter les querelles belgo-belges à cet égard.

Philippe Henry relativise et se réjouit plutôt des actions entreprises avec plusieurs pays notamment issus de la francophonie. "Nous avons vraiment développé un climat de confiance avec eux" et lancé des appels à projet, souligne-t-il.  "Sur les montants totaux de la Belgique, c’est juste", reconnaît-il. "C’est vrai que la négociation interne à la Belgique est parfois un peu complexe", ajoute-t-il, espérant pouvoir mener à terme ces discussions dans les prochaines semaines. S’appuyant sur le cas des Philippines, qui disent consacrer déjà aujourd’hui 40% de leur budget aux conséquences des changements climatiques, Philippe Henry estime tout à fait évident qu’il doit y avoir un engagement financier très conséquent des pays industrialisés. "C’est une condition de base pour qu’on puisse avoir un accord global satisfaisant".

Sortir de la crise par le haut

Arnaud Zacharie, lui, s’il ne remet pas en cause le principe même des grand messes du climat, plaide pour davantage de détermination : "On est dans une gouvernance molle du monde. Il faut sortir de cette crise par le haut et arrêter d’opposer le défi climatique et la sortie de crise économique et sociale car selon nous le fait d’investir dans la transition vers une économie à bas carbone, c’est financer un nouveau modèle de développement économique qui va créer de nouvelles formes d’activités économiques, de nouvelles formes d’emploi et de prospérité."

T.N.

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