Cimetières: un patrimoine sous-estimé?

Le cimetière de la Diguette à Angleur (Liège)
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Le cimetière de la Diguette à Angleur (Liège) - © Copyright RTBF

Pour beaucoup, la Toussaint est le seul moment de l’année où l’on visite les cimetières. Une tradition chrétienne qui va souvent de pair avec le dépôt d’une gerbe de fleurs et un état des lieux du patrimoine funéraire. Ce patrimoine, tantôt ordinaire, tantôt remarquable ne fait pas toujours l’objet du même traitement selon la région ou la commune où il se trouve. Le journaliste Thierry Luthers et le photographe Jacques Duchateau sillonnent les cimetières du royaume depuis plusieurs années. Tous deux ont d’ailleurs publié plusieurs ouvrages. Ils nous ont guidés le temps d’une journée.

Le cimetière de la Diguette : temple de la famille Nagelmackers

Situé à Angleur, une ancienne commune du bassin liégeois, le cimetière de la Diguette est encerclé de maisons ouvrières et d’anciennes usines. Sous les conifères décharnés, les concessions à perpétuité se confondent avec la nature sauvage qui les entoure.

Au centre de l’enclos : un caveau monolithique flanqué d’un médaillon à l’effigie de Gérard Nagelmackers, patron de la banque du même nom.

"Les Nagelmackers sont des banquiers dont l’affaire démarre à Liège mais le célèbre patronyme dépasse les frontières nationales puisque le petit-fils de Gérard, Georges Nagelmackers entre dans l’histoire en créant la compagnie des wagons-lits, puis les trains de luxe parmi lesquels le célèbre Orient-Express", rappelle Thierry Luthers, auteur de plusieurs guides baptisés "Derniers domiciles connus".

Une urgence patrimoniale

La Diguette abrite aussi la tombe de l’imprimeur Léon de Thier, fondateur et directeur du journal La Meuse, ainsi que plusieurs sépultures de notables et d’ouvriers de l’usine de la Vieille Montagne, une ancienne fonderie de zinc : "Ce cimetière témoigne de l’histoire socio-économique de la région", explique Thierry Luthers.

"Il y a une véritable urgence patrimoniale… C’est l’un des plus beaux cimetières de Wallonie", reconnaît Xavier Deflorenne, le coordinateur régional du patrimoine funéraire au Service public de Wallonie.

D’après le "monsieur cimetière" de la Région wallonne, la Ville de Liège intervient ponctuellement pour sécuriser les lieux mais ce n’est pas suffisant : "Depuis 2009, la région impose aux communes de rendre une liste de sépultures d’importance historique locale qu’elles doivent entretenir. La ville de Liège, pour ce site n’a pas rendu de liste", conclut Xavier Deflorenne.

Du côté de la ville de Liège, un réaménagement serait conditionné à l'octroi d'un permis d'urbanisme pour un bâtiment qui jouxte le cimetière. Mais ni le programme des travaux, ni le timing ne sont formellement fixés à ce stade.

Laeken, le "Père Lachaise" de Bruxelles

A l’ombre de l’église paroissiale, le cimetière de Laeken est le plus ancien cimetière bruxellois toujours en activité. Souvent comparé au cimetière parisien du Père Lachaise pour la richesse de son patrimoine, il héberge aussi la crypte royale. Le cimetière a fait l’objet d’une importante restauration achevée il y a un peu plus de deux ans.

Devant les grilles, le photographe et journaliste Jacques Duchateau nous attend. Appareil photo en bandoulière, il attire notre regard vers l’ancien atelier d’Ernest Salu et de ses descendants, les sculpteurs attitrés du cimetière de Laeken. Et par le plus grand des hasards, il se retrouve nez à nez avec l’arrière-petite-fille de l’artiste : "Je suis une petite fille Salu…", confie modestement cette petite femme aux cheveux blancs. Munie d’une brosse à récurer et d’un imperméable, sous le regard du buste de son aïeul, Gisèle prend soin du caveau de famille : "J’ai grandi dans ce cimetière et je trouve qu’il faut continuer à l’entretenir… C’est quand même quelque chose !", sourit-elle.

Un musée à ciel ouvert

Ernest Salu et ses fils ont signé la plupart des œuvres du cimetière de Laeken. De très nombreuses pleureuses en bronze ornent les allées, mais on découvre aussi une sculpture très mélancolique d’un enfant couché sur le marbre, un cartable à la main : "C’est l’une des statues les plus émouvantes selon moi. Elle représente un petit garçon décédé au début du 20e siècle, renversé par camion sur le chemin de l’école…", raconte Jacques Duchateau.

Aux portes de l’ancienne entrée principale, une épreuve du penseur de Rodin trône sur la tombe du critique d’art Jeff Dillens. Au centre du vieux cimetière, la tombe de Joseph Poelaert, l’architecte du Palais de Justice de Bruxelles, du Théâtre de la Monnaie ou de la colonne du Congrès, voisine la chapelle mortuaire d’Emile Bockstael, l’ancien bourgmestre de Laeken. C’est aussi lui qui imaginât vers 1870 de créer les fameuses galeries souterraines, permettant d’augmenter la capacité du cimetière.

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