Cinq ans après les attentats de Bruxelles : "Le danger est de croire que cela n'arrivera plus"

Il y a cinq ans jour pour jour, des attentats terroristes frappaient Bruxelles, l’aéroport de Zaventem tout d’abord, une rame de métro de la STIB à Maelbeek ensuite. Interrogé sur La Première, le criminologue Michael Dantine (ULiège) rappelle qu’au moment où il apprend qu’il y a eu un attentat à l’aéroport, il craint des "attentats coordonnés : ce n’est pas de la prémonition. Il y a eu Paris en novembre de l’année précédente", et on sait qu’il y a un risque de nouvel attentat dans les lieux proches, "parce que cela va permettre aux terroristes de faire retentir encore plus douloureusement leur action. Une fois qu’ils se découvrent et qu’ils passent à l’acte, ils savent qu’ils n’ont plus rien à perdre et ils vont mettre toutes leurs chances en œuvre. C’est un risque assez classique".

Mais le souvenir qu’il conserve de cette journée du 22 mars 2016, "c’est quelque chose d’un peu irréel. On avait beau s’y attendre, je crois qu’on voulait tous penser que cela n’arriverait jamais en Belgique. Même si on savait qu’il y avait une connexion belge, une espèce de mécanisme mental faisait en sorte qu’on pensait que cela n’allait pas arriver. C’est irréel et glaçant. On parle d’orphelines et d’orphelins, de veuves et de veufs, de gens mutilés à vie physiquement et psychologiquement. C’est quelque chose de terrible. Je pense qu’il ne faut jamais oublier".

Fallait-il fermer le métro plus tôt ?

Michaël Dantine ajoute : "Si on avait fermé le métro et empêché l’accès à la station Maelbeek, rien ne nous dit que ces individus n’auraient pas fait exploser leurs bombes sur le trottoir, là où les gens étaient regroupés, ou dans un autre endroit. C’est le problème du terrorisme : lorsqu’on est face à des gens déterminés, leur préparation est relativement rudimentaire sur le passage à l’acte. Les attentats à Bruxelles sont vraisemblablement la suite de l’arrestation de Salah Abdeslam, qui bouleverse un peu leurs plans. Je pense que rien ne les aurait empêchés de commettre leur attentat ailleurs".

Le spécialiste du terrorisme pense qu’aujourd’hui la Belgique est mieux préparée qu’à l’époque : "Je pense qu’on doit encore progresser, on est encore enlisé dans un certain nombre de problèmes, notamment de ressources humaines. Il n’y a pas assez de monde dans un service comme la Sureté de l’Etat, ou même la division antiterroriste de la police judiciaire fédérale. Actuellement les deux grands dangers sont de croire que c’est arrivé une fois et que cela n’arrivera plus, et aussi de croire que puisque l’Etat islamique est en déliquescence la menace n’existe plus. C’est faux : sans verser dans la psychose il faut rester vigilant".

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