Championne de l'éolien offshore, la Belgique n'a pourtant eu que 9,9% de ses énergies issues du renouvelable en 2019

En 2019, la part de l’énergie renouvelable dans le total de la production d’énergie était de 9,9% en Belgique. C’est le chiffre du dernier rapport d’Eurostat, l’office de statistique européen, "Renewable energy in 2019". En moyenne dans l’Union européenne, la part d’énergie renouvelable consommée était de 19,7%, à quelques points de l’objectif de 20% en 2020.

La Belgique trône parmi les plus mauvais élèves de la classe européenne, pas loin du Luxembourg (7%), Malte (8,5%) et les Pays-Bas (8,8%). Toutefois, nous revenons de loin puisqu’en 2004, selon Eurostat, la part du renouvelable n’était chez nous que de 1,9%. Cette part n’a cessé de progresser depuis lors. La Belgique cible une part de 13% en 2020. Mais Patrick Hendrick, professeur en aéro-Thermo-Mécanique à l’Université Libre de Bruxelles (ULB) nous le rappelle : "L’objectif de départ pour 2020 était de 20% ! 13%, ce n’est donc pas très brillant et nous ne pouvons pas espérer atteindre de grands objectifs d’ici 2030-2050."

A l’inverse, les champions du renouvelable, tous nordiques, sont la Suède avec une part de 56,4%, la Finlande (43,1%), la Lettonie (41,0%) et le Danemark (37,2%).

La Belgique, petit pays sans relief conséquent, manque d’atouts pour développer du renouvelable

Et pourtant, ce n’est pas faute pour la Belgique d’avoir investi massivement dans le renouvelable et plus particulièrement l’éolien offshore. Aujourd’hui, la Belgique est le quatrième producteur mondial d’énergie éolienne offshore et elle se trouve dans le top trois européen de la production d’électricité provenant de l’éolien en mer. Mais voilà, il s’agit de production d’électricité exclusivement. En ce qui concerne le chauffage domestique, public et les transports, nous utilisons encore massivement des énergies fossiles.

Pour les quelques experts avertis que nous avons contactés, il ne faut pas se faire d’illusion : notre potentiel en renouvelable en Belgique est faible. Nous sommes un petit pays densément peuplé avec un relief peu important. Nous n’avons donc pas d’énormes capacités en renouvelable qu’il soit hydro-électrique, éolien ou photovoltaïque.

Francisco Contino est professeur à l’école polytechnique de l’UCLouvain et spécialiste des combustibles alternatifs. Selon lui, nous devons rester philosophes : "Nous faisons à la mesure de ce que nous pouvons. En Belgique, nous manquons de place et nous sommes souvent confrontés aux effets nimby [pour "Not In My BackYard", protestations de riverains quant à l’installation d’éoliennes, NDLR]. Les estimations prévoient que même en tirant un maximum de nos superficies disponibles pour produire de l’éolien et du solaire, nous arriverons péniblement à 30-50% de nos besoins en énergie actuels. Nous devrons importer beaucoup d’énergie si nous voulons du renouvelable. C’est plus facile de produire de l’énergie renouvelable quand on a beaucoup de côtes, beaucoup de forêts, de biomasse pour capturer ce renouvelable."

Damien Ernst, professeur en électromécanique à l’ULiège résume la situation par une métaphore : "Nous sommes les petits de la classe européenne. Mais l’Europe nous demande de rivaliser avec les plus grands dans un match de basket. Comment voulez que nous marquions des paniers en étant si désavantagés ?"

Les Scandinaves vrais champions du renouvelable, pourquoi pas s’en inspirer ?

Mais pourquoi ne pas s’inspirer de l’exemple de nos voisins du nord et chercher à grandir ? Comment, tout d’abord, expliquer les performances de nos voisins scandinaves qui caracolent à des parts de renouvelable qui avoisinent parfois les 50% ?

Prenons l’exemple de la Suède (56,4% de part de renouvelable). Elle a indéniablement une géographie et un relief qui lui permet d’exploiter beaucoup de ressources en renouvelable. L’hydroélectricité représente 38% de sa production d’électricité, la biomasse de ses forêts, ses interminables surfaces côtières fouettées par les vents du Nord lui permet de produire 11,8% d’éolien. Reste tout de même 39% d’électricité issue de ses centrales nucléaires.

Patrick Hendrick pointe un autre atout de la Suède qui est son chauffage urbain fondé sur les réseaux de chaleur alimentés par des centrales de cogénération utilisant 91% d’énergies renouvelables (biomasse et déchets) "Dans les pays scandinaves, ils ont mis en avant les réseaux de chaleur. Dans les villes nordiques, les nouveaux quartiers sont aménagés de réseaux de chaleur alimentés, notamment, par la biomasse. En Belgique, nous n’avons pratiquement pas de réseaux de chaleur. Par ailleurs, nous utilisons beaucoup trop peu de pompes à chaleur. La Suisse a 70 à 75% de ses maisons chauffées avec des pompes à chaleur. L’exemple de l’hôtel Vandervalk à Nivelles qui est chauffé par une pompe à chaleur est un beau modèle. Pourquoi pas favoriser l’émergence des pompes à chaleur dans le chauffage domestique ?"

Damien Ernst explore une autre piste : "L’idéal est de réaliser du kérosène vert à proximité des villes et de le réinjecter dans du chauffage urbain."

Une chose est sûre, en Wallonie, à partir de 2021, tous les nouveaux bâtiments devront satisfaire à la législation très basse énergie.

Des exemples parfois trompeurs

Reste le problème du transport. La Norvège est un modèle. Une voiture sur deux qui y circule est électrique. Mais attention aux apparences, elles sont trompeuses, nous prévient Francisco Contino : "En Norvège, s’ils sont un modèle dans l’utilisation des voitures électriques, c’est parce qu’ils bénéficient de l’argent de leur pétrole. Ils le vendent à l’étranger pour investir massivement dans la production d’électricité. En faisant ça, ils délocalisent la production de CO2."

Autre exemple trompeur, celui du Danemark, nous explique-t-il : "Ce pays a une géographie particulièrement favorable pour développer l’éolien. Leur pays est cerné par l’eau. Cependant, le Danemark souffre de l’intermittence de ses éoliennes. Et elle doit prévoir du back up, autrement dit, des centrales électriques qui produisent du CO2 pour pallier le manque de vent. Résultat, son bilan CO2 n’est pas si bon que ça."

En conclusion, si la Belgique pourrait encore améliorer ses capacités en renouvelable notamment dans le domaine de son chauffage domestique et des bâtiments publics, elle reste, néanmoins, coincée par son relief et sa géographie limités. Elle devra, à l’avenir, soit importer beaucoup d’énergie renouvelable de ses voisins et en payer le prix, soit diminuer ses besoins en énergie.

Mer du Nord : la Belgique championne de l’éolien offshore (JT du 29/11/2020)

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