Chez nous, 5 jeunes radicalisés sont actuellement placés en IPPJ

Le Danemark est particulièrement sur la brèche pour contrer le départ des jeunes vers la Syrie. Un jeune Danois de 15 ans a été placé de manière préventive en institution. Il était soupçonné de vouloir partir combattre dans les rangs du groupe Etat Islamique en Syrie. Les autorités, mises au courant de son projet et sur la base de ces soupçons, ont privé le jeune homme de sa liberté.

Chez nous, de tels placements existent également. Cinq jeunes sont pour l'instant placés en IPPJ. Deux d'entre eux le sont depuis l'été de l'année dernière. Les autres cas sont plus récents. Mais tous ont été placés par le juge de la jeunesse sur la base de leur radicalisation et d'un projet de départ vers la Syrie pour combattre dans les rangs du groupe terroriste Etat Islamique.

Le fait de vouloir partir est déjà sanctionnable en soi

Selon la dernière loi anti-terroriste, il n'est pas nécessaire d'avoir commis un fait répréhensible. Bien sûr, on ne peut sanctionner les personnes soupçonnées de radicalisation mais est considéré comme une infraction le fait de, par exemple, avoir l'intention de se ranger sous la bannière de l'Etat Islamique. C'est ce que nous confirme le juge de la jeunesse qui préside l'Union francophone des magistrats de la jeunesse (U.F.M.J.), Pierre-André Hallet : "On peut considérer, si effectivement un jeune révèle clairement son intention de combattre aux côtés de la partie telle que celui-là en Syrie, que c’est constitutif d’une participation à un acte terroriste. C’est donc une infraction au code pénal qui peut justifier que des mesures soient prises à l’égard de ce jeune. Ce jeune pourrait donc faire l’objet d’une mesure de placement".

Quant à savoir si c’est une bonne solution, il répond : "C’est une solution extrême comme d’ailleurs tous placements en IPPJ en section fermée, c’est la dernière solution. Cela peut être une bonne solution. Je ne dis pas que c’est la seule. Lorsque, effectivement, il faut prendre une mesure en urgence. Si les préparatifs sont à ce point avancés, que le jeune va quitter la Belgique pour se rendre en Syrie, ça peut être, à court terme, une solution qui peut être efficace. Mais cela nécessite surtout un travail de fond avec le jeune".

Dispose-t-on de l'infrastructure et des compétences nécessaires en Belgique francophone ?

Tout d'abord, on le sait les IPPJ sont limitées en nombre de place : 102 places en régime fermé dont 5, on le sait aujourd'hui, occupées par des jeunes radicalisés. Leur nombre risque effectivement d'augmenter. Et quand on sait que parfois l'on cherche désespérément et en vain à placer un jeune ça risque peut-être de coincer à un certain moment.

Ensuite, cette problématique est neuve et les travailleurs de terrain ne disposent pas nécessairement de tous les outils ad hoc. Le ministre en charge de l'Aide à la jeunesse, Rachid Madrane (PS), a lancé un plan de prévention contre le radicalisme pour la Fédération Wallonie-Bruxelles. Il prévoit des formations qui justement vont démarrer ce mois-ci : "Les formations portent sur trois niveaux. Le premier niveau, c'est une formation générale sur la culture et la religion musulmane, il est important que les travailleurs de première ligne, qui sont en contact avec ces jeunes, puissent comprendre un peu cette culture et cette religion; le deuxième niveau, c'est une formation sur le processus de radicalisation, comment est-ce qu'on détecte jeune qui est passé dans la radicalisation, comment est-ce qu'on peut mieux comprendre les méthodes et tous les arguments qui sont déployés par les recruteurs. Et puis aussi, comment est-ce qu'on maintient le dialogue ?; Le troisième niveau de l'offre c'est comment est-ce qu'on prend en charge ceux qui reviennent de terrain de guerre. Je rassure, nous ne comptons pas, pour le moment, ce genre de personne en IPPJ. Mais donc, c'est une formation de prise en charge post-traumatique et sur la déconstruction de tous les discours radicaux", précise Rachid Madrane.

Et pour ceux qui s'inquiètent d'un certain prosélytisme, le ministre rétorque qu'une IPPJ n'est pas une prison. Toutes les activités sont encadrées; on compte d'ailleurs 16 éducateurs par section, c'est à dire au maximum 10 jeunes. Hors activité les jeunes sont dans leur chambre et là, ils sont seuls.

Précisons que d'autres dispositifs existent hors IPPJ comme des services d'accompagnement.

 

C.B. avec R. Sadani

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