Changement climatique: lentilles et pois chiches apparaissent dans les champs wallons

Le dérèglement climatique pousse les agriculteurs belges à repenser leurs cultures. A la faveur de vents plus chauds, pois chiches et lentilles, venus du sud, commencent à apparaître dans les cultures.

Un climat comme en Champagne

A première vue, on dirait un champ comme tant d’autres. Pourtant, qu’on y regarde de plus près, poussent sur ce lopin de terre, situé dans la province de Namur, des cultures venues d’ailleurs. Patrick Sylvestre, conseiller technique chez Biowallonie arpente régulièrement les allées dessinées entre les parcelles qu’il a semées avec son équipe : "Ici, ce sont des lentilles d’hiver. Jusqu’à présent, elles étaient cultivées en Champagne. Avec le réchauffement climatique, on arrive à avoir ce climat ce qui nous permet de commencer à la cultiver", s’enthousiasme Patrick Sylvestre.

Un peu plus loin, des pois chiches commencent à germer sous la terre. "Ils ont été plantés courant fin mars. Une fois que la graine est bien gonflée. Elle commence à germer et à sortir de terre. C’est la deuxième année qu’on peut vraiment parler de pois chiches en culture de plein champ. On n’a pas encore exactement le climat du sud de la France mais quand même on s’en rapproche pas à pas", explique Patrick.

Si la culture de pois chiches semble maintenant possible, il faut encore relever quelques défis. "Cela reste encore un challenge parce que le pois chiche est une légumineuse qui a besoin d’une bactérie pour se développer et pouvoir fabriquer son propre engrain à partir de l’azote de l’air. Malheureusement, cette bactérie n’est pas encore présente dans nos sols. Tout comme d’autres cultures où au départ on n’a pas la bactérie naturellement dans nos sols, je pense au soja ou au lupin", détaille le conseiller technique de Biowallonie.

En 2020, seuls trois hectares de pois chiches ont été plantés en Wallonie. Mais, les chiffres augmentent chaque année.

Ces nouvelles cultures, c’est aussi une manière de répartir les risques

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Changement climatique: lentilles et pois chiches apparaissent dans les champs wallons © Tous droits réservés

Quentin Flamant fait partie de ces agriculteurs précurseurs. Avec sa coopérative "Les 4 Fermes", il s’est lancé dans la culture de quinoa, de lentilles, de pois chiches, et récemment, de froment dur. "Avec le réchauffement climatique, on s’est dit que ça valait la peine d’essayer de le cultiver parce que tout le monde mange des pâtes et on trouvait dommage de ne pas pouvoir produire la matière première ici près de chez nous, toujours dans l’idée de production locale", insiste Quentin.

Ces cultures de légumineuses et de céréales venues du sud de l’Europe sont de nouvelles opportunités pour ces jeunes agriculteurs. Elles représentent également une voie de diversification.

"Les autres légumes, les petits pois, les haricots, les carottes, ont besoin d’humidité et cela fait quelques années que les rendements sont plus ce qu’ils étaient. On manque d’eau dans la période estivale. Donc, ces nouvelles cultures, c’est aussi une manière de répartir les risques. Plus on a un panel de cultures large, plus on est prêt à faire face à des pertes", résume l’agriculteur.

154 entreprises viticoles en Belgique

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Vignole expérimental du Centre pour l’Agronomie et l’Agro-industrie de la Province du Hainaut (CARAH) © Tous droits réservés

Dans le Hainaut aussi, des idées bourgeonnent pour valoriser les terres balayées par des vents plus chauds. Pinot noir, Chardonnay, Carbernet, 25 cépages composent le vignoble expérimental du Centre pour l’Agronomie et l’Agro-industrie de la Province du Hainaut (CARAH). La viticulture est un secteur qui connaît un nouvel élan en Belgique. Les étés de plus en plus continentaux permettent à la vigne de clôturer sans trop de problèmes son cycle. En 2020, on dénombrait plus de 150 entreprises viticoles.

C’est pour accompagner ceux qui se lancent, que le CARAH étudie les cépages les plus adaptés à nos sols. "On cherche à trouver une combinaison entre porte-greffe, cépages favorables à faire un bon vin dans la région", explique-t-il Olivier Mahieu, membre du service expérimentation tout en saisissant une poignée de terre du sol limoneux de la région d’Ath.

Les raisins issus du vignoble sont transformés via des micro-vinifications, en collaboration avec la Haute Ecole d’Agronomie d’Ath. Après trois vendanges, certains cépages produisent déjà de belles bouteilles, d’autres tournent au vinaigre.

"Dans notre collection de cépages, on a le Chenin qui jusqu’à présent n’a pas permis d’être cultivé jusqu’à une maturité suffisante pour faire un vin qui tient la route. A l’inverse, on a des cépages, qui fonctionnent très bien chez nous avec des potentiels aromatiques très intéressants. Je pense notamment au Muscaris. C’est un cépage qui mûrit très bien dans les conditions climatiques belges et en particulier en Hainaut", explique Julien Jouvieaux, enseignant-chercheur, HEPH Condorcet - CARAH.

Des promesses de notes florales et de rondeur en bouche qui feront peut-être la spécificité des grands vins belges de demain, accompagnées du goût doux amer, du changement climatique.

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