Claudie Haigneré sur le climat et l'éducation: "Quels enfants allons-nous laisser à notre planète?"

Docteur honoris causa de l’Université catholique de Louvain. Un titre de plus à ajouter à son CV. Et il est plutôt fourni ce curriculum vitae. Claudie Haigneré est chercheuse, médecin rhumatologue mais elle a aussi été la première femme française dans l’Espace avant d’être ministre. Elle est aujourd'hui ambassadrice de l'ESA (l’agence spatiale européenne) pour promouvoir les sciences et la technologie à l'échelle européenne. Habitée d’une profonde foi en l’humanité, elle milite pour l’éducation des jeunes générations pour qu’elles possèdent à leur tour les clés de la compréhension de notre monde, et de l’action. Entretien.

Quel est le rôle de l’astronaute aujourd’hui?  

CH : "Nous vivons des aventures humaines et scientifiques. L’astronaute peut regarder au-delà de l’horizon. L’astronaute voit à distance sur le plan géographique, mais aussi sur le plan temporel, parce qu’il est obligé d’aller au-delà du court terme, de se projeter. Je pense que c’est nécessaire. Non seulement avec des yeux d’humains, mais aussi avec les yeux très technologiques des satellites qui sont dans l’Espace. Des technologies qui nous permettent de communiquer, de connaitre la météo, de connaitre différents paramètres en observant la surface de la Terre. Tous ces éléments sont ensuite des données scientifiques qui nous permettent de prendre des décisions en connaissance de cause. Le spatial c’est donc à la fois l’astronaute qui a ce regard chargé d’émotion, mais qui a aussi cette capacité à transmettre la poésie, des photographies, mais aussi des phénomènes environnementaux. L’astronaute représente le dépassement des frontières, l’audace, la technique et l’envie d’aller plus loin."

De voir la Terre d’aussi loin, cela change notre point de vue, notre rapport à elle?

CH: "C’est vrai que c’est un regard décalé que l’on a à travers le hublot. Nous sommes à 400 km de la terre et l’on voit la finitude de la planète. Cette planète est porteuse de vie et lorsqu’on la regarde d’aussi loin, on voit les lumières des villes, la concentration de population, on voit la très fine pellicule d’atmosphère. On se dit que c’est cette fine pellicule qui permet la vie, le développement de ce qui se passe sur la planète. Tout autour c’est le cosmos noir. Un cosmos plutôt hostile ou en tout cas très mystérieux. Souvent quand on est sur Terre, le regard fixé à l’horizon, on va voir ses problèmes locaux, familiaux, c’est parfois difficile de faire abstraction de son intérêt personnel par rapport à cet intérêt général qui est celui de notre humanité et de la planète. Depuis l’Espace, on a cette capacité d’être submergé par la globalité de l’enjeu. Je crois d’ailleurs que c’est l’un des éléments importants de la conquête spatiale : la conscience écologique."

Les jeunes se mobilisent pour une politique climatique plus concrète et plus ambitieuse. Jeudi dernier, ils étaient 30.000 à le scander dans les rues belges. Que pensez-vous de cette mobilisation?

CH : "Souvent on dit : mais quelle planète allons-nous laisser à nos enfants : moi je retourne le propos. Quels enfants allons-nous laisser à notre planète ? Il faut réveiller la conscience, c’est une chose mais il faut aussi avoir les outils pour agir. Cela passe par l’éducation, par les clés que l’on donne pour la compréhension et de ne pas se retrouver démuni face, sans savoir quoi faire et sans savoir porter la voix. Mais c’est bien cette jeune génération soit impliquée dans ces enjeux globaux et de l’intérêt général."

Vous avez vous-même été femme politique. Avez-vous eu les moyens de tenter de rencontrer les défis que vous aviez pu identifier en tant que spationaute?

CH: "Il faut pouvoir agir à court terme, tenter de faire bouger les choses, même si quand on est un politique on est pas sûr d’avoir la longévité suffisante pour faire aboutir les actions sur lesquelles on s’est engagé. Je crois qu’il faut que le politique puisse par ses actes commencer à faire bouger, trouver des solutions quand les choses ne sont pas satisfaisantes. Après, il faut probablement garder cette vue à long terme, même si on sait que dans le court terme on va se heurter à des résistances des difficultés à faire bouger le paysage. Et puis si ce n’est pas soi-même qui faisons évoluer la situation dans le sens qu’on l’aurait souhaité, il faut se dire qu’on a permis des avancées successives. C’est ce que je me suis toujours dis et j’ai essayé de montrer que quand on est ensemble, que l’on met ensemble ses volontés, ses moyens et ses stratégies d’action, on peut réaliser de grandes choses. Le programme spatial européen en est le reflet."

 

Claudie Haigneré était l’invitée d’Eddy Caekelberghs dans "Au bout du jour" sur La Première.

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