Cinq après, la Côte d'Ivoire n'a toujours pas rendu justice aux victimes

Cinq ans après la crise post-électorale de 2010 et 2011 en Côte d'Ivoire, les victimes n'ont toujours pas obtenu justice, dénonce Human Rights Watch (HRW) dans un communiqué mardi. L'organisation non gouvernementale de défense des droits humains publie mardi un rapport de 62 pages pour appeler le gouvernement ivoirien à renforcer son système judiciaire.

Dans son rapport intitulé "Justice reestablishes balance: delivering credible accountability for serious abuses in Côte d'Ivoire", l'association salue les efforts mis en place par le président Alassane Ouattara. En juin 2011, à la fin du conflit, le président ivoirien avait mis en place un groupe de travail, composé de juges et de procureurs, pour enquêter sur les crimes commis durant le conflit. Depuis la fin de l'année 2014, des ressources financières lui sont accordées et plus de vingt personnes, dont des commandants hauts placés, ont été interpellées. Cependant, HRW insiste sur le fait que "les victimes ne recevront justice que si les auteurs des crimes reçoivent un procès indépendant, impartial et juste".

Pour garantir cette indépendance, le système judiciaire doit encore être amélioré, souligne l'organisation. L'ONG formule cinq recommandations. Tout d'abord, le gouvernement doit garantir clairement son soutien au groupe de travail qui enquête sur les crimes commis. Elle veut également que le gouvernement renforce son appareil législatif pour garantir une indépendance et une impartialité du système judiciaire. Les affaires jugées en Côte d'Ivoire ont souvent un caractère politique, HRW veut donc éviter toute interférence.

Aussi, les juges, avocats, procureurs et témoins doivent absolument être protégés. Ils ne seront ainsi plus soumis à un risque de menace ou de représailles.

Par ailleurs, l'association appelle à la libération des prévenus arrêtés durant ou juste après la crise de 2010-2011, qui ne présentent pas de menaces pour les victimes ou de risques de fuite. Une bonne partie des suspects sont en détention préventive alors que ce régime "doit être l'exception et non la règle", rappelle HRW. Enfin, le président Ouattara doit affirmer qu'aucune personne condamnée pour abus sérieux des droits de l'homme n'aura droit à une grâce présidentielle.

Human Rights Watch conclut son rapport en appelant les partenaires internationaux de la Côte d'Ivoire à l'action. Pour l'ONG, la France, les Etats-Unis et l'Union européenne, en particulier, doivent donner la priorité à l'établissement d'une justice crédible dans leur octroi d'aides politique, technique et financière. HRW pointe également du doigt la Cour pénale internationale (CPI) qui doit entamer des démarches concrètes dans ses enquêtes sur les abus commis par les forces loyales au président Ouattara. Selon l'organisation, la CPI s'est pour l'instant trop centrée sur les agissements de l'entourage de Laurent Gbagbo.

En 2010, Alassane Ouattara avait été élu à la présidence par les Ivoiriens. Laurent Gbagbo, président sortant, n'avait pas accepté les résultats. Un conflit de six mois avait suivi. Plus de 3000 civils ont été tués et plus de 150 femmes violées pour, dans la majorité des cas, des motifs politiques, religieux ou ethniques, indique HRW.

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