Chronique santé: les dents de sagesse

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On voit de plus en plus souvent des adolescents se faire opérer d'extraction des dents de sagesse. Pourquoi ? Est-ce une mode… ou une épidémie ?

La question fait polémique dans le monde de la dentisterie, où on dénonce parfois la légèreté avec laquelle on extrait ces dents « à titre préventif », avant d'avoir le moindre symptôme. Et encore, on retire souvent les 4 à la fois, or elles ne posent pas nécessairement toutes un problème !
D'après les statistiques, ces dents ne font réellement problème que chez 12% des gens. C'est une fréquence proche de celle des appendicites et des inflammations de la vésicule biliaire. Pourtant, personne ne considère que les appendices et les vésicules doivent être systématiquement retirés « au cas où » ! D'autres chiffres semblent dire que, quand les dents sont incluses (= qu'elles restent à l'intérieur de l'os de la mâchoire), elles ne se manifestent pas du tout dans 90% des cas.

L'argument le plus souvent rencontré pour extraire les dents est le manque de place sur l'arcade dentaire. Ce à quoi d'autres répondent que les dents de sagesse inférieures ne sont pas capables de provoquer « l'encombrement incisivo-canin » tant redouté par les orthodontistes parce qu'elles sont enracinées dans un os spongieux, sans point d'appui, alors que les autres dents sont plantées plus solidement. Les dents de sagesse ne peuvent donc pas accumuler suffisamment de force pour déplacer toutes les autres dents de l'arcade.

Les dents de sagesse sont nos troisièmes molaires, et leur rôle est identique à celui des autres molaires, c'est-à-dire mastiquer nos aliments. Donc, avec seulement 4 x 2 molaires, notre mastication n'est pas en danger. Par contre, si on a déjà perdu des dents, suite à des caries ou autres problèmes, c'est plus ennuyeux de ne plus avoir celles-là. D'autant plus qu'on peut, par exemple, y arrimer un bridge. Elles peuvent aussi servir de dents de rechange - un auto-implant en quelque sorte dont on peut aller chercher le germe pour combler un vide, notamment au niveau de la première molaire, la dent la plus fréquemment perdue pour cause de carie précoce.

Est-il vrai que nous avons une mâchoire de plus en plus petite ? Il semble en effet que de plus en plus de personnes présentent un manque de place surtout à la mâchoire inférieure. Ce problème semble s'être accru depuis quelques centaines d'années, peut-être en lien avec une mastication moins active liée aux changements de nos habitudes alimentaires (qui culmine évidemment avec la nourriture molle de nos ados d'aujourd'hui, mais cela fait des siècles que nous ne mangeons plus comme les hommes préhistoriques).
On a aussi évoqué la diminution de l'allaitement maternel qui est un bon stimulant de la croissance des mâchoires. Et plus récemment encore, la consommation de fluor, qui aurait entraîné un volume dentaire plus important et donc un risque accru d'encombrement sur l'arcade. Mais nous avons des dents de sagesse depuis 35 millions d'années et nous allons certainement continuer à en avoir pendant très longtemps. Il y aura donc encore beaucoup de travail pour les dentistes !

 

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