Child Focus va signaler un compte Instagram belge qui appelle à dénoncer les comptes pédopornographiques

Le compte a été lancé début mai, par trois femmes.
Le compte a été lancé début mai, par trois femmes. - © INSTAGRAM

Child Focus va entrer en contact avec les administrateurs d’un compte Instagram, avant de signaler celui-ci à la Police fédérale. Ce compte, lancé le 1er mai en plein confinement et totalisant un peu plus de 1000 abonnés vise un objectif : "afficher" et dénoncer les comptes Insta pédopornographiques.

"Nous signalons les comptes ensemble" est le mot d’ordre de cette initiative. Celle-ci a déjà épinglé près de 40 comptes. "Nous les trouvons. Aidez-nous à faire prendre conscience", ajoute par ailleurs cette page, que la RTBF a choisi de ne pas citer.

Ne traquez pas les prédateurs vous-mêmes. Signalez les profils

Le compte avertit en anglais : "Ne nous taguez pas et ne traquez pas les prédateurs vous-mêmes. Signalez les profils, nous partageons et aidez nous à les faire supprimer". Pour cela, le compte renvoie vers le site de Child Focus, la Fondation belge pour enfants disparus et sexuellement exploités. Ce qui peut laisser sous-entendre que l’organisme reconnaît la démarche.

Problème : "Child Focus ignore totalement l’existence de ce compte Instagram", répond à la RTBF Miguel Torres Garcia, directeur opérationnel de l’institution. "Nous sommes d’ailleurs étonnés que ce compte renvoie vers Child Focus sans avoir pris contact au préalable avec nous."

Un compte lui-même en infraction ?

Ce n’est pas le seul souci potentiel. "Cette démarche part certainement d’une excellente intention", enchaîne le directeur opérationnel. "Mais pour avoir jeté un œil à ce compte, on y trouve un peu de tout, dont des photos de nus qui n’ont rien à voir avec de la pédopornographie. A côté, on y retrouve des photos explicites. Les publier ainsi, c’est également commettre un délit pénal. Il ne faudrait pas que ce compte devienne une bibliothèque pour pédophiles."

Pour Miguel Torres Garcia, la démarche qui consiste à dénoncer publiquement des internautes pédophiles est courante dans les pays anglo-saxons ou en même chez nos voisins français, "beaucoup moins en Belgique".

Nous n’avons pas d’autre choix que de le signaler à la Police fédérale

Child Focus apporte également un autre éclairage. "Des chevaliers blancs, il en existe pas mal. Il y en a qui font cela pour la bonne cause. Et puis il y a ceux qui agissent pour se donner bonne conscience, comme système de défense." Comprenez : des pédopornographes dans une posture de chevaliers blancs. Une couverture voire un gage de probité en cas d’éventuelles poursuites pénales.

En tout cas, Child Focus indique : "Nous allons contacter les administrateurs de ce compte, voir quelles sont leurs intentions et pourquoi ils ont associé Child Focus à leur démarche sans nous en parler au préalable. Si pas de réponse, nous serons dans l’obligation de signaler à notre tour ce compte à Instagram en vue de sa suppression. Nous n’avons pas d’autres choix. Par ailleurs, notre partenaire étant la Police fédérale, nous sommes tenus de lui faire part de l’existence de compte".

Des comptes très malsains, avec une facilité de recherche inconcevable

La RTBF est entrée en contact, via Instagram, avec l’un des administratrices du compte, trois femmes âgées entre 21 et 24 ans, étudiantes ou employées. "L’une d’entre nous a commencé à tomber sur un compte Instagram très malsain avec des photos pédopornographiques, puis un deuxième, un troisième… jusqu’à en trouver tout un tas, avec une facilité de recherche inconcevable. Quelques clics suffisent. Elle en a parlé à une amie qui avait plus de visibilité sur son compte Instagram grâce à ses abonnés. C’est là que se rajoute la troisième personne, qui a son tour est tombée sur de plus en plus de profils clairement glauques."

Ensemble, elles créent une page, qui va vite prendre de l’ampleur : plusieurs centaines d’abonnés en quelques jours. "Le but de notre compte est donc de signaler la totalité des comptes que nous trouvons à Instagram (pour qu’ils soient supprimés), et un maximum de comptes à Child Focus pour qu’il y ait un suivi et une vraie recherche effectuée sur les personnes qui se trouvent derrière ces comptes."

La politique de censure d’Instagram, appartenant au géant Facebook, surprend les administratrices du compte. "Mais ce qui nous révolte le plus, c’est que Instagram supprimera une photo ou l’on voit un téton dans les 5 minutes, alors que du contenu pédopornographique se trouve là depuis des mois, voire des années, sans que personne ne le remarque."

Nous aimerions rentrer en contact avec Child Focus

Elles admettent : il n’y a pas eu de contact préalable avec Child Focus. "Mais nous aimerions rentrer en contact avec eux pour essayer de faire plus que juste signaler ces comptes." Notre interlocutrice ajoute : "Nous avons toutes un petit frère, une petite sœur, une cousine ou un cousin qui pourrait être sur ces photos maintenant ou dans le futur, ça pousse à la réflexion".

"Nous savons très bien que ce que nous avons entrepris ne supprimera pas la pédophilie sur Instagram, et encore moins le partage de contenu pédopornographique sur les réseaux sociaux", avance l'une des gestionnaires du compte. "Mais tout ceci ne doit pas être ignoré. Et ne pensez surtout pas que ça n’arrive qu’aux autres: un de nos followers s’est reconnu sur une publication d’une page à contenu pédopornographique. Il y a trouvé plusieurs photos de lui à l’âge de 10 ans. Il a aujourd’hui dans la vingtaine."

Enfin, les administratrices expliquent avoir décidé de lancer une pétition pour mettre un terme à la circulation de contenus pédopornographies sur les réseaux sociaux et notamment Instagram.

Rappelons que lors du confinement du pays suite à l’épidémie de coronavirus, les signalements relatifs à des cas d’enfants maltraités ont doublé voire triplé chez Child Focus.

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