Charia: quelles sanctions physiques pour quels délits?

Quelles sont les sanctions physiques dans la charia?
Quelles sont les sanctions physiques dans la charia? - © TOBIAS SCHWARZ - BELGAIMAGE

"Dix ans de prison et mille coups de fouet", c'est le verdict rendu en novembre dernier par la cour d'appel de Riyad à l'encontre du blogueur saoudien Raif Badawi. En cause, la création par ce dernier d'un réseau de discussion en ligne afin d'encourager les débats politiques, sociaux et religieux. Une violation pour l'Arabie Saoudite de l'article 6 de la loi anti-cybercriminalité. Quelles sont les sanctions physiques dans la charia ? Dans quels pays sont-elles appliquées et de quelles manières ? Pour répondre à ces questions, Guillaume Dye, professeur à l'ULB et membre du Centre Interdisciplinaire d’Etude des Religions et de la Laicité (CIERL) et Philippe Hensmans, directeur de la section francophone belge d’Amnesty International.

Dans le droit musulman classique, il existe plusieurs catégories de délits : "Dans le cas du blogueur saoudien, c’est la catégorie relative aux peines fixes, les 'Hadd', qui nous intéressent. Ce sont des peines prévues par le Coran et par la sourate", explique Guillaume Dye.

Différents délits, différentes sanctions

Cette catégorie regroupe "le vol, l’adultère, le brigandage, les insurrections armées, l’accusation d’adultère, l’usage d’alcool, le meurtre et les blessures physiques."

Les châtiments varient en fonction des délits et peuvent aller jusqu’à la peine de mort. "La consommation d’alcool peut entraîner une peine de paire de gifles, de 40 coups de fouet ou de coup de sandales."

Pour l’adultère et le vol, le verdict est plus compliqué : "Tout va dépendre de la nature et du montant du vol, mais en général c’est l’amputation."

Quant à l’adultère, "il en existe deux types" explique Guillaume Dye, "l’adultère classique qui implique une relation extra-conjugale. Dans ce cas, le Coran prévoit la flagellation, c’est-à-dire environ 80 coups de fouet. Le deuxième cas concerne l’adultère entre personnes non-mariées. Dans ce cas, la charia prévoit la lapidation."

Cependant il fait remarquer que la tradition juridique cherche à rendre l’application de ces peines aussi rares que possible : "Pour ce faire, le juridique met l’accent sur l’administration de la preuve. Pour prouver un adultère par exemple, il faut le témoignage de quatre hommes qui ont pu voir l’acte de manière précise et rapprochée."

En cas de vol à main armée ou de meurtre, "la décapitation par sabre est également un des moyens envisagés par la charia."

L’application de la charia

Philippe Hensmans tient d’abord à préciser que "la charia, cet ensemble de règles, de normes sociales, culturelles propre à l’islam est affaire d’interprétation." Selon lui, le plus grand piège serait de penser que l’islam est unique : "Tous les pays musulmans n'appliquent pas la charia." Il précise à ce sujet que "la charia n’ est applicable et appliquée que lorsque l’Etat l’autorise. Lorsqu’ il y a fusion entre les lois en vigueur dans le pays et la charia."

C’est le cas en Arabie Saoudite, au Yémen, en Iran, au Koweït, au Bahreïn, aux Emirats-Arabes, au Qatar, au Oman, en Afghanistan, au Pakistan, en Indonésie, en Libye, au Soudan, en Somalie et "en partie en Egypte et dans certains états du nord du Nigeria où se trouve Boko Haram. Ces pays s’inspirent plus ou moins fortement de la charia."

"Le problème, c’est que certains pays appliquent cet ensemble de règles et de normes vieux de plusieurs siècles au pied de la lettre." Des pays qui ne prennent pas en compte, selon lui, l’évolution des mœurs et de la société. Le deuxième problème étant qu’ils interprètent au premier degré des préceptes figurés : "Partir faire la guerre sainte est un précepte figuré pris à la lettre par l’état islamique par exemple."

"A l’inverse", explique-t-il "certaines peines corporelles inscrites dans la charia ne sont plus en vigueur dans certains pays." Si on reprend la sanction de l'amputation appliquée au voleur, "cette sanction est abolie dans nombreux pays pour permettre aux délinquants de s’amender." Et Guillaume Dye de confirmer: "Il existe et a existé des dynasties plus radicales où il est très probable que les châtiments corporels aient été et soient toujours très souvent pratiqués" et de bien repréciser que "tout est question d'interprétation."

A. Glaudot

 

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