Catherine Moureaux (PS): "Je suis médecin et pourtant je ne comprends plus rien aux mesures du CNS"

C'est aujourd'hui qu'entrent en vigueur les nouvelles mesures de lutte contre la propagation du coronavirus dans la capitale, où la situation épidémiologique se complique. Vers un reconfinement partiel à Bruxelles? Pour en débattre dans CQFD: Catherine Moureaux, bourgmestre de Molenbeek et Simon Dellicour, épidémiologiste, chercheur à l’ULB. 

On a techniquement pas le contrôle de l'épidémie

Un taux de positivité de 10% à Bruxelles, cela veut dire qu'il y a deux fois plus de tests positifs dans la capitale que dans le reste du pays. "Et c'est inquiétant", réagit Simon Dellicour, "même si les chiffres absolus en terme d'hospitalisations ne sont pas comparables au mois de mars, tous les indicateurs sont dans le rouge: le taux de reproduction du virus supérieur à 1, le taux de positivité, les nouvelles hospitalisations", expose l'épidémiologiste qui rappelle que le ralentissement actuel de l'augmentation du nombre de contaminations ne veut pas dire diminution.

"On est déjà presque saturé pour la demande de tests", ajoute Simon Dellicour, "on peut imaginer ce qui se passera si la situation continue à empirer, on va complètement saturer ce système, or cet outil est indispensable pour garder le contrôle, et là on a techniquement pas le contrôle de l'épidémie".

En tant que bourgmestre, j'ai du mal à saisir où je dois intervenir

La bourgmestre de Molenbeek partage l'inquiétude de l'épidémiologiste: "les gestes barrière ne semblent plus suffisants, il en faudrait une meilleure utilisation [...] C'est ce que je regrette en tant que bourgmestre: j'ai du mal à saisir où je dois intervenir. Je demande à Sciensano et à la Cocom plus d'informations épidémiologiques sur les foyers et les modes de propagation dans ma commune. Aujourd'hui, je n'ai pas encore suffisamment de réponses pour pouvoir prendre des mesures ciblées", explique Catherine Moureaux qui précise avoir relancé à Molenbeek des séances de sensibilisation avec des opérateurs de première ligne. 

La bourgmestre pointe par ailleurs "un raté" dans la communication du Conseil National de Sécurité de mercredi dernier: "on a donné l'impression que ça allait mieux, mais ça ne va pas mieux", estime-t-elle. Simon Dellicour rappelle lui que ce CNS intervenait à un moment de crise dans l'adhésion de la population: "je pense que la communication est un élément clé, il faut qu'elle passe dans toutes les sphères de la société et à toutes les tranches d'âge", ajoute-t-il.

 Je suis médecin et pourtant je ne comprends plus rien aux mesures du CNS

Suivi de contacts: "un point faible"

La fermeture des bars à 23h sans être certain qu'il s'agisse d'une des principales sources de contaminations du coronavirus pose question, et problème à l'Horeca, 35 000 emplois sur Bruxelles, déjà été fort fragilisé par la crise sanitaire, et qui craint un coup fatal. 

Quoi qu'il en soit, Simon Dellicour regrette qu'"on reste globalement aveugle sur la position de ces clusters. C'est pourtant un enjeu clé: plus on localise et quantifie ces foyers, plus on peut apporter des mesures ciblées. Collectivement en Belgique, c'est clairement un point où l'on doit s'améliorer. On a fait d'énormes efforts en termes de dépistage, mais le suivi de contacts reste un point faible", conclut-il. 

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