"Ceux qui allongent leurs études sont généralement ceux qui en ont les moyens"

Une rentrée académique placée sous le signe des mesures anti-covid... Alors que l’enseignement supérieur attend son refinancement et une modification annoncée du décret paysage. Pour en parler ce soir sur le plateau de CQFDChems Mabrouk, présidente de la Fédération des Etudiant Francophones et Pierre Wolper, recteur de l'ULiège et président du Conseil des Recteurs Francophones.

A qui la responsabilité?

A partir de 2021, il faudra réussir sa première année en deux ans maximum. La ministre de l'enseignement supérieur, Valérie Glatigny, l'a annoncé ce matinUne réforme du décret paysage qui vise à lutter contre l'allongement des études et qui devrait entrer en vigueur d'ici la prochaine rentrée. La présidente de la FEF affirme qu'une révision de ce décret était nécessaire, mais ne soutient pas la proposition de la ministre.

"Il s'agit de propositions visant à responsabiliser l'étudiant de son échec. Or, on sait que plein d'autres facteurs déterminent la réussite ou l'échec d'un étudiant: le niveau socio-économique, le bagage culturel, sa précarité, etc. Ce sont toutes ces choses que la ministre ne prend pas en compte, ça va renforcer les inégalités dans l'enseignement supérieur et ce seront les personnes les plus précaires qui en subiront le plus les conséquences", estime Chems Mabrouk. 

Pour Pierre Wolper, responsabiliser les étudiants est primorial. "Les études universitaires, c'est prendre ses responsabilités. On s'inscrit, on commence un parcours, on est financé, quand on a des moyens limités, on a une bourse d'étude, c'est à chacun de prendre ses responsabilités de suivre son parcours", explique le recteur de l'ULiège qui ajoute que "ceux qui allongent leurs études sont généralement ceux qui en ont les moyens". 

Les étudiants ne connaissent pas assez le décret paysage

60% d'échec en première

Chems Mabrouk rappelle que "même avant le décret paysage, le taux d'échec en première année était de 60%. Qu'est-ce qui va changer à partir du moment où on "oblige" les étudiants à réussir, si on ne met pas en place d'aide à la réussite et que le taux d'échec ne va pas diminuer? Les étudiants vont simplement sortir du système", prédit-elle.

"Quand j'entends dire qu'on ne fait rien pour aider les étudiants, je suis choqué", réagit Pierre Wolper, "on a mis en place énormément de choses [...] Evidemment, tout le monde ne réussit pas. Accompagner l'étudiant, c'est lui donner les moyens d'étudier, d'apprendre, d'assimiler ses cours. Mais l'étudiant a aussi sa responsabilité. Je sais que le passage à l'université n'est jamais facile. Même si on fournit tout à l'étudiant pour qu'il réussisse, il doit se l'approprier, c'est aussi ça la maturité", conclut le président du Conseil des Recteurs Francophones.

 

Ce Qui Fait Débat, chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h35 sur La Trois. L'entièreté du débat à revoir ci-dessous:

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK