Chutes d'avions : selon Ecolo, les réacteurs belges ne répondent plus aux normes légales

Chutes d’avions : selon Ecolo, les réacteurs belges ne répondent plus aux normes légales
Chutes d’avions : selon Ecolo, les réacteurs belges ne répondent plus aux normes légales - © Tous droits réservés

C’était le 11 mai dernier lors d’une séance parlementaire réalisée en visioconférence pour cause de crise de coronavirus. Pieter de Crem, le ministre de la sécurité et de l’Intérieur répond aux questions de Samuel Cogolati, le parlementaire Ecolo, à propos de nouvelles normes Wenra désormais en vigueur pour la sécurité des centrales nucléaires en Belgique depuis la publication d’un arrêté royal en février dernier.

Qu’impliquent ces nouvelles normes ? La réponse du ministre est très claire : "Aujourd’hui, il est explicitement demandé de prendre comme événement initiateur les chutes d’avions militaires et commerciaux représentatifs".

La phrase, en apparence anodine, implique pour Engie-Electrabel de prendre en compte les gros avions cargo au départ et à l’arrivée de l’aéroport de Bierset. Il s’agit de Boeing 747 pour la plupart d’entre eux. Ils passent régulièrement au-dessus de la centrale de Tihange puisqu’elle se situe à 16 kilomètres à peine de l’aéroport et se trouve en ligne droite avec sa piste d’atterrissage.

Depuis des années, Ecolo souligne le manque de capacité de résistance de la centrale nucléaire de Tihange contre les chutes d’avions cargo. Les différents ministres de l’Intérieur qui se sont succédé ont toujours refusé de donner les détails spécifiques (types d’avion, quels poids, vitesse d’impact, réservoir de kérosène au maximum de sa capacité, impact mécanique et angle d’impact). Et lors de la séance parlementaire du 11 mai, le ministre Pieter de Crem n’a pas dit autre chose : "Depuis de nombreuses années, en particulier suite aux attentats terroristes de 2016, les paramètres d’entrée (types d’avion, vitesse, inclinaison, quantité de carburant) sont considérés comme confidentiels."

L’AFCN affirmait encore en 2019 que Tihange, Doel 1 et 2 ne résistent qu’à des chutes d’avions légers type Cessna

En fait, il s’agit d’un secret de polichinelle si nous lisons l’historique des rapports de l’AFCN (Agence fédérale de contrôle nucléaire), le gendarme du nucléaire. Dès 2012, l’AFCN admettait qu’il n’était "pas possible de réaliser dans les centrales des améliorations techniques qui garantissent une résistance totale contre des attaques terroristes du type dont a fait l’objet le World Trade Center  et que "les chutes d’avions terroristes font partie d’un certain risque résiduel".

Lors des stress tests du 12 février 2019., l’AFCN reconnaît que :"Tihange 1 et Doel 1 et 2 peuvent résister aux chutes d’avions légers et d’affaires. […] Tihange 2 et 3, et Doel 3 et 4 peuvent résister à la chute d’un avion de ligne civil standard."

Que signifient avions légers et d’affaire ? Si nous lisons la littérature aéronautique, il s’agirait d’un modèle d’avion Cessna. Quant à l’avion de ligne civil standard, c’est l’équivalent d’un Boeing 767.

Pas de Boeing 747 de type gros porteurs comme il en atterrit à Bierset très souvent. D’ailleurs, en ce qui concerne les avions de type gros-porteur, la réponse de l’AFCN fait froid dans le dos : "Pour les trois plus anciennes centrales, l’enceinte extérieure des bâtiments, les réacteurs ne résisteraient pas à la chute d’un avion, de type gros-porteur."

Sur les conséquences d’un tel crash, le directeur général de l’AFCN ne parvient pas non plus à rassurer : "Les réacteurs de Doel 1 et 2 et de Tihange 1 peuvent uniquement résister à la chute de petits avions. L’impact de la chute d’un grand avion provoquera de toute façon des dégâts au bâtiment. Ces dégâts ne seront pas nécessairement catastrophiques, mais les conséquences d’un incendie de kérosène peuvent néanmoins être dangereuses. "

Un rapport d’analyse réalisé par Engie entre les mains de l’AFCN

Nous avons contacté l’AFCN. Sa directrice de communication Lut Vande Velde nous confirme : "L’exploitant Engie devra dorénavant démontrer que les systèmes de protection et de secours qui sont en place permettent effectivement d’assurer la sûreté des réacteurs nucléaires en cas de chutes d’avion. On a également demandé à l’exploitant, dans ses calculs, de tenir compte des avions cargo au départ et à l’arrivée de Bierset."

Mais elle se veut rassurante quant aux travaux de renforcement réalisés à la suite des stress tests et elle affirme que la plupart des réacteurs nucléaires répondent, selon elle, aux exigences pour pouvoir assurer qu’aucune fuite radiologique ne puisse se produire en cas de chutes d’avion.

Il n’empêche, l’AFCN a demandé à l’exploitant de lui fournir une analyse de risque de démontrer comment et quels travaux devront être faits pour se conformer aux nouvelles normes. Ces calculs d’Engie dont actuellement sous la loupe de l’AFCN.

De son côté, le parlementaire Ecolo Samuel Cogolati ne désarme pas : "Si vous allez au contrôle sécurité avec votre voiture et qu’elle est recalée, c’est la même chose avec nos centrales nucléaires qui ne respectent plus les normes de sûreté nucléaires."

Il demande, comme c’est le cas des Palais royaux, une interdiction de survol des sites nucléaires de Doel et Tihange.