Circuler à vélo le long du RER? Infrabel menace un blogueur et le Gracq d'actions en justice

On le sait, le chantier du RER entre Ottignies et Bruxelles est à l'arrêt et des cyclistes ont découvert que les futures voies ferroviaires ont pour l'instant l'apparence du belle route goudronnée de près de 16 km longeant les voies actuelles, dans l'attente de la pose des rails... Ce tronçon du RER serait prêt au plus tôt en 2024, sauf retard supplémentaire.

Un rêve pour des cyclistes quotidiens qui ont commencé à employer cette route. Le Gracq, l'association des cyclistes quotidiens, a relaté l'expérience d'un cycliste dans une vidéo et un article qui montre l'état de cette infrastructure inutilisée pour demander aux autorités publiques et à Infrabel d’aménager ces voiries temporaires afin que l’on puisse y circuler en toute légalité et sécurité. 

Pour sa part, Lionel Dricot, un cycliste blogueur du Brabant wallon, l'a empruntée et il la décrit aussi sur son blog : "Une véritable route goudronnée, lisse, plate, sans aucune côte et sans aucun trafic". Il précise : "Cette route en parfait état ne s’approche jamais à moins de trois mètres des voies de chemin de fer et en est toujours séparée par une bordure et un écran minimal de végétation. Nous l’avons baptisé le VER, Vélo Express Régional".

Poursuites pénales

Seulement voilà, cette promotion d'une piste cyclable qui n'en est pas une ne plaît pas à Infrabel. Son bureau d'avocats, Uyttendaele-Gérard-Kennes, a écrit au blogueur pour lui demander de retirer son post en le menaçant de poursuites pénales.

Les arguments du gestionnaire du réseau ferroviaire sont connus, nous les avons relayés dans notre article sur un autre cycliste qui empruntait cette voie : l'utilisation de ce site est dangereux et il ne faut pas inciter à en faire usage. Infrabel rappelle l'interdiction d'accès au domaine ferroviaire à quiconque ne fait pas partie de l'entreprise, interdiction sanctionnée par un règlement de police, une loi donc, que personne n'est censé ignorer, par des amendes allant jusqu'à 1200 euros et des peines de prison allant jusqu'à 14 jours.

Infrabel n'a pour l'instant pas décidé de lancer d'action mais exige le retrait des articles postés à ce sujet, et ceci tant au blogueur qu'au Gracq.

Pour le blogueur Lionel Dricot, cette demande est "clairement, complètement injustifiée. J'estime que je suis dans mon droit, dit-il. Je suis ouvert au dialogue, j'offre un droit de réponse, comme par exemple ajouter un avertissement ou clarifier le post si nécessaire mais par principe, je refuse de supprimer une information telle que celle-là".

Effet Streisand

Il rappelle aussi qu'avant de rouler le long des voies, sur le chantier à l'arrêt du RER il a pris ses précautions "dont celle de partir à 5h du matin, de rouler un jour de grève générale et de rédiger, avant notre départ, une charte nous engageant à ne pas nous mettre en danger et à faire demi-tour au moindre doute".

Lionel Dricot précise aussi que son billet indique que c'est illégal de rouler à cet endroit et que même s'il était condamné le billet restera en ligne, soulignant que le retrait de post ou de vidéos qui se sont déjà propagées sur les réseaux et dont les médias comme la RTBF se sont fait l'écho est contre-productif, c'est l'effet Streisand. Il conclut : "On n'a fait que mettre en lumière une pratique courante. Le but de notre action était symbolique.​ ​​​​​​"

Il répond donc aux avocats d'Infrabel que le billet "est parfaitement légal, même s’il décrit une action illégale, et précise que rouler à vélo sur le chantier du RER est illégal. À ma connaissance, vous n’avez aucun droit d’exiger le retrait de ce billet". Il qualifie cette demande "d'intimidation et d'atteinte la liberté d'opinion et d'expression".

Aménagements légers

De son côté le Gracq doit encore se concerter sur la réponse à donner au courrier des avocats d'Infrabel et veut apaiser les choses.

Luc Goffinet du Gracq explique que l'association demande des travaux d'aménagement légers et n'incite pas à circuler maintenant sur le chantier : la vidéo insérée sur le site du Gracq ne fait qu'illustrer cette demande.

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