Christiania "commune libre de Copenhague" se bat pour sa survie

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Tassant un peu de hasch dans une feuille à rouler, Trygve, 14 ans, regard d'écolier sage, se dit heureux de pouvoir fumer un joint en toute liberté à Christiania, un squat géant à Copenhague, dernier repaire de marginaux et du "peace and love" d'Europe

Assis à ses côtés à une table en plein air, ses copains Morten et Christian, la quinzaine, savourent eux aussi, après l'école, "cet oasis tranquille où tout est permis". La drogue est interdite par la loi. "Mais on peut se la procurer à n'importe quelle heure", assure Trygve, même si le marché du cannabis à Pusher Street, la rue la plus connue de l'enclave, a été démantelé par la police.Ancienne caserne abandonnée, Christiania, baptisée la "ville libre", connaît une vie mouvementée, depuis sa création par quelques hippies le 26 septembre 1971.Dans la ligne de mire du gouvernement de centre-droit dès son arrivée au pouvoir en 2001, Christiania a vécu depuis au rythme des descentes de police régulières, provoquant des confrontations violentes et des règlements de comptes parfois sanglants entre les dealers.   En mars 2004, la police détruisait l'un des ses symboles: Pusher Street, la rue des revendeurs de drogue douce, dont le marché était estimé à l'époque par les policiers à environ un milliard de couronnes (134 millions d'euros) par an, aux mains des bandes de motards.Face à la détermination de son millier d'habitants, la police a du mal à faire bannir la drogue. "Nous n'avons pas les ressources nécessaires pour être présents à Christiania", reconnaît Flemming Steen Munch, porte-parole de la police de Copenhague."Nous sommes obligés d'accepter une vente de cannabis à un niveau raisonnable" dit-il, comme un aveu d'impuissance, car chaque apparition en force de la police déclenche des scènes d'émeutes. A "Cafe Oasen" ou "Woodstock", aux murs recouverts de graffitis et de peintures naïves et psychédéliques, les habitués, bière à la main, évoquent dans une atmosphère enfumée de cannabis le procès actuel de Christiania contre l'Etat danois qui veut y remettre de l'ordre, y construire des logements et l'ouvrir aux citoyens de l'extérieur."On veut nous faire rentrer dans le rang. Mais on se battra", affirme Ole, qui habite cette communauté alternative où se côtoient pêle-mêle hippies, punks, écolos, délinquants, jeunes et vieux sur 32 hectares dans un décor anarchique, au bord des anciens remparts de Copenhague.Dans sa galerie, Jane Olschansky, épouse du peintre Leonard, un des fondateurs de la "commune libre", pense que "Christiania a perdu un peu de son âme avec le temps, d'idéalisme, de solidarité". Mais elle "défend bec et ongles ce royaume libertaire", rejetant la "normalisation" que veulent lui imposer les pouvoirs publics, synonyme, selon elle du "début de la fin" de cette expérience "unique".Anita Conte, une étudiante des environs, croit encore en "l'idéal de Christinia de vivre autrement", en cette "expérience unique" qui a "exporté ses idées au reste de la société, comme « sa révolution verte » reprise aujourd'hui à son compte par le Premier ministre lui-même".37 ans après sa fondation, elle attire toujours. La "commune libre" avec son drapeau rouge et ses 3 points jaunes, est la troisième attraction de Copenhague. Mais Christiania survivra-t-elle aux efforts du gouvernement de faire rentrer dans le rang cette enclave "hors la loi"?   Beaucoup en doutent...

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