Cécile Djunga: "Toutes mes plaintes ont été classées sans suite". Le volet pénal suit son cours, précise la RTBF

Le 25 mai dernier, la mort de George Floyd, un Afro-Américain de 46 ans asphyxié au cours d’une intervention par un policier blanc, a relancé de plus belle la question du racisme.

Nombreux sont ceux à avoir réagi en Belgique par le biais de manifestations ou encore de pétitions. À en croire le MRAX, le Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie, le combat des personnes racisées est encore loin d’être gagné.

Selon la directrice du Mouvement, Francine Esther Kouablan, les signalements augmentent de manière exponentielle au sein du MRAX mais les victimes de racisme, elles, n’osent pas porter plainte : "Parce que les plaintes sont classées sans suite. Il faut prouver qu’on a été victime. Et si on n’est pas capable de le prouver par des moyens matériels, il faut trouver des personnes qui puissent venir corroborer nos dires." Elle ajoute : "Il faut que les personnes soient reçues et entendues lorsqu’elles se rendent au commissariat parce qu’il arrive que le policier considère que ce n’est pas un acte de racisme. On n’arrive même pas en justice que cette démarche de plainte est arrêtée."

Un constat qu’a également déploré la comédienne Cécile Djunga, virtuellement présente sur le plateau d’"À Votre Avis" ce mercredi 10 juin.

Pour rappel, il y a près de deux ans maintenant, Cécile Djunga a publié une vidéo dans laquelle elle s’exprimait avec émotion au sujet des propos racistes dont elle était victime. Depuis, l’ex-présentatrice météo de la RTBF a porté une dizaine de plaintes à l’encontre de personnes différentes. Aujourd’hui pourtant, rien n’a changé : "Le racisme est un délit et non une opinion. On l’a dit et il faut le redire. Quand on porte plainte, on n’a pas forcément gain de cause. […] J’ai porté une dizaine de plaintes contre plusieurs personnes, tout a été classé sans suite. On traite des excès de vitesse et pas des excès de haine. La justice a encore beaucoup de travail à faire de ce côté-là", confiait-elle sur le plateau de Sacha Daout.

Elle tempère cependant et tient à rappeler que le racisme ne nourrit pas tous les esprits : "Je tiens à souligner que ce racisme fait partie d’une minorité bruyante. J’ai rencontré énormément de citoyens belges ouverts, accueillants et opposés à ce racisme. J’ai reçu énormément d’amour et j’invite à toutes ces personnes à le transmettre autour d’elles et ce au quotidien parce que les gens en ont besoin. Je ne suis pas la plus à plaindre dans cette histoire. Il y a des gens qui vivent vraiment dans une situation d’inégalité et qui ont besoin d’un coup de pouce, d’amour, de recevoir de l’attention et surtout du respect."


La RTBF entend préciser les éléments suivants. À la suite de la diffusion de la vidéo publiée sur Facebook par Cécile Djunga le 5 septembre 2018, différentes institutions ont immédiatement réagi. Un dossier a été ouvert d’initiative par Unia et le parquet a également ouvert une information. La RTBF s’est jointe aux côtés de Cécile Djunga et une plainte avec constitution de partie civile a été déposée entre les mains d’un juge d’instruction.

Cette plainte a donc permis l’ouverture d’une instruction et différents devoirs d’enquête ont été menés afin d’une part d’effectuer le relevé des différents messages susceptibles d’engendrer des poursuites mais afin également d’identifier les auteurs des messages.

Cette instruction est à présent clôturée et le dossier a été renvoyé au procureur du Roi, lequel a tracé ses réquisitions. Il n’y a donc pas eu de classement sans suite en ce qui concerne le volet judiciaire de ce dossier. C’est à présent à la chambre du conseil qu’il reviendra de décider du renvoi ou non du ou des suspects devant le tribunal correctionnel. L’affaire est en attente d’une date de fixation devant la chambre du conseil pour procéder au règlement de la procédure.


 

Attribuer plus de moyens à la justice pour lutter efficacement

Comment dès lors lutter efficacement contre le racisme ? Instaurer un système de quotas dans les entreprises serait-il une bonne idée ? Pas vraiment selon le Vice-président et Ministre de l’Egalité des chances, Frédéric Daerden. "Je pense que les quotas sont finalement une forme de mise en avant des discriminations et sont contraires à l’objectif que nous devons rencontrer. Je pense qu’il faut sensibiliser, et nous avons eu l’occasion d’en parler régulièrement en commission publique par rapport à la fonction publique dont j’ai la charge. Je crois qu’il faut vraiment qu’il y ait cette diversité au sein de l’administration et nous devons montrer l’exemple. Qu’il y ait aussi cette attention par rapport aux employeurs. Certains sont dans une logique discriminante et il faut évidemment lutter contre ça."

Kalvin Soiresse, député bruxellois Ecolo, n’est pas non plus favorable à cette idée de quotas à l’heure actuelle : "Les quotas sont une bonne mesure, mais ce n’est pas la panacée. Avant d’en arriver là, il faut que les politiques fassent leur boulot et mettent en place un plan interfédéral contre le racisme. […] En 2001, nous avons pris l’engagement de mettre en place un plan interfédéral pour lutter contre le racisme systémique. 19 ans après, nous ne l’avons pas fait. Je pense qu’il faut donner les moyens aux inspecteurs. À Gand, un système de testing parvient à détecter les propriétaires racistes qui refusent de louer des logements. Il faudrait en faire de même avec les employeurs."

Et Gaëtan Van Goidsenhoven (MR), chef de groupe au Sénat de conclure : "La question des quotas doit être examinée intelligemment. Selon l’origine, le pays, la religion ? On n’en sort pas. C’est vrai pour les entreprises mais aussi pour les administrations. Il faut qu’il y ait de vrais plans diversité au sein des structures. Il n’y a pas que des affreux de racistes, il y a aussi un certain nombre de blocages imperceptibles et plafonds de verre qu’il faut pouvoir faire sauter. Il faut pouvoir encourager, accompagner les C.V. anonymes, les plans diversité au sein des entreprises et de la fonction publique."

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