Child Focus, la campagne-choc qui laisse perplexe

Child Focus, la campagne-choc qui laisse perplexe
Child Focus, la campagne-choc qui laisse perplexe - © Tous droits réservés

Child Focus voulait créer un électrochoc, c’est réussi ! Sa dernière campagne ne laisse pas indifférent. Il s’agit d’une vidéo de type pornographique montrant un homme qui abuse d’une femme à qui il a donné une poupée auparavant. Pour Child Focus, c’est une manière de symboliser l’abus sexuel d’une fillette de 8 ans, le but étant de pousser le public à dénoncer les images de types pédopornographiques qui circulent sur internet. Il faut savoir que 19 millions d’images de ce genre sont échangées chaque jour dans le monde. Avec une tendance qui inquiète Child Focus et sa directrice Heidi De Pauw pour deux raisons : "l’âge moyen des enfants abusés est en baisse, les victimes sont de plus en plus jeunes, on trouve de nombreuses images concernant des enfants de 3 à 4 ans. Et d’autre part, le niveau de violence des images augmente."

Vidéo choquante mais avec quelle efficacité ?

Cette campagne atteint-elle son objectif ? S’il s’agissait de sensibiliser le public et de provoquer une condamnation des abus sexuels, c’est évidemment gagné, la scène est insupportable, sans même imaginer qu’il puisse s’agir d’un enfant dans le rôle de la victime. Mais Child Focus voulait aussi encourager les internautes à dénoncer les images pédopornographiques croisées sur le Net, parfois par hasard, et là il y a débat. Professeure de communication à l’IHECS, l’Institut des Hautes Etudes en Communication Sociale, Elise Moing-Maas doute de l’efficacité de la campagne : "J’ai plusieurs soucis. D’abord, la vidéo est difficile à regarder, or il faut aller jusqu’au bout et supporter une scène particulièrement glauque pour comprendre qu’il s’agit d’une campagne de Child Focus. Je ne suis pas sûre que la majorité du public ira jusque-là. Deuxièmement, le public visé par la campagne n’est pas identifié. S’adresse-t-on aux parents pour les mettre en garde contre les dangers qui guettent leurs enfants ? Aux amateurs de porno qui pourraient tomber par accident sur des images pédophiles ? En communication, on estime qu'un message doit viser une cible pour avoir une chance de l’atteindre, ici ce n’est pas clair."

"Et puis surtout, que faire après avoir vu la vidéo ?, ajoute la professeure. Les gens en ressortent choqués mais avec quel effet, si ce n’est le dégoût ? Seront-ils enclins à agir, j’ai un bémol, le "call to action", l’appel à passer à l’acte n’est pas évident. Bref, je crains qu’on ait voulu faire le buzz, mais que l’émoi provoqué ne ramène pas d’adhésion supplémentaire à Child Focus. On pourrait même craindre que cela accentue la banalisation de la pornographie." Un bilan mitigé donc pour cette campagne de Child Focus mais on lui reconnaîtra le mérite d'avoir rappelé que c’était la Journée européenne pour la protection des enfants contre les abus sexuels. En 2018, l’association a reçu plus de 1700 signalements et sur ce nombre près de 500 étaient bien des images d’abus sexuels sur enfants.

La Semaine Viva- Inside : la campagne Child Focus dans le JT

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