Charleroi: la provocation pour forcer une réaction

Une action d'un riverain excédé
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Une action d'un riverain excédé - © RTBF

De toute évidence, un riverain en a plus qu'assez des nids-de-poule qui défigurent l'asphalte dans les avenue Elisabeth à Mont-sur-Marchienne et avenue de la Paix à Marcinelle. Pour attirer l'attention des automobilistes qui risqueraient d'y laisser un pneu ou un amortisseur mais aussi et sans doute surtout des autorités qui n'interviennent pas, il s'est armé d'une bombe de peinture et a dessiné des pénis, peu esthétiques, autour des trous béants.

Nous vous parlions de ce phénomène, apparu il y a quelques jours dans la petite ville de Bury, en Grande-Bretagne. La méthode gagne donc la région de Charleroi. Juste à la frontière des communes de Mont-sur-Marchienne et Marcinelle, dans le quartier encore très neuf qui jouxte la Villette, 7 nids-de-poules, il est vrai assez larges et profonds, ont ainsi été "décorés".

Un situation qui dure depuis trop longtemps

Les ornements sont encore frais. "Hier soir, il n'y avait encore rien, nous explique une riveraine, mais en tout cas, si cela peut faire bouger les choses tant mieux! Je ne sais pas depuis combien de temps la rue est dans cet état, mais ça fait un bout de temps!"

A Bury, en Grande-Bretagne, cela a fonctionné. Les autorités se sont dites agacées par le procédé. Elles n'est sont pas moins intervenues de manière systématique pour effacer les vilains graffitis et reboucher les nids-de-poule ainsi signalés.

A Charleroi, le message est également très clairement adressé aux autorités. Dans l'avenue Elisabeth, une rue de la commune de Mont-sur-Marchienne, la commune où réside l'actuel bourgmestre de Charleroi, Paul Magnette, on peut lire l'inscription "PAUL M" sous un gigantesque pénis. A moins qu'il ne s'agisse d'une signature, mais on peut en douter, la coïncidence est trop grande.

"Ce n'est pas celui qui crie le plus fort qui aura la priorité"

C'est ce que nous a répondu Eric Goffart, l'échevin CDH en charge des travaux à la ville de Charleroi. "Charleroi, ce sont 2500 rues, 660 kilomètres de voieries communales. Au gré de l'hiver, des nids-de-poules apparaissent effectivement sur le réseau. Chaque situation est examinée avec les acteurs publics qui oeuvrent quotidiennement sur ce réseau : police, pompiers, services de secours, TEC... C'est ainsi que sont définies les priorités d'intervention". Suivant ce protocole, l'échevin précise donc que les prochaines interventions prioritaires concernent les rues qui permettent d'accéder en toute sécurité et efficacement aux hôpital Saint-Joseph à Gilly et Clinique Notre-Dame de Grâce, à Gosselies.

Il n'est pas possible d'anticiper les dégradations ponctuelles de voieries. L'attribution des travaux de voieries étant soumis aux règles des marchés publics, Charleroi a procédé à ce qu'on appelle un "marché stock". En d'autres mots, une enveloppe, attribuée selon les règles du marché public, à un entrepreneur qui intervient à la demande de la Ville là où survient une dégradation ponctuelle. Une manière souple, explique l'échevin, d'intervenir là où s'est nécessaire. Outre un montant d'un million d'euros octroyé par le ministre régional de la Ville et des Pouvoirs Locaux, Paul Furlan, Charleroi consacre un budget de 4 millions en 4 ans aux travaux de réfection des voieries communales.

Eric Goffart s'étonne donc et s'amuse un peu aussi de ces pénis apparus dans des rues dont il a charge. Mais il trouve le procédé moins poétique et originale que cette initiative des habitants d'une place à Ransart qui, pour attirer son attention, avaient planté des bégonias dans les nids-de-poules qui défiguraient leur voisinage. Mais il le répète également, l'action de ce mécontent ne le fera pas intervenir plus vite que ce qui est prévu, la situation des avenues Elisabeth et de la Paix étant connue, mais jugée moins urgente que d'autres. "Ce n'est pas celui qui crie le plus fort qui obtient nécessairement gain de cause"

Les "zizis" suscitent sourires, curiosité, agacement

Toujours est-il que les "zizis sur la route", expression sortie de la bouche d'un bambin qui attendait sagement sur le trottoir que son paternel, hilare, aie fini d'immortaliser les dessins, les "zizis", donc, provoquent des réactions diverses.

Si beaucoup de passant s'en amusent, une dame qui habite le quartier trouve cela navrant, vulgaire, sans finesse..., certaine, dit-elle, qu'il y a d'autres moyens pour attirer l'attention.

Mais la plus inquiétante des réactions, peut-être, ce sont les automobilistes qui freinent - le but recherché, sans doute, et donc atteint - mais surtout trainent en essayant de décoder ce que sont ces mystérieux dessins sur la route. L'objectif du taggeur est d'attirer l'attention sur ces trous dangereux. Mais il ne faudrait pas non plus faire pire que mieux, en terme de dangerosité.

A Marcinelle, on aime dire que 6001 - le code postal de Marcinelle - est le nouveau 1060. Cette tentative d'art urbain, à plusieurs niveaux de lecture et d'interprétation, aura en tout cas réussi à faire parler d'elle.

Nicolas Rondelez

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