Cause animale: la tension entre vegans et bouchers de plus en plus palpable en France

Un vigile posté devant une boucherie du Nord de la France
Un vigile posté devant une boucherie du Nord de la France - © AFP

Le modus operandi est à chaque fois le même. Rendre visible la trace de leur passage. Et dans ce domaine-là, certains militants vegans ne manquent pas d’imagination. La marque la plus répandue est le tag, d’importance plus ou moins grande, selon le temps, souvent très court, dont disposent ces militants de la cause animale pour commettre cette incivilité. Contre les façades de commerces de viande ou de poisson, ou écrits en lettres fluos sur les vitrines, on lit " antispécisme ", les antispécistes s'opposant à la hiérarchie entre les espèces, notamment entre l'être humain et les animaux. Souvent, d’autres détériorations sont constatées : les vitrines de ces commerces sont caillassées, des dizaines de litres de faux sang versés. Depuis le début de l’année, en France, une douzaine de cas ont été recensés. Mais, ce week-end, la tension entre vegans et bouchers a franchi un cran.

Un vigile devant les boucheries

Car, cette semaine, quatre associations vegans ont annoncé une vague de nouvelles actions dirigées contre des commerçants de la périphérie de Lille. Le président des bouchers du Nord a eu vent de ces intentions. Et a rapidement fait part de sa volonté de ne plus rester les bras croisés. Ni une ni deux, Laurent Rigaud prend contact avec une société de sécurité privée. La plupart des actions vegan sont commises de nuit ou au lever du jour ? Le boucher embauche un vigile qui se voit confier un ordre de mission : anticiper toute action suspecte qui pourrait détériorer son commerce de Wambrechies, dans le Nord. "Même s’ils disent que ce sont des actions non-violentes, on sait très bien comment ça tourne ", explique le commerçant. "Ce que nous avons vécu comme expérience dans la région démontre le contraire. C’est très violent. Il est temps de sécuriser nos entreprises." Le vigile restera en face de la devanture de la boucherie toute la nuit. Lorsque le patron est de retour sur son lieu de travail, le lendemain matin, aucune tentative d’infraction : la nuit fut calme.

 

Vendre du meurtre, ce n’est pas un métier

Pourtant, l’appel de collectifs vegans à des actions non-violentes a été entendu et relayé aux quatre coins de la France. Et c’est à Paris qu’il a eu le plus de résonnance. Avenue de Versailles, dans le XVIème, une militante de la cause vegan se plante en face d’une boucherie. En plein jour, la militante se présente non-masquée. Elle porte dans ses bras un porcelet mort, dissimulé dans un linge. Alizée Denis ne parle pas, le slogan de son T-shirt parle de lui-même : "Boucher n’est pas un métier". "Vendre du meurtre, ce n’est pas un métier", explique la militante devant la presse, "découper, démembrer ou décapiter des individus, ce n’est pas un métier. Le boucher est un criminel." La présence discrète de la jeune femme commence à provoquer de l’agitation autour de la boucherie. Des clients mécontents l’apostrophent : "Qu’est-ce qu’ils nous font ch…, avec leurs conneries, les vegans-là !", lance un homme d’une soixantaine d’années. Le patron du commerce tentera même de chasser l’indésirable en la poussant. Il lui demande sur un ton ferme de quitter le trottoir situé devant son commerce. Le bras de fer se poursuit. Plus loin, le patron d’une charcuterie réagit à son tour : "C’est une violence inexcusable ", déplore Alexis Faconnier. "Je prie pour qu'ils continuent à être de plus en plus violents pour le grand public voit combien ces gens-là ne sont pas mesurés. C'est pas comme ça qu'on va avancer tous ensemble !"

 

Dans le Nord, six personnes ont été récemment interpellées dans le cadre d’une enquête lancées pour vandalisme. L’une d’entre elles, une jeune femme de 21 ans, devrait être jugée devant le tribunal correctionnel de Lille, en décembre prochain. Dans le milieu de la défense des animaux, de nombreuses associations, si elles ne les encouragent pas, refusent des condamner ces actions.

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