Céline Nieuwenhuys sur la crise du coronavirus : "On reste avec une gestion de l'urgence et on n'anticipe pas les coups à venir"

Céline Nieuwenhuys est la secrétaire générale de la Fédération des services sociaux. Elle a aussi fait partie du GEES, le groupe en charge du déconfinement. En tant qu’experte sociale elle fait dorénavant partie du GEMS, le groupe en charge du management de la crise.

Récemment, elle a expliqué son vécu dans la gestion de la crise de l’an dernier, sans emballage, dans une vidéo qui a fait le tour de la toile.

Si l’on parle beaucoup d’une potentielle troisième vague dans les hôpitaux, dans les services sociaux, on constate aussi que les CPAS sont submergés par une troisième vague, mais sociale.


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La gestion de la crise un an après

Il y a un an la Belgique s’apprêtait à basculer en confinement strict. Les écoles étaient déjà fermées le 16 mars 2020. Le lendemain, Sophie Wilmès alors Première ministre, annonçait la mise à l’arrêt pratiquement complet de notre société. Un an après, a-t-on tiré les leçons de la gestion de la crise ? "Je pense que la différence avec la première expérience dans le groupe d’experts, c’est qu’aujourd’hui on a un ministre de la Santé qui lui dialogue avec son gouvernement. Je pense que les experts sont un petit peu moins exposés quelque part aux coulisses du politique et c’est vraiment une bonne chose", répond Céline Nieuwenhuys, ce matin sur la Première.

Mais elle constate aussi que la gestion de crise continue à se faire comme si elle allait s’arrêter demain or, il serait peut-être temps de se préparer à vivre avec le virus. Et là, probablement que les leçons n’ont pas encore été tirées, dit-elle "On reste avec une gestion de l’urgence et qu’on anticipe pas les coups à venir, or la population a besoin de sentir que le gouvernement, cette fois-ci, anticipe".


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La secrétaire générale de la Fédération des Services Sociaux a souvent martelé que l’urgence était trop orientée vers l’économie. Mais elle pense que cela a changé aujourd’hui. Le groupe d’experts n’a plus la même composition que lors de la première vague avec une attention particulière aux plus vulnérables. Il y a des ministres de l’intégration sociale qui sont présents pour travailler sur ces questions. Son travail à elle et aux experts consiste à travailler sur un calendrier du déconfinement "en tenant compte, quelque part d’une vision sociale des choses".

Peut-on dès lors dire que l’on tient compte des sans voix, des plus précarisés ? Elle ne pense pas que ce soit toujours la priorité de tenir compte des plus vulnérables et cela aussi bien au niveau de l’âge que du niveau socio-économique ou encore des personnes en grande vulnérabilité, comme c’est le cas, par exemple, dans les prisons. Et donc, pour elle : "Peut-être, à un moment donné, plutôt que prendre toujours des mesures qui conviennent à la classe moyenne, de se dire, chaque mesure comment elle est applicable et tenable pour les plus vulnérables".

La logique de la gestion de la crise a-t-elle changé ?

L’an dernier, lors du déconfinement, Céline Nieuwenhuys dénonçait le fait que le groupe d’experts était sans cesse focalisé sur des questions dictées par les lobbys et que les priorités politiques étaient en décalage avec la réalité qu’elle souhaitait mettre sur la table. Ce décalage a-t-il disparu ? Pour elle, ce décalage a un peu bougé, mais elle se rend compte que la vraie logique de gestion de la crise reste la même.

"On est focalisé sur la bulle, ce qu’on pourra faire après-demain, est-ce qu’on pourra voyager […] mais on reste dans une logique de gestion, quelque part, à la petite semaine…". Selon elle, on n’a pas tiré les leçons "on a ce virus qui arrive qui nous dit qu’on est au bout de quelque chose en termes d’exploitation de la planète, les inégalités continuent à se creuser de manière très importante…".

Face à ce constat, elle ne voit pas vraiment de réponse. Fournir des colis alimentaires ou envoyer des personnes vers des CPAS, n’est pas une réponse, dit-elle. "Ce n’est pas un horizon, ça".


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Le gouvernement a octroyé une prime de 50 euros pendant 6 mois au public précarisé. Une mesure prolongée en 2021, mais aussi un montant moins important que le budget accordé pour le rail pass. Céline Nieuwenhuys a dénoncé cela. Pour elle, cela est presque symbolique et n’est proposé qu’aux personnes déjà inscrites dans les CPAS. "Mais toutes les autres personnes, les étudiants jobistes, les indépendants sur le point de craquer, ceux qui ont un chômage temporaire qui ne leur permet plus de vivre dignement […] Donc, il y a beaucoup de gens qui ont basculé et on n’a pas empêché qu’ils basculent".

Solidarité et liberté

Dans la gestion de la crise, est-on en train de monter les secteurs les uns contre les autres en proposant d’ouvrir un tel avant l’autre ? La secrétaire générale de la Fédération des services sociaux pense que la logique qui s’opérait au sein du gouvernement (chaque secteur fait son lobby) est en train de s’opérer dans la population.

Chacun revendique sa liberté or, ce débat occulte la notion de solidarité. Ce qui l’inquiète, elle, c’est plus la question des inégalités que la question des libertés "et c’est plutôt la question de la solidarité. De comment est-ce que cette crise vient nous rappeler l’importance de la solidarité". Le politique doit maintenir et nourrir cette solidarité, conclut-elle.

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